Québec confirme que les familles seront informées des résultats des tests de pathologie qui ont dû être repris. La méthodologie utilisée pour évaluer le taux d'erreur dans les tests est par ailleurs contestée.
Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, a annoncé que toutes les familles des femmes mortes du cancer du sein qui ont fait l'objet de tests erronés seront finalement mises au courant des résultats des tests revisés.
Mardi, des documents obtenus par Radio-Canada, en vertu de la Loi de l'accès à l'information, révélaient qu'une directive du ministère transmise à l'ensemble du réseau de la santé aurait pu faire en sorte que ces familles n'auraient jamais été mises au courant des résultats révisés.
Les documents, consultés par Radio-Canada, contenaient la réponse que la Direction de la lutte contre le cancer a donnée aux agences de la santé qui l'interrogeaient sur l'approche à adopter dans les cas de patientes décédées.
Selon ces documents, la direction a répondu aux agences de santé qu'il n'était pas nécessaire de communiquer les résultats des nouveaux tests aux familles, à moins qu'elles n'en fassent la demande.
À la question « y a-t-il une obligation formelle d'appeler la famille des personnes décédées? », le ministère répond:
Ces révélations ont fait vivement réagir mercredi le porte-parole de l'opposition en matière de santé, Bernard Drainville. « L'article 8 de la loi sur la santé et les services sociaux dit qu'il faut informer les familles lorsqu'il y a erreur médicale. Donc, cette directive violait la loi du ministère », affirme M. Drainville.
Une méthodologie contestée
Selon le président du comité d'experts mandaté par le gouvernement du Québec pour étudier la question, le Dr André Robidoux, 2856 tests de pathologie réalisés entre avril 2008 et juin 2009 ont finalement dû être repris.
Il appert que les tests subis par 87 personnes ont donné un résultat différent de celui originalement obtenu. De ce nombre, cinq personnes sont décédées, sans qu'il soit possible de déterminer si ces femmes qui avaient reçu un mauvais diagnostic de traitement sont mortes en raison de cette erreur. Le traitement de 39 autres a été ajusté en fonction de ces nouveaux résultats.
Le ministre de la Santé du Québec, le docteur Yves Bolduc, se félicite d'ailleurs que le taux d'erreur dans les tests de laboratoires sur le cancer du sein se limite à 87 cas sur 2856.
La Coalition Priorité Cancer juge toutefois que la méthodologie employée par Québec pour évaluer le nombre d'erreurs dans les tests d'hormonothérapie fait en sorte de le minimiser.
Selon la coalition, la norme internationale veut qu'en dessous de 1 % de cellules positives, le test soit considéré comme négatif. Aucun traitement n'est alors envisagé. Au-dessus de ce seuil, il est considéré comme positif. Le médecin peut alors opter pour un traitement. Or, dans une circulaire obtenue par Radio-Canada, le ministère de la Santé ordonne à ses directeurs régionaux de ne considérer comme positifs que les résultats dépassant un seuil de 10 %.
Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le docteur Gaétan Barrette, conteste lui aussi ce seuil. Il déplore que certaines Québécoises soient privées d'hormonothérapie à cause d'une norme inadéquate.
L'oncologue André Robidoux, un conseiller du ministre Bolduc, justifie l'utilisation de cette norme par le ministère de la Santé en raison de l'absence de consensus dans le corps médical québécois.
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PC/AP Photo/The Mayo Clinic
Étude troublante de contrôle de la qualité
En juin dernier, sur la recommandation d'un comité d'experts, le gouvernement Charest a ordonné d'analyser à nouveau les résultats de tests de pathologie servant à déterminer le traitement approprié pour les victimes de cancer du sein. La directive visait plus spécifiquement plus de 2000 femmes qui avaient passé ces tests entre avril 2008 et juin 2009.
La décision a été prise dans la foulée d'une étude de contrôle de qualité de ce type de tests, dirigée par le président de l'Association des médecins pathologistes du Québec, le Dr Louis A. Gaboury.
En juillet, le nombre de tests à réviser a été revu à la hausse. Québec a alors ordonné de nouvelles analyses pour 2992 tests touchant environ 2730 femmes, puisque plus d'un test par patiente pouvait être repris à partir des échantillons déjà prélevés. Toutes les patientes qui avaient subi ces tests devaient être appelées.
En juin, une demande de recours collectif a d'ailleurs déjà été déposée en Cour supérieure par une patiente, Marianne Tonnelier, qui accuse Québec de négligence.
Avec des reportages de Gino Harel et Normand Grondin