Les familles des défuntes seront informées

La méthodologie employée par le ministère est contestée, explique Normand Grondin.

Québec confirme que les familles seront informées des résultats des tests de pathologie qui ont dû être repris. La méthodologie utilisée pour évaluer le taux d'erreur dans les tests est par ailleurs contestée.

Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, a annoncé que toutes les familles des femmes mortes du cancer du sein qui ont fait l'objet de tests erronés seront finalement mises au courant des résultats des tests revisés.

Mardi, des documents obtenus par Radio-Canada, en vertu de la Loi de l'accès à l'information, révélaient qu'une directive du ministère transmise à l'ensemble du réseau de la santé aurait pu faire en sorte que ces familles n'auraient jamais été mises au courant des résultats révisés.

Les documents, consultés par Radio-Canada, contenaient la réponse que la Direction de la lutte contre le cancer a donnée aux agences de la santé qui l'interrogeaient sur l'approche à adopter dans les cas de patientes décédées.

Selon ces documents, la direction a répondu aux agences de santé qu'il n'était pas nécessaire de communiquer les résultats des nouveaux tests aux familles, à moins qu'elles n'en fassent la demande.

À la question « y a-t-il une obligation formelle d'appeler la famille des personnes décédées? », le ministère répond:

« Non. Au contraire, nous maintenons la ligne de conduite que vous n'êtes pas tenus de contacter les proches des personnes décédées. » — Réponse du ministère

Ces révélations ont fait vivement réagir mercredi le porte-parole de l'opposition en matière de santé, Bernard Drainville. « L'article 8 de la loi sur la santé et les services sociaux dit qu'il faut informer les familles lorsqu'il y a erreur médicale. Donc, cette directive violait la loi du ministère », affirme M. Drainville.

« Ces femmes avaient des conjoints, des enfants, des frères, des soeurs. Pourquoi ça ne valait pas la peine d'appeler les familles dans ce temps-là? Moi je ne m'explique pas cela, ça manque d'humanité. » » — Bernard Drainville, porte-parole de l'opposition en matière de Santé

Une méthodologie contestée

Selon le président du comité d'experts mandaté par le gouvernement du Québec pour étudier la question, le Dr André Robidoux, 2856 tests de pathologie réalisés entre avril 2008 et juin 2009 ont finalement dû être repris.

Il appert que les tests subis par 87 personnes ont donné un résultat différent de celui originalement obtenu. De ce nombre, cinq personnes sont décédées, sans qu'il soit possible de déterminer si ces femmes qui avaient reçu un mauvais diagnostic de traitement sont mortes en raison de cette erreur. Le traitement de 39 autres a été ajusté en fonction de ces nouveaux résultats.

Le ministre de la Santé du Québec, le docteur Yves Bolduc, se félicite d'ailleurs que le taux d'erreur dans les tests de laboratoires sur le cancer du sein se limite à 87 cas sur 2856.

La Coalition Priorité Cancer juge toutefois que la méthodologie employée par Québec pour évaluer le nombre d'erreurs dans les tests d'hormonothérapie fait en sorte de le minimiser.

Selon la coalition, la norme internationale veut qu'en dessous de 1 % de cellules positives, le test soit considéré comme négatif. Aucun traitement n'est alors envisagé. Au-dessus de ce seuil, il est considéré comme positif. Le médecin peut alors opter pour un traitement. Or, dans une circulaire obtenue par Radio-Canada, le ministère de la Santé ordonne à ses directeurs régionaux de ne considérer comme positifs que les résultats dépassant un seuil de 10 %.

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le docteur Gaétan Barrette, conteste lui aussi ce seuil. Il déplore que certaines Québécoises soient privées d'hormonothérapie à cause d'une norme inadéquate.

L'oncologue André Robidoux, un conseiller du ministre Bolduc, justifie l'utilisation de cette norme par le ministère de la Santé en raison de l'absence de consensus dans le corps médical québécois.

Cancer du sein   © PC/AP Photo/The Mayo Clinic

Étude troublante de contrôle de la qualité

En juin dernier, sur la recommandation d'un comité d'experts, le gouvernement Charest a ordonné d'analyser à nouveau les résultats de tests de pathologie servant à déterminer le traitement approprié pour les victimes de cancer du sein. La directive visait plus spécifiquement plus de 2000 femmes qui avaient passé ces tests entre avril 2008 et juin 2009.

La décision a été prise dans la foulée d'une étude de contrôle de qualité de ce type de tests, dirigée par le président de l'Association des médecins pathologistes du Québec, le Dr Louis A. Gaboury.

Une étude préoccupanteLa recherche du Dr Gaboury faisait état de taux d'erreur importants dans les tests pathologiques réalisés sur une quinzaine d'échantillons soumis à 25 laboratoires en pathologie au Québec. Rendue publique en mai, l'étude portait sur les tests de marqueurs du cancer du sein, qui permettent de déterminer si le cancer d'une patiente est hormonodépendant, et le traitement approprié dans les circonstances: l'hormonothérapie ou l'Herceptin. En moyenne, l'étude révélait que 15 % à 20 % des tests sur les marqueurs pour l'hormonothérapie (ER/PR) étaient erronés. Le pourcentage grimpait à 30 % sur les marqueurs pour l'Herceptin (Her-2/neu).

En juillet, le nombre de tests à réviser a été revu à la hausse. Québec a alors ordonné de nouvelles analyses pour 2992 tests touchant environ 2730 femmes, puisque plus d'un test par patiente pouvait être repris à partir des échantillons déjà prélevés. Toutes les patientes qui avaient subi ces tests devaient être appelées.

En juin, une demande de recours collectif a d'ailleurs déjà été déposée en Cour supérieure par une patiente, Marianne Tonnelier, qui accuse Québec de négligence.

Avec des reportages de Gino Harel et Normand Grondin

Les points saillants de l'étude du Dr Gaboury
Précision sur le reportage de Normand GrondinDans le reportage diffusé le 16 décembre 2009 au Téléjournal, nous laissions entendre que le Dr Bernard Têtu portait la responsabilité du choix du seuil de 10 % pour annoncer le taux d'erreurs lors de la reprise des tests. Or, c'est un comité de 15 experts médicaux qui a choisi ce seuil.

Cette méthodologie n'a eu aucun impact négatif sur les traitements aux patientes, car les médecins traitants ont eu accès à tous les résultats détaillés non publiés.

Le Dr Têtu estime que ce seuil rendait justice aux laboratoires québécois, qui devaient être jugés en fonction de la norme en vigueur au moment où les tests ont été faits. Ce reportage a fait l'objet d'une révision par l'ombudsman que l'internaute pourra lire à cette adresse.