Une situation qui dérange

L'école TAV L'école TAV

Exclusif - Québec met fin à une entente de plus de 20 ans, en vertu de laquelle un collège public, le Cégep Marie-Victorin, offre des cours dans trois écoles juives orthodoxes qui appliquent un calendrier religieux et disposent de classes non mixtes.

Radio-Canada a appris que le ministère de l'Éducation tolère depuis plus de 20 ans qu'un collège public, le Cégep Marie-Victorin, offre des cours à trois écoles juives orthodoxes. Le ministère de l'Éducation a toujours fermé les yeux et renouvelé année après année l'entente. Informée il y a quelques semaines de la situation, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a affirmé que la situation était inacceptable.

L'Institut pour la Torah de Montréal, le TAV, est l'une des trois écoles où plus de 800 élèves juifs orthodoxes suivent des cours de niveau collégial. Leurs professeurs, majoritairement de la communauté juive, sont embauchés et payés par un collège public, le Cégep Marie-Victorin.

« On ne peut pas accepter qu'un Cégep soutenu avec des fonds publics aille aussi loin dans l'acceptation de contraintes liées aux religions », dit la ministre Courchesne.

Par contraintes religieuses, la ministre explique que son ministère a accepté d'adapter le calendrier scolaire en fonction des fêtes juives et surtout d'autoriser que les classes ne soient pas mixtes. Ainsi, les professeurs masculins enseignent aux jeunes garçons et les professeurs féminins, aux filles.

« Ce qui n'est pas acceptable, c'est que l'on introduise dans le curriculum des éléments à caractère religieux », ajoute la ministre.

L'institut TAV se dit très étonné. Son directeur académique, Éli Meroz, précise que les cours offerts, comme la bureautique ou l'éducation spécialisée, respectent les normes de l'enseignement collégial public.

« Les cours qu'on offre, ce n'est pas [du] contenu religieux, je suis un peu étonné », dit-il.

L'entente remonte à 1985 et a été reconduite chaque année.

En tout, Québec a investi 2,5 millions de dollars dans cette école qui ne détient pas de permis et qui est réservée exclusivement aux étudiants juifs orthodoxes. Des étudiants qui refusent, pour des raisons religieuses, de fréquenter les cégeps publics.

Pierre Anctil, expert en questions juives à l'Université d'Ottawa, comprend mal qu'on ait pu contourner les règlements aussi longtemps.

« C'est surprenant et étonnant que la gestion du ministère soit aussi peu serrée s'agissant de communautés bien connues et de pratiques qui ne sont pas ignorées », affirme-t-il.

Québec a mis fin à l'entente, mais un plan de transition sera mis en place pour permettre aux jeunes de terminer leur cours.

Le gouvernement entreprendra des discussions pour régulariser la situation de l'Institut TAV.