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En profondeur

Journaliste:Barbara Debays

Mise à jour le vendredi 4 décembre 2009 à 15 h 25 HAE

Glorification d'un assassin



Le 27 novembre 2009, Radio-Canada.ca divulguait l'existence de sites Internet faisant l'apologie de Marc Lépine, le tueur de Polytechnique, et de l'inquiétude qu'ils suscitent, tant dans les milieux féministes que masculinistes.

Au lendemain de la mise en ligne de l'article ci-dessous, l'animateur de ces sites, Jean-Claude Rochefort, publiait un texte dans lequel il accuse la journaliste Barbara Debays et la société d'État de malhonnêteté et d'arrogance. Pour permettre aux internautes de se faire eux-mêmes leur idée, voici l'intégrale de l'entrevue que Jean-Claude Rochefort a accepté d'accorder à Radio-Canada.

Regardez l'entrevue avec Jean-Claude Rochefort

Montage

« Où cela pourrait se passer de nouveau avec les bonnes personnes et le bon équipement », peut-on lire sur cette photo tirée du blogue Marc Lepine.

À l'approche du 20e anniversaire de la tuerie de l'École polytechnique, un activiste masculiniste qui fait l'apologie de Marc Lépine sur divers sites Internet suscite de l'inquiétude, en particulier dans les milieux féministes proches du Colloque qui aura lieu à l'UQAM les 4-5-6 décembre.

Dans le cyberespace, il s'appelle John Gisogod, Rick Flashman ou Giskhan. Il exprime ses idées masculinistes sur au moins trois sites, le principal et le plus élaboré étant sans doute celui qui s'intitule Marc Lepine.

Marc Lépine

« STP Marc, rends-nous service: tue toutes ces salopes », peut-on lire sur cette photo tirée du blogue Marc Lepine.

Une idéologie clairement antiféministe, présentée sous forme de longs textes argumentaires, autant en français qu'en anglais, mais aussi d'illustrations et de montages graphiques, bien ficelés, qu'il compose avec la seule photo publique connue de Marc Lépine, le vrai. Des illustrations où le personnage de Marc Lépine figure presque toujours avec une arme à la main.

Des exemples? Cette photo (voir en haut du texte), où l'on peut lire en anglais, sur fond de carte Google pointant Polytechnique et montrant une femme au centre d'une cible avec un insigne nazi dans un symbole du féminin: « Où cela pourrait se passer de nouveau avec les bonnes personnes et le bon équipement. »

Ou cette autre (voir à gauche du texte), où l'on peut voir un policier disant à Marc Lépine: « STP Marc, rends-nous service: tue toutes ces salopes. » Ou encore celle où l'auteur du blogue décrète que le 6 décembre est le jour de la Saint-Marc « pour le souvenir de la première contre-attaque contre les féminazies [sic] dans la guerre contre les hommes. »

Il y a des exemples à foison.

Jean-Claude Rochefort

Jean-Claude Rochefort

Quand on l'interroge sur ses motivations, Jean-Claude Rochefort rit. L'homme de chair et d'os prétend faire dans l'« humour ».

Car, de sa perspective, ce sont les féministes qui ont fait de Marc Lépine un héros. Ce sont elles qui ont « récupéré l'événement ».

« C'est un fait divers qu'on a récupéré pour en faire un monument. Est-ce qu'on va fêter Marc Lépine encore dans 50 ans? Arrêtez, c'est ridicule! » dit-il.

Un humour de mauvais goût

Un humour que d'autres trouvent de bien mauvais goût. Comme Mélissa Blais, étudiante au doctorat et organisatrice du colloque La tuerie de l'École polytechnique 20 ans plus tard. Les violences masculines contre les femmes et les féministes. Autrement dit, l'autre bout du spectre militant...

Mélissa Blais, doctorante à l'UQAM

Mélissa Blais

Mélissa Blais fait partie des femmes ciblées sur le blogue animé par John Gisogod. Nommément.

Il y a même une illustration d'elle et de Francis Dupuis-Déri, avec qui elle a codirigé l'ouvrage collectif Le mouvement masculiniste au Québec: L'antiféministe démasqué.

En juin, l'historienne et sociologue a décidé de porter plainte auprès de la police.

Ce qu'on observe sur le site, c'est la création d'un héros à partir d'un meurtrier. Marc Lépine devient le héros des hommes que l'on dit en désarroi à cause des femmes et des féministes.

— Mélissa Blais, auteur du livre J'haïs les féministes. Le 6 décembre et ses suites

Mais il n'y a pas que les féministes qui sont choquées par les propos tenus sur le blogue. Dans la famille idéologique des masculinistes aussi, John Gisogod ne fait pas l'unanimité.

Jean-Claude Boucher, président d'Après-Rupture, un organisme d'aide aux pères en difficultés.

Jean-Claude Boucher

Le président de l'Après-Rupture, Jean-Claude Boucher, a lui aussi décidé de porter plainte auprès de la police, après que des membres de son groupe d'aide aux pères en difficultés eurent également été la cible du blogueur.

« Il menaçait [...] l'Après-Rupture de toutes sortes de choses, disant qu'il était pour faire venir des combattants de rue d'Australie et tout un fatras. Suite à ça, on s'est mis à chercher sur ses sites et on a trouvé énormément de choses qui sont des incitations à la violence principalement contre les femmes et les féministes. »

Ce gars-là [Jean-Claude Rochefort], on ne le connaît pas. Alors, on se dit: "est-ce qu'il est sérieux ou il n'est pas sérieux?

— Jean-Claude Boucher

Une visite des policiers

Début novembre, Jean-Claude Rochefort reçoit la visite de policiers qui viennent perquisitionner à son domicile. Ces derniers y saisissent une arme.

« Ils n'ont rien trouvé qu'une arme de la Première Guerre mondiale, même pas en état de fonctionner », réplique M. Rochefort, qui a comparu lundi dernier sous des accusations de possession illégale d'arme à feu.

Photo tirée de marclepineblogspot

Photo tirée de blogue Marc Lepine

N'empêche. À la mi-novembre, le réalisateur belge Patric Jean a préféré annuler son séjour au Québec par crainte de représailles des masculinistes, en particulier de ceux gravitant autour du blogue Marc Lepine.

S'étant fait passer pour l'un d'eux pour réaliser son film La domination masculine, le cinéaste était invité aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal pour en parler. Mais comme les blogues masculinistes du Québec commençaient à parler de lui tout en lançant des appels à la formation de milices armées, il a préféré ne pas prendre de chance et annuler son voyage au Québec.

Plus les commémorations de la tuerie se rapprochent, plus la tension monte. Depuis les drames de Polytechnique et Dawson, et tant d'autres encore, les établissements d'enseignement ne peuvent plus se permettre de prendre les choses à la légère.

Tout en ayant le souci de ne pas créer de panique, l'UQAM a d'ailleurs confirmé avoir pris des mesures de sécurité particulières en prévision de l'événement.