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En profondeur

Journaliste:Bernard Leduc

Mise à jour le vendredi 4 décembre 2009 à 16 h 04 HAE

Hommages en chants et en images



Lorsque les mots manquent, la musique, les images peuvent aller là où la parole est impuissante. Plusieurs oeuvres visuelles et musicales ont été créées depuis la tragédie de Polytechnique. Nous présentons ici la Cantate d'un six décembre de Ginette Bellavance, l'installation photographie Un cri un chant une voix de Diane Trépanière, une oeuvre du collectif américain les Guerrilla Girls et des reportages sur le film Polytechnique.

Cantate d'un six décembre

La Cantate d'un 6 décembre a été l'objet d'une commande en 1996 du chef de choeur Guy Robitaille pour sa chorale Équi Vox. C'est une chorale composée uniquement de voix de femmes. La musique est de Ginette Bellavance, le livret de Marie-Claude Robitaille.

L'oeuvre est dédiée à la mémoire des 14 jeunes femmes assassinées lors des événements de Polytechnique.

La cantate a été créée à Sherbrooke le 17 mai 1997 et rejouée à Montréal le 4 décembre 1999 pour souligner le dixième anniversaire du drame.

Par la suite La Maison Radio-Canada l'a enregistrée dans ses studios en 1999 pour souligner le dixième anniversaire des événements de Polytechnique.

Les 5 et 6 décembre prochains, la cantate sera reprise en extraits à la Salle Marie-Gérin-Lajoie de l'UQAM, dans le cadre du colloque La tuerie de l'École Polytechnique 20 ans plus tard.

Elle sera aussi présentée, dans son intégralité, par le choeur Équi Vox, lors d'un concert-bénéfice, le 6 décembre 2009 à 19 heures, à l'Eglise-Notre-Dame-de-la-Paix de Verdun. Il s'agit d'une initiative de la Coalition pour le contrôle des armes.

À propos de la cantate

Sur scène, accompagnées de deux pianos, d'un choeur de voix de femmes et de deux solistes, la mère (mezzo-soprano) et la fille (soprano) revivent le drame de la tuerie.

Sur une musique minimaliste remplie d'espoir, la mère et la fille échafaudent des rêves d'avenir. Et puis, tout bascule. Les pianos sonnent le glas, le choeur fait entendre des mélodies dissonantes et désarticulées, les paroles deviennent des cris, et c'est la fin.

La mère reste seule, sa fille chante dans un autre monde comme un phénix qui renaît de ses cendres.

Interprètes:

  • La Fille: Louise Marcotte, soprano
  • La mère: Renée Lapointe, mezzo-soprano
  • Choryphée: Ysabelle Ricard, mezzo-soprano
  • Pianos: Dominique Morel
  • Douglas Nemish

Choeur: Les voix de femme du Grand choeur de Montréal
Direction : Martin Dagenais

« Six décembre, plus jamais »

Des photos de finissantes, quatorze, sombres, évoquent l'absence. Elles surmontent des stèles marquées chacune d'un prénom. Au sol, un hémicycle de quatorze pierres tombales, dont la face intérieure présente l'image des pieds d'une statue et l'endos une pensée, répétée quatorze fois.

Au centre, sur le sable, un texte, à moitié calciné: « Six décembre, plus jamais ».

Diane Trépanière a présenté une première fois son installation photographique Un cri un chant des voix en 1999, à l'occasion du 10e anniversaire de la tragédie de Polytechnique. L'oeuvre, enrichie depuis d'éléments nouveaux, est présentée à partir du 6 décembre à la Maison de la Culture Côte-des-Neiges (le vernissage a lieu de 15 h à 17 h 30 ).

Commémoration, exploration artistique, Un cri un chant des voix se veut « à la fois un cri de douleur, de dénonciation et un chant d'amour et d'espoir ».

« Ici et là des traces, des présences, des absences, des feux de vigilance, des matières vivantes: des éléments visuels et textuels qui interpellent des lieux de conscience, de connaissance et de résilience que la souffrance et la violence souvent dévoilent. Un trajet métaphorique parsemé de textes d'écrivaines qui alimentent le dialogue avec l'image, l'espace et... le silence... »

« Se souvenir pour agir, C'est vraiment ça l'installation », explique l'artiste interdisciplinaire. Diane Trépanière se réjouit d'avoir été invitée à remonter son installation, mais elle espère que se dégagera un jour une volonté politique pour donner un lieu permanent aux oeuvres à la mémoire de la tragédie.

L'art contre la misogynie : les Guerrilla Girls

La Galerie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) présente du 4 au 19 décembre une exposition des Guerrilla Girls, dans le cadre des commémorations entourant le 20e anniversaire de la tuerie à l'École Polytechnique. Il s'agit d'une première en sol québécois.

Une des oeuvres exposées est une commande de la Galerie de l'UQAM : Troubler le repos / Disturbing the Peace. Elle dénonce la violence contre les femmes dans la société au travers un collage de citations misogynes prononcées par des hommes célèbres, à travers le temps. L'oeuvre y est exposée en primeur et des affiches en ont été placardées dans les espaces publics de Montréal.

Troubler le repos / Disturbing the Peace. Une oeuvre des Guerrilla Girls (2009).

Les Guerrilla Girls est un collectif d'artistes anonymes américaines créé en 1985. Avec humour, un sens aigu de la provocation, elles dénoncent les inégalités fondées sur le sexe, l'origine ethnique, la richesse. Elles bénéficient d'une renommée internationale.

Afin de conserver leur anonymat, les membres du collectif portent un masque de gorille lors de leurs apparitions publiques.

Polytechnique: l'indicible en images

Près de vingt ans après le drame, la mémoire est encore hantée par le souvenir de Polytechnique. Le cinéaste Denis Villeneuve a décidé d'en revisiter les recoins les plus sombres, là où la douleur demeure indicible.

Empruntant au noir et blanc d'Elephant, de Gus Van Stan, sur la fusillade du lycée Columbine, le cinéaste québécois nous replonge dans la tragédie au travers des points de vue de trois personnages: le tueur, un étudiant, une survivante.

Ils sont respectivement interprétés par Maxim Gaudette, Sébastien Huberdeau et Karine Vanasse.

La musique de Benoît Charest, dépouillée, véhicule toute l'angoisse de la situation de même qu'une infinie tristesse.

— Michel Coulombe, critique de cinéma

Michel Labrecque s'entretient avec Denis Villeneuve, réalisateur du film Polytechnique, dans le cadre de l'émission Maisonneuve en direct. Entrevue du 3 février 2009