Une histoire de prête-noms

À l'automne 1999, Radio-Canada révélait que Cinar avait utilisé des prête-noms pour camoufler le recours à des scénaristes américains sous de fausses identités canadiennes.

Ce stratagème avait pour but d'obtenir des subventions et des crédits d'impôt d'Ottawa et de Québec en récoltant de précieux points de contenu canadien.

Ce scandale n'aurait peut-être pas vu le jour sans le travail d'enquête réalisé par les journalistes Pierre Tourangeau et Sophie Langlois. Ils ont d'ailleurs reçu en 2000 un prix Judith-Jasmin dans la catégorie « le meilleur reportage court dans la presse électronique » pour leur enquête sur la maison de production.

Ronald Weinberg et Micheline Charest Ronald Weinberg et Micheline Charest le 15 mars 2002.  Photo :  PC/Ryan Remiorz

Après la diffusion des reportages, des artisans du cinéma et de la télévision avaient réclamé que toute la lumière soit faite sur ces allégations de fraude.

Une histoire de gros sous

À cette époque, au moins 75 % de toute production canadienne était financé par des subventions, avances et crédits d'impôt. Dans le cas de coproductions avec un pays étranger, la portion canadienne de l'oeuvre pouvait aussi être subventionnée.

Pour ce faire, il fallait prouver que l'argent était bel et bien dépensé au Canada et que des Canadiens étaient embauchés et payés pour faire le travail.

C'est cette règle que Cinar n'a pas respectée en utilisant des prête-noms. Des Canadiens ont signé des scénarios qu'ils n'avaient pas écrits, à la place de véritables auteurs américains.

Ainsi, il était possible de déclarer que ces dépenses étaient faites au Canada afin d'obtenir des fonds publics, alors qu'en réalité, l'argent était dépensé à l'étranger.

Des auteurs prolifiques de façon irréaliste

Des auteurs dénoncent en mars 2000 Des auteurs, dont Fabienne Larouche (au micro), dénonçaient en mars 2000 l'histoire des prête-noms.  Photo :  PC/Paul Chiasson

Certains prête-noms ou pseudonymes ont été utilisés dans plusieurs séries, et ce, pendant plusieurs années, parfois de façon irréaliste par rapport à ce que peut écrire un véritable auteur.

Par exemple, l'un des prête-noms très prolifiques chez Cinar était Érica Alexandre. Ce nom est apparu sur de nombreux génériques pendant plusieurs années. Or, les fils des patrons de Cinar s'appelaient Éric et Alexandre.

Ronald Weinberg et Micheline Charest ont fini par déclarer à la Cour que ce pseudonyme était en fait celui d'Hélène Charest, la soeur de Micheline.

Même chose pour le pseudonyme Chloé Brown, de son vrai nom Cassendra Schafhausen, qui était, en fait, la vice-présidente du développement et de la production animation chez Cinar. Un ancien adjoint, Thomas Lapierre, avait également prêté son nom de cette manière.

Le début de la fin

Cinar a fini par reconnaître le subterfuge et a notamment remboursé des millions de dollars à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, à Revenu Canada et à Revenu Québec.

Après cette histoire, d'importants changements ont été apportés à la gestion des programmes qui subventionnent les producteurs de cinéma et de télévision.

Cette histoire a eu raison des titres de Cinar aux bourses de Toronto et de Montréal, ainsi qu'à New York au Nasdaq. Ceux-ci ont été radiés.

Cette affaire a été importante dans le procès de Claude Robinson contre Cinar et d'autres producteurs. Celui-ci ne réussissait pas à joindre des auteurs qui apparaissent sur des génériques de son oeuvre plagiée, Robinson Sucroé.

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