L'argent

  |  Lili Marin  |  Radio-Canada



Plusieurs tendances lourdes frappent durement l'industrie des médias. D'une part, les annonceurs sont moins généreux, notamment parce qu'ils ont accès à une plus grande variété de supports, sur Internet par exemple. D'autre part, la culture de la gratuité, qu'ont imposée les quotidiens de type Métro et la majorité des sites web, prive les médias d'une partie de leur financement traditionnel.

À cela vient s'ajouter la récession. L'examen des conséquences de la précédente crise économique laisse prévoir que la situation n'est pas près de s'embellir. Entre 1991 et 1994, les revenus publicitaires de la presse écrite avaient diminué de 12 % et il avait fallu attendre 1997 pour retrouver le niveau de 1990.

Pour combler le manque à gagner, différentes solutions s'offrent à l'industrie:

  • adopter le modèle iTunes
  • taxer les fournisseurs d'accès Internet
  • recevoir des subventions pour fournir l'information

Image du site web iTunes Movie Rentals   © www.apple.com/itunes

L'achat à la pièce, comme sur iTunes, la boutique en ligne d'Apple, pourrait se révéler gagnant pour les médias d'information. D'après une étude réalisée par PriceWaterhouseCoopers, 97 % des gens seraient prêts à payer pour de l'information économique et 77 %, pour de l'information sportive.

Pour plusieurs, il serait tout à fait justifié de réclamer une certaine somme aux fournisseurs d'accès Internet. N'est-ce pas le contenu intéressant et crédible qui pousse les gens à vouloir se brancher?

Quant à l'idée de financer le journalisme de qualité avec des fonds publics, elle vient du philosophe allemand Jürgen Habermas. À son avis, le marché est en train de l'asphyxier. « Sans l'impulsion d'une presse d'opinion qui informe de manière fiable, la sphère publique ne peut plus fournir cette énergie [qui contraint le système politique à la transparence et à l'adaptation]. Que l'État s'efforce de protéger le bien public, et celui que constitue la presse de qualité en particulier, ne doit pas être considéré comme une "erreur de système" », a-t-il récemment écrit dans une tribune reprise par le quotidien Le Monde.

Ce modèle pourrait difficilement s'appliquer aux télévisions privées, qui font principalement dans le divertissement.

Redevances et télé-tirelire

Pour pallier leurs difficultés de financement, les télévisions généralistes canadiennes souhaitaient toucher des redevances d'abonnement pour la distribution par câble. Seules les chaînes privées ont obtenu l'autorisation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). La Cour d'appel fédérale devra toutefois donner son feu vert avant qu'elles ne puissent procéder.

Selon Statistique Canada, les entreprises canadiennes de télévision par câble et par satellite ont enregistré en 2008 leur meilleure performance financière des 10 dernières années. Pendant ce temps, les frais d'abonnement au câble ont augmenté quatre fois plus que le coût de la vie, a souligné devant le CRTC le président de CBC/Radio-Canada, Hubert Lacroix.

De son côté, le réseau TQS, qui a récemment frôlé la faillite, a dû changer de stratégie. Aujourd'hui, il tente de se renflouer, entre autres avec une émission de télé-tirelire. Connu ici sous le nom de Call-TV, il s'agit d'un concept de la maison de production néerlandaise Endémol, à qui l'on doit de nombreuses téléréalités. Le but est d'engranger un maximum de profits avec un minimum d'investissement. Une jolie animatrice pose des questions simples aux téléspectateurs, qui sont débités chaque fois qu'ils tentent leur chance par téléphone ou par messagerie texte.

Une révolution nécessaire?

Peut-être que l'ensemble de l'industrie des médias, actuellement contrôlée par des grands groupes intégrés, devrait revoir sa structure et penser non pas en termes de rentabilité et de concurrence, mais en termes de coopération. C'est ce que préconisent les tenants du copyleft, qui estiment que les lois actuelles sur le droit d'auteur (le copyright) freinent la créativité.

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