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SociétéCancer du sein

2100 tests à reprendre

Mise à jour le vendredi 5 juin 2009 à 11 h 32

Le gouvernement du Québec a annoncé jeudi après-midi qu'il demandera la reprise de 2100 tests pathologiques relatifs au choix du traitement du cancer du sein.

Le comité d'experts mandaté par le gouvernement du Québec a déterminé que 850 tests pour le récepteur HER-2, ainsi que 1250 tests pour les récepteurs pour l'oestrogène, réalisés entre le 1er avril 2008 et le 1er juin 2009, devaient être refaits. Des laboratoires seront désignés par le ministère de la Santé pour effectuer ces analyses. Certains pourraient être à l'extérieur du Québec.

Ce rapport fait suite à l'analyse d'une étude dirigée par le président de l'Association des médecins pathologistes du Québec, le Dr Louis A. Gaboury. Cette étude faisait état de taux d'erreur importants dans les tests pathologiques réalisés sur une quinzaine d'échantillons soumis à 25 laboratoires en pathologie au Québec.

Le président du comité, le Dr André Robidoux, a déclaré que rien dans l'étude du Dr Gaboury, sur le plan scientifique, n'indiquait que des médecins avaient prescrit le mauvais traitement à leurs patientes.

Tout au plus, une centaine de femmes pourraient avoir reçu un traitement inapproprié pour leur cancer du sein, en tenant compte des marges d'erreurs habituelles pour ce genre d'analyses pathologiques.

Le Dr Robidoux a souligné que les analyses étaient refaites par souci de précaution et pour calmer l'anxiété générale. Le chirurgien-oncologue a affirmé qu'il n'y avait aucune raison de douter de la qualité du travail dans les laboratoires de pathologie du Québec.

Précisons que les tests en cause ne sont pas des examens diagnostiques, et que le diagnostic de cancer à proprement parler n'est aucunement remis en question. Aucune nouvelle biopsie ne sera donc nécessaire pour les patientes touchées. Les analyses seront effectuées sur les échantillons déjà prélevés sur ces patientes, qui n'auront donc pas à se déplacer.

Les patientes seront contactées sous peu par leur médecin traitant pour les informer de la reprise des tests. Les nouvelles analyses d'échantillons devront être conclues d'ici la fin de l'année.

Critères médicaux de reprise des tests

Pour les récepteurs HER-2:
Cancer infiltrant
Test négatif
Tumeur de 1 cm et plus
Aucun contrôle externe de la qualité dans le laboratoire

Pour les récepteurs pour l'oestrogène:
Cancer infiltrant
Test négatif
Moins de 10 % de cellules positives

Le comité présidé par le Dr Robidoux, chirurgien-oncologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, comprend 11 spécialistes en pathologie et en oncologie.

Un manque de personnel déjà connu

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a été prévenu en février des risques d'erreurs élevés dans les laboratoires de pathologie. Dans une lettre dont le journal La Presse a obtenu copie, la présidente de l'Ordre des technologistes médicaux, Nathalie Rodrigue, mettait ainsi le ministre en garde contre le manque de personnel qualifié.

L'absence de formation et de connaissance dans le domaine clinique met en jeu la fiabilité des résultats et la sécurité des patients.

— Nathalie Rodrigue

La Presse précise qu'une pénurie de personnel frappe les technologistes médicaux. Au cours des cinq prochaines années, 60 % des 4200 technologistes médicaux auront quitté pour la retraite, dans la plupart des cas. Le quotidien ajoute que certains hôpitaux ont commencé à engager du personnel qui n'est pas formé spécifiquement pour travailler dans les laboratoires.

De son côté, le ministère de la Santé ne pense pas qu'il y a pénurie de technologistes médicaux. Il estime que l'équilibre de la main-d'oeuvre est assuré jusqu'en 2012.

L'opposition ne lâche pas prise

Jeudi, les partis d'opposition à l'Assemblée nationale ont talonné le ministre Bolduc sur cette question, l'accusant d'avoir cherché à protéger sa réputation plutôt que la santé des femmes atteintes du cancer du sein.

Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Bernard Drainville, a martelé que le ministre était au courant des problèmes en pathologie depuis trois mois. Dans une question, il a évoqué une « négligence grave » de la part d'Yves Bolduc.

Le ministre Bolduc a répété que certaines conclusions de l'étude du Dr Louis A. Gaboury avaient été mal interprétées, et a invité tout le monde à faire preuve de plus de rigueur intellectuelle.

Yves Bolduc a reçu un appui du président du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne. Après avoir entendu les conclusions du comité d'experts sur l'étude du Dr Gaboury, celui-ci s'est dit déçu du travail de l'opposition, le qualifiant de « petite politique ».

Selon le Dr Lamontagne, le ministre Bolduc a bien agi lorsqu'il a demandé d'abord de réviser les résultats de l'étude avant de tirer des conclusions sur la qualité des analyses et la possibilité de mauvais choix de traitement.

Radio-Canada.ca avec Presse canadienne