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SociétéTests erronés de cancer du sein

L'inquiétude monte

Mise à jour le jeudi 28 mai 2009 à 21 h 44

Le Dr Gaétan Barrette, président de la FMSQ, en conférence de presse

Photo: La Presse Canadienne /Andy Blatchford

Dr Gaétan Barrette, président de la FMSQ

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) s'est dite déçue, jeudi, de la réaction du ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, à un reportage de Radio-Canada sur une étude révélant des marges d'erreur importantes dans les tests réalisés en pathologie pour des patientes ayant reçu un diagnostic de cancer du sein. Ces patientes pourraient avoir reçu un mauvais traitement à la suite de ces analyses de laboratoire erronées.

D'entrée de jeu, le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, a affirmé que Québec était parfaitement au courant de la situation, malgré ce qu'en dit le ministre Bolduc. Il estime que le problème était connu depuis les premières révélations sur des erreurs dans des laboratoires terre-neuviens, en 2005. Il affirme que la FMSQ a fait plus d'une représentation auprès du ministère de la Santé à ce sujet.

Étant donné que des tests de pathologie sont nécessaires pour tous les types de cancer, on pouvait donc s'attendre à des marges d'erreur similaires pour des patients souffrant de tumeurs sur d'autres organes, a souligné le Dr Barrette.

Ce qui a été évalué se transpose, sans aucune hésitation, dans les autres secteurs, que ce soit le cancer du côlon, du cerveau, du foie, des os, du pancréas, c'est la même chose. Sachez que tout cancer, malheureusement si vous en avez un, tous et toutes, va passer par la pathologie.

— Dr Gaétan Barrette, président de la FMSQ

Le président de la FMSQ a affirmé que la compétence des pathologistes n'était pas remise en cause, ajoutant que ceux-ci travaillent avec des outils médiocres.

Les médecins spécialistes craignent que Québec ne veuille intervenir que dans les laboratoires où les taux d'erreur sont les plus élevés. La FMSQ croit plutôt à la nécessité d'une solution globale.

La Fédération réclame:

  • que soient relevés immédiatement les critères de tests de laboratoire, comme ce qui a été suggéré dans le rapport de la commission Cameron sur les erreurs de tests survenues à Terre-Neuve;
  • qu'une ligne d'information soit mise à la disposition des patients possiblement touchés, pour déterminer au plus vite quels tests pathologiques seront à refaire.

Pour sa part, la Coalition Priorité Cancer au Québec a demandé la révision immédiate de tous les tests de marqueurs du cancer du sein réalisés au cours des dernières années dans les laboratoires québécois.

Une ligne d'information pour les patients inquiets

Le ministre Bolduc a annoncé que la ligne Info-Santé 811 sera mise à contribution dès vendredi pour répondre aux questions des Québécois ayant subi des traitements contre le cancer ces dernières années.

Débat sur la validité de l'étude

Le ministre québécois de la Santé Yves Bolduc

Le ministre Yves Bolduc

Jeudi, le ministre Bolduc a dit regretter que l'étude dévoilée par Radio-Canada ne lui ait toujours pas été transmise et n'ait pas été publiée dans une revue spécialisée, ce qui lui aurait permis d'en prendre connaissance avant de la commenter. Il a rappelé que les études, règle générale, devaient être analysées par des pairs, puis publiées dans des revues reconnues, ce qui augmente leur crédibilité.

Le ministre Bolduc s'interroge aussi sur le fait que l'étude a été réalisée à l'aide d'une subvention de 60 000 $ de la pharmaceutique française Hoffman-La Roche. Cette entreprise fabrique notamment l'Herceptin, l'un des traitements possibles pour le cancer du sein.

Il a réitéré qu'il voulait vérifier la validité de la méthodologie et l'indépendance de l'étude, avant de prendre les actions nécessaires. Il a assuré qu'il était préoccupé par la situation.

Le ministre a mandaté l'Institut national de santé publique (INSPQ) et le Collège des médecins pour faire ces vérifications. Des pathologistes de l'Ontario pourraient participer à la démarche, pour éviter tout risque de conflit d'intérêts.

Il a aussi ajouté que l'implantation d'un contrôle de la qualité des tests dans les laboratoires était un long processus, et que le travail était en cours. Il n'a pas exclu qu'on revérifie tous les cas diagnostiqués. Le ministre Bolduc a martelé que les questions de qualité des tests avaient pu être abordées dans le passé, mais qu'il n'avait jamais été question de tests erronés.

Gaétan Barrette réfute les doutes du ministre sur la validité de l'étude. Il affirme que le travail, une étude à double insu, était d'une qualité irréprochable et ne souffrait d'aucun biais commercial ou professionnel.

Le Dr Barrette a souligné que c'est l'Association des pathologistes du Québec qui avait pris l'initiative de faire cette étude, faute de subventions du gouvernement.

Le Dr Barrette a expliqué qu'il s'agissait d'un échantillonnage de la pratique pathologique au Québec, que les résultats agissaient comme un signal d'alarme et que de nouveaux examens seraient nécessaires.

Le président de la FMSQ estime que le ministre fait erreur lorsqu'il dit que les études devront être validées par l'INSPQ et le Laboratoire de santé publique du Québec. Ils n'ont aucune expertise pour le faire, souligne le Dr Barrette, puisqu'ils n'emploient aucun pathologiste.

On nous annonce qu'on va vouloir valider les faits par une organisation qui n'a pas la compétence pour le faire, et pour le faire, ils vont demander à l'organisation qui a fait l'étude de valider à nouveau ses propres faits. À mon avis, cela s'appelle un paravent, et ce n'est pas acceptable.

— Dr Gaétan Barrette

L'étude de l'Association des pathologistes

L'étude, présentée au congrès de l'Association des pathologistes, il y a trois semaines, portait sur les tests de marqueurs du cancer du sein. Ceux-ci permettent de déterminer si le cancer d'une patiente est hormonodépendant et quel traitement on doit lui offrir: soit l'hormonothérapie ou encore l'Herceptin. Les 25 plus importants laboratoires de pathologie du Québec ont participé à l'étude.

En moyenne, l'étude révèle que 15 % à 20 % des tests sur les marqueurs pour l'hormonothérapie (ER/PR) étaient erronés. Et le pourcentage grimpe à 30 % sur les marqueurs pour le Herceptin (Her-2/neu). On parle ici d'un traitement qui coûte 50 000 $ par patiente.

Des marges d'erreur aussi importantes, dans un grand nombre de laboratoires, signifient que de mauvais diagnostics de traitement ont déjà pu être établis pour des patientes. « S'il y a 10 % de variation, ce qui veut dire que ce test est fait de façon routinière, qu'il y a des milliers de patientes qui ont des cancers du sein au Québec, ça veut dire qu'il y a plusieurs centaines de patientes au Québec qui ont, peut-être, un résultat qui n'est pas correct », s'inquiète le Dr Louis A. Gaboury, président de l'Association des pathologistes du Québec.