Québec se fixera des objectifs

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Étudiant

La ministre de l'Éducation du Québec, Michelle Courchesne, a réagi favorablement mardi à l'étude du Groupe d'action pour la persévérance et la réussite scolaire dirigé par le président de la Banque de Montréal, Jacques Ménard. Cette étude est le résultat d'une initiative citoyenne et non d'une commande gouvernementale, a déclaré M. Ménard, qui a réuni des gens d'affaires, du milieu communautaire, et des chercheurs.

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, appuie l'étude du groupe de recherche dirigé par Jacques Ménard qui propose d'augmenter à 80 % en 10 ans le taux de réussite des étudiants du secondaire.

Quelque 28 000 jeunes Québécois ne terminent pas leurs études secondaires chaque année, ce qui coûte à la société près de 2 milliards de dollars.

« On ne peut pas se payer le luxe de rien faire. Ça coûte trop cher. » — Jacques Ménard

En matière de réussite scolaire, le groupe a étudié ce qui se fait ailleurs en Amérique. En Ontario, par exemple, le gouvernement a développé un plan qui a fait passer le taux de diplomation de 66 % à 76 % en 5 ans.

Le groupe s'est aussi penché sur des modèles québécois, comme celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean, où le taux de décrochage a diminué depuis que toute la région a décidé de se mobiliser pour faire face au problème.

Jacques Ménard Jacques Ménard

Cette approche, qui englobe différents partenaires sociaux et non pas seulement le ministère de l'Éducation, plaît bien à la ministre Courchesne. « Ça va prendre du temps. Il serait illusoire de penser qu'on va enrayer complètement le décrochage scolaire. Je répète qu'au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ç'a pris 10 ans », dit-elle.

« Là où on a réussi, on a fait deux choses: d'une part, on a mobilisé l'ensemble de la communauté et d'autre part, on s'est donné une cible », a dit M. Ménard.

Le groupe propose justement un objectif bien précis: augmenter à 80 % en 10 ans le taux de réussite des étudiants du secondaire. Les actions qu'il propose visent les jeunes de la petite enfance au secondaire, et nécessitent une implication de toute la société.

Pour atteindre cet objectif, le groupe propose 10 pistes d'action, qui ciblent particulièrement les milieux défavorisés, où le décrochage est plus élevé. Il propose notamment d'augmenter les services d'accompagnement qui sont offerts aux futurs parents et aux parents ayant des jeunes de moins de 5 ans et qui se trouvent en milieu défavorisé.

La ministre de l'Éducation salue ces mesures et rappelle qu'il faut rapprocher les Centres de la petite enfance des commissions scolaires et surtout de l'école.

Le groupe conseille aussi de créer une « instance nationale de concertation en persévérance scolaire » afin de démontrer qu'on en fait une priorité.

Le plan propose qu'on coordonne et renforce les initiatives qui existent déjà, et demandera des investissements de 140 à 240 millions de dollars par année. M. Ménard croit qu'on pourrait en trouver une partie dans les budgets actuels. « On a raison de croire qu'il y a des ressources qui sont mal utilisées présentement. Ces programmes-là ont des coûts et il y en a peu d'entre eux d'ailleurs qui sont mesurés, et certaines de sommes pourraient être réallouées », pense-t-il.

Michèle Courchesne, ministre de l'Éducation Michèle Courchesne, ministre de l'Éducation

Si la ministre Courchesne accueille très bien le rapport du groupe de travail, elle rappelle quand même que le gouvernement dépense déjà 841 millions de dollars pour prévenir le décrochage scolaire.

Elle n'avait jamais voulu établir de cibles à atteindre, mais a changé d'avis. Elle annoncera dans les prochaines semaines quel sera le taux de réussite visé. « Si on n'a pas de cible, on est plus ou moins liés tandis que là, il y aura cette nécessité de rendre des comptes. Est-ce qu'on est dans la bonne direction? Est-ce que nous faisons les bons choix? Est-ce qu'il y a des ajustements à apporter? » se demande-t-elle.

Son idée n'est toutefois pas encore faite sur le pourcentage de réduction du taux de décrochage qui sera visé, ni quelle échéance devrait être respectée.

Les décrocheurs identifiés tôtUne autre étude rendue publique mardi renforce l'idée du groupe de M. Ménard de se pencher sur la question du décrochage dès la jeune enfance.

Les décrocheurs scolaires peuvent être identifiés à compter de la maternelle, conclut une vaste étude québécoise sur l'abandon scolaire. La recherche, réalisée sur une période de 12 ans, présente des pistes de solution au gouvernement Charest, qui déposera le mois prochain un plan pour contrer le décrochage scolaire.

L'étude a commencé en 1993 dans la grande région de la Mauricie et a été effectuée auprès de 990 élèves de maternelle, de première et de deuxième année du primaire.

Pour mener à bien l'étude, les enseignants devaient dire comment ils percevaient les élèves sur les plans scolaire et personnel. Ils devaient déterminer leurs difficultés. On leur demandait aussi de dire si chaque élève était attachant, autonome ou plutôt rejeté par le reste du groupe.

Douze ans plus tard, les chercheurs sont allés vérifier le parcours de ces élèves. Les trois quarts de ceux qui cheminaient sans difficulté ont obtenu leur diplôme d'études secondaires.

Les résultats des élèves qui montraient des signes de faiblesse dès la maternelle étaient tout autres, a constaté Pierre Potvin, un des auteurs de la recherche et professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

« Là, on est frappé par des résultats tout à fait contraires. Seulement le quart sont diplômés 12 ans plus tard. Et la très grande majorité [d'entre eux] sont en retard, ça veut dire qu'ils ont redoublé ou ont décroché », soutient M. Potvin.

De plus, 65 % des élèves identifiés en bas âge comme étant rejetés n'avaient pas obtenu leur diplôme d'études secondaires à la fin de la recherche, en 2004. Par une simple observation, les enseignants avaient donc vu juste, 12 ans auparavant.

Selon M. Potvin, l'étude montre clairement l'importance du dépistage dès la maternelle pour réduire l'abandon scolaire, un fléau qui frappe un élève sur trois au Québec.