Des Brésiliens excommuniés

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
Manifestation contre l'avortement Les majorité des Brésiliens sont opposés à l'avortement. (archives)   © PC/AP Photo/Eraldo Peres

Une affaire d'avortement pratiqué sur une fillette de 9 ans qui a été violée par son beau-père secoue le Brésil.

Le Brésil est secoué sur le plan éthique et religieux par une affaire d'avortement. Elle concerne une fillette de 9 ans qui a été violée par son beau-père. En effet, sa mère et tous les membres de l'équipe médicale ont été excommuniés.

La semaine dernière, la jeune Franzina a été envoyée à l'hôpital parce qu'elle souffrait de maux de ventre. Chétive, elle était enceinte depuis quatre mois et attendait des jumeaux.

Sa vie étant en danger, et ayant été violée, la décision d'avorter a rapidement été considérée par la mère et les médecins comme étant une solution. D'ailleurs, la présence de ces deux conditions permet de rendre légale la pratique d'un avortement dans ce pays.

Les autorités religieuses

Toutefois, ces conditions n'ont pas été jugées suffisantes pour l'archevêque d'Olinda et Recife, Jose Cardoso Sobrinho, qui a décidé d'excommunier l'équipe médicale qui a procédé à l'avortement ainsi que la mère de la petite victime. Il a invoqué comme argument que « la loi de Dieu est au-dessus des lois humaines ».

L'archevêque a même obtenu l'aval du patron de l'église de l'Amérique latine, le Cardinal Battista. Celui-ci a maintenu les excommunications.

Cependant, les autorités religieuses ont refusé de sanctionner le beau-père violeur puisque, selon elles, « le viol est une faute bien moins grave que l'avortement ».

Le président scandalisé

Le président du plus grand pays catholique au monde, Lula da Silva, tout comme son ministre de la Santé, s'est dit scandalisé par l'aspect conservateur de cette position.

« C'est impensable de laisser cette fillette poursuivre sa grossesse et, dans ce cas, la loi de la médecine surpasse clairement la loi de l'Église. » — Luiz Inacio Lula da Silva

Par ailleurs, des milliers de Brésiliennes sont descendues dans les rues lors de la journée internationale des femmes pour réclamer la légalisation de l'avortement. Elles ont profité de l'occasion pour dénoncer le conservatisme de l'Église.

Un cas qui n'est pas rare

Le drame de la fillette est loin d'être un cas isolé. Dans l'état de São Paulo, 43 % des cas de viols rapportés concernent des fillettes qui sont âgées de moins de 12 ans.

Chaque jour au Brésil, dix femmes ou jeunes filles réussissent à se faire avorter légalement. Or, il s'agit d'une infime proportion des avortements puisque, chaque année, plus d'un million de Brésiliennes se font avorter dans des cliniques clandestines. D'ailleurs, c'est la quatrième cause de mortalité chez les femmes de ce pays.

Malgré la polémique qui entoure cette affaire, il est peu probable que la voie à la légalisation de l'avortement soit ouverte. En effet, selon les derniers sondages, 65 % des Brésiliens s'y opposent.