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SociétéBourses de recherche

Tollé universitaire

Mise à jour le lundi 9 mars 2009 à 8 h 14

Classe universitaire

Plus de sous oui, sous conditions non; c'est en somme le message du milieu universitaire en réponse à la décision du gouvernement Harper de favoriser les étudiants du domaine des affaires dans l'octroi des bourses de recherche.

Au coeur du litige: une enveloppe supplémentaire de 17,5 millions de dollars attribuée au Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) du Canada lors du dernier budget fédéral. Cette somme permettra au CRSH d'attribuer 100 bourses de doctorat et 400 bourses de maîtrise dans le cadre du Programme de bourses d'études supérieures du Canada - qui en offre déjà 2500.

Mais cette rallonge financière vise exclusivement les étudiants dont la recherche portera sur le domaine des affaires, avec pour but de trouver une « solution de crise ».

Grogne chez les étudiants...

Tollé immédiat, tant du côté des étudiants que du côté des professeurs. Du côté de la Fédération canadienne des étudiantes et des étudiants, on estime qu'il est « malavisé de croire que c'est en finançant les diplômes liés au milieu des affaires que nous allons pouvoir stimuler de manière rapide et efficace l'économie ».

La Fédération étudiante universitaire du Québec envoie un son de cloche identique: « Ils se privent de découvertes majeures qui vont être salutaires pour l'ensemble du pays », estime David Paradis.

... et les professeurs

Idem du côté des professeurs. « Certes, les sciences humaines étudient, entre autres, "les affaires". Mais il serait grotesque (pour ne pas dire suicidaire) de vouloir réduire la recherche en sciences humaines, quelle que soit la discipline, aux préoccupations liées aux affaires », écrivaient les professeurs Johanne Villeneuve et Martin Lefebvre dans une lettre publiée le 27 février dernier dans le quotidien Le Devoir. Une centaine de leurs collègues en sciences humaines ont cosigné cette lettre.

Cette intervention partisane et cette restriction de la part du gouvernement dans la recherche universitaire n'a pas sa place. Elle illustre l'étroitesse d'un esprit orienté vers l'instrumentalisation du savoir et gouverné par l'obsession du résultat à court terme.

— Lettre ouverte cosignée par 100 professeurs

Par conséquent, les deux professeurs demandent aux intervenants du CRSH et aux universitaires impliqués dans les demandes de financement de « refuser d'obtempérer aux nouvelles directives ». « Nous avons le devoir de discréditer l'ignorance et la grossièreté qui s'abattent ainsi sur les domaines vitaux de la démocratie (justice, médias, art, culture, connaissance et recherche) », concluent-ils.

... et les recteurs

La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a aussi joint sa voix au concert de critiques. « Ce n'est pas nécessairement parce qu'on investit dans des domaines soi-disant rentables et directement branchés sur l'économie qu'on va avoir des retombées économiques positives, au contraire », déplorait la présidente du Comité de la recherche de la CREPUQ, Louise Dandurand, au Devoir. Et d'ajouter: « L'impact de la recherche en sciences sociales et humaines est beaucoup plus grand que ce qui est visible à l'oeil nu ou sur un bilan comptable. Les gouvernements ont beaucoup de difficulté à le comprendre ».

Les deux autres pourvoyeurs de bourses, l'Institut de recherche en santé (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), ont reçu respectivement 35 millions supplémentaires avec le dernier budget fédéral.

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