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PC/AP
Eluana Englaro, une Italienne de 38 ans plongée dans le coma depuis 1992, est décédée lundi à la suite d'une détresse respiratoire. Son cas a provoqué une véritable crise politique en Italie sur fond de débat entre partisans et opposants de l'euthanasie.
La femme de 38 ans, plongée dans le coma depuis 1992 et au coeur d'un débat sur l'euthanasie, a rendu l'âme lundi, trois jours après que les médecins eurent cessé de l'alimenter.
Son décès est intervenu brusquement, alors que le Sénat italien était réuni en session d'urgence pour étudier un projet de loi visant à empêcher sa mort. Cette initiative avait été présentée par le gouvernement de Silvio Berlusconi. C'est le ministre de la Santé, Maurizio Sacconi, qui a annoncé la mort de la jeune femme aux sénateurs réunis.
Après avoir observé une minute de silence à sa mémoire, les sénateurs ont cependant décidé de continuer leur examen du texte. Celui-ci interdit la suspension de l'alimentation et de l'hydratation « des personnes n'étant pas en mesure de décider pour elles-mêmes ».
Dans les travées du Sénat, le silence a rapidement laissé la place aux cris et invectives entre élus de centre-gauche et de centre-droit, qui se sont accusés mutuellement d'avoir tenté une exploitation politique de l'affaire.
Une division déchirante
Le cas de la jeune femme a profondément ému et divisé l'Italie, où l'Église catholique exerce une grande influence sur la société et sur les institutions politiques.
Selon un sondage publié dimanche par le quotidien Corriere della Sera, l'Italie était divisée à égalité entre les partisans du maintien de l'alimentation (47 %) et ceux qui y sont opposés, 6 % n'ayant pas exprimé d'opinion.
L'Église catholique avait, elle aussi, jeté tout son poids dans la bataille pour empêcher ce qu'elle considérait comme une euthanasie et un homicide. « Que le Seigneur l'accueille et pardonne à ceux qui l'ont conduit là », a commenté le « ministre de la Santé » du Vatican, Javier Lozano Barragan.
Pour la troisième fois en trois jours, le pape Benoît XVI a évoqué implicitement le sujet en déclarant, lors d'une audience accordée au nouvel ambassadeur du Brésil auprès du Saint-Siège, que « le caractère sacré de la vie doit être sauvegardé de la conception à la fin naturelle ».
Selon les médias italiens, Silvio Berlusconi a appris « avec une profonde douleur » la mort d'Eluana. « L'amertume est grande que l'action du gouvernement n'ait pu sauver une vie », a déclaré M. Berlusconi. Depuis vendredi dernier, celui-ci avait mené une action tous azimuts pour tenter d'empêcher l'application de la décision de la Cour de cassation autorisant la fin de l'alimentation d'Eluana.
La famille d'Eluana avait obtenu, en décembre dernier, de la plus haute juridiction italienne, l'autorisation de la laisser mourir. Les médecins avaient cessé, depuis vendredi, de l'alimenter et de l'hydrater. Les docteurs ne lui administraient plus que des sédatifs destinés à lui épargner ses souffrances.
Victime d'un accident de la route à l'âge de 20 ans, Eluana Englaro était plongée dans un coma végétatif jugé irréversible, et maintenue artificiellement en vie. Son père, Beppino Englaro, livrait bataille depuis près de 10 ans pour que sa fille dispose du droit à mourir.
Ce cas d'euthanasie rappelle celui de Terri Schiavo, aux États-Unis, finalement autorisée à mourir en 2005, au terme d'un long bras de fer judiciaire.