Adolescent, Alejandro Montero était un rebelle, un jeune esprit contestataire qui s'insurgeait contre les valeurs d'une société de l'éphémère, sans buts réels. En 1996, épuisé de se battre sur tous les fronts, il quitte Montréal pour aller étudier à Québec en architecture. Un vieux rêve qu'il entretenait depuis ses 14 ans. « J'ai découvert un monde pété, éclaté, de créateurs qui cherchaient à repenser notre occupation de l'espace », raconte-t-il.
Sa révolte, le jeune architecte a donc décidé de la canaliser dans la création. Déjà très activiste en matière d'environnement, il a fondé, en 2000, Tergos écoconstruction : une entreprise de design et de construction écologiques.
L'équipe d'architectes de Tergos ecodesign, ecoconstruction
Huit ans plus tard, l'architecte peu se targuer d'avoir vu clair dans l'avenir. Ils sont, en effet, de plus en plus nombreux, de la génération des Artisans du rebut global (25-40 ans), à solliciter les services de sa boîte.
« Parce qu'on a dépassé la phase d'inconscience. Si je mets l'histoire de l'humanité sur une ligne, l'homme a d'abord été écologique inconscient. C'était juste naturel, puis avec le développement on est devenus pollueurs inconscients. Aujourd'hui, on est pollueurs conscients et j'ai bon espoir qu'un jour on va tous devenir écologistes conscients », exprime l'architecte.
Or, pour l'instant, du moins en matière de construction, plusieurs ont l'impression qu'il ne suffit pas d'être conscient, mais qu'il faut surtout avoir les moyens de ses convictions pour être écolo.
Écologiste conscient.... et riche?
Alejandro Montero, Entrepreneur général, bachelier en architecture et fondateur de l'Atelier Tergos.
À l'heure qu'il est, la construction d'une maison écologique coûte de 5 à 10 % plus cher que celle d'un bâtiment traditionnel. La facture grimpe, en effet, rapidement lorsqu'il est question de technologies vertes, mais il ne faut pas perdre de vue les gains à long terme. Un bâtiment écoénergétique, par exemple, permet des économies de 30 à 70 %. Ce qui est loin d'être négligeable.
Quoi qu'il en soit, selon Alejandro Montero, c'est d'abord une question de priorités et de valeurs. « On vit dans une société où beaucoup d'argent est investi dans le divertissement, par exemple. Chez moi, j'arrive à faire plein d'affaires, mais je n'ai pas le câble », souligne-t-il.
« Après, ajoute-t-il, il faut faire la distinction entre le cheap et l'abordable ». L'architecte estime qu'il est inacceptable que des matériaux tels que le déclin de vinyle, les fenêtres en PVC et les planchers flottants en plastique soient encore utilisés par l'industrie de la construction. « C'est comme acheter une paire de ciseaux chez Dollorama à 1 $ ou une paire de ciseaux chez Trudeau à 10 $. La paire de chez Dollorama, elle va se briser et tu vas devoir en acheter une autre, puis une autre et une autre », compare-t-il.
Ce qui fait d'ailleurs dire à l'architecte que la qualité de la main-d'oeuvre et du travail accompli, gages de durabilité, est le 1er critère qui permet de qualifier un bâtiment d'écologique.
« Alors, est-ce que c'est trop cher? C'est comme la nourriture bio, ce n'est pas elle qui est trop chère, c'est le reste qui ne l'est pas assez », s'exclame-t-il.
Une question de temps
L'équipe d'architectes de Tergos ecodesign
S'il reconnaît que, pour l'instant, la construction verte implique quelques surcoûts, Alejandro Montero croit néanmoins que le temps fera son oeuvre. Les bâtiments verts seront démocratisés comme l'ont été les ordinateurs portables et les voitures qui, au départ, étaient réservés aux plus nantis. « Disons que maintenant ce sont des prototypes, des expérimentations, mais avec le temps on va parvenir à tout normaliser et l'industrialisation va suivre », affirme-t-il. Ce dernier est d'ailleurs tellement convaincu qu'il songe déjà à fonder une usine de maisons préfabriquées écologiques.
Les connaissances et technologies du bâtiment vert ont en effet beaucoup évolué au cours des dernières années et plusieurs d'entre elles ont été brevetées par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) et le Conseil national de recherches Canada (CNRC-NRC), chargé d'évaluer les produits et les systèmes novateurs en construction.
Alejandro Montero est-il idéaliste ou avant-gardiste? Seul l'avenir le dira, mais les prévisions de McGraw-Hill construction, chef de file mondial dans le domaine de l'information en construction, lui donnent raison. Le groupe estime que le marché américain de l'écoconstruction, qui se chiffre présentement entre 36 et 49 milliards, devrait atteindre de 96 à 140 milliards d'ici 2013. Comme quoi, même à ses balbutiements, l'éco-logis fait déjà miroiter un paquet de billets verts à l'industrie.
« C'est difficile maintenant, parce qu'il y a encore beaucoup de têtes blanches, mais en bas ça fourmille. Dans 10 ou 15 ans, je pense que la construction verte ça va être la norme », projette l'architecte, optimiste.