Julie Boulet se fait rassurante

Il y a deux ans jour pour jour, l'effondrement du viaduc de la Concorde, à Laval, coûtait la vie à cinq personnes et entraînait une vaste révision de l'état des ponts et des viaducs du Québec.

La ministre des Transports du Québec assure les Québécois que les ponts et viaducs de la province sont sécuritaires en dépit des inquiétudes formulées par les ingénieurs du gouvernement.

Mardi, la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, a assuré que les infrastructures routières de la province étaient sécuritaires, et ce, en dépit des inquiétudes formulées par les ingénieurs du gouvernement.

La ministre Julie Boulet La ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, s'est voulue rassurante sur l'état des infrastructures routières de la province.

Le président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, Michel Gagnon, a en effet déclaré lundi que les ingénieurs de l'État n'étaient pas en mesure d'assurer la sécurité du public, étant donné le trop grand nombre de chantiers en cours et le manque de personnel pour accomplir tout ce travail dans les délais.

Julie Boulet a quant à elle rejeté ces allégations en précisant que son ministère avait embauché plus d'ingénieurs et de spécialistes en sous-traitance. La ministre des Transports a également réitéré son intention de créer une agence spécialement consacrée aux ponts et aux viaducs.

« Il n'y a aucun compromis qui est fait sur la sécurité du réseau routier et sur les structures au Québec et le mot d'ordre chez nous c'est la vigilance, la rigueur, la transparence, la compétence. Soyez assurés qu'à tous les jours, au quotidien, on s'assure que ces mesures-là soient très très présentes dans tous les dossiers », a déclaré la ministre Boulet à Radio-Canada mardi.

Pierre-Marc Johnson se dit serein

Le point de vue de Pierre-Marc Johnson, l'ancien président de la Commission d'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde, recoupe celui de Mme Boulet. Il a, en effet, mis en doute la pertinence du propos du Syndicat des ingénieurs, ainsi que de celui du Syndicat de la fonction publique du Québec, qui redoute des pénuries de personnel.

Interrogé à ce sujet mardi, M. Johnson a déclaré qu'il aurait été plus inquiet si les remontrances étaient venues de l'Ordre des ingénieurs et non d'organisations syndicales.

L'ancien premier ministre péquisten a, par ailleurs, félicité le gouvernement libéral de Jean Charest pour sa gestion du dossier. Il affirme que Québec a mis en oeuvre la quasi-totalité des recommandations de son rapport, publié en octobre 2007.

Depuis la chute du viaduc, le 30 septembre 2006, Québec a pris à sa charge plus de 4000 ponts qui étaient autrefois sous la responsabilité des municipalités. Ainsi, le ministère des Transports doit maintenant en surveiller 9000, en comptant ceux qu'il avait déjà sous sa responsabilité.

De ce nombre, 2000 sont dans un tel état de détérioration que le poids des camions y est limité, tandis que 63 sont carrément interdits à la circulation.

Une tâche colossale

Chute de béton à l'angle des boulevards Henri-Bourassa et Pie IX (archives)

Il s'agit d'une tâche colossale pour les autorités, comme l'explique le président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, Michel Gagnon. Ce dernier n'est pas des plus optimistes en ce qui concerne la situation actuelle.

« Ça commence à nous faire peur, on a peur d'échapper des chantiers, on ne se le cachera pas, on croit que nous, on n'a pas les effectifs requis pour assurer la sécurité du public de façon acceptable, au Québec. [...] Juste pour les structures, on avait prévu 700 chantiers sur les structures et on me dit qu'on ne sera pas en mesure d'en faire au moins 50 », déclarait lundi le président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec.

Pour le syndicat des ingénieurs de l'État, si Québec a triplé les budgets pour l'entretien des structures, le personnel, lui, est resté identique.

Le SCFP redoute aussi des pénuries de personnel

Il n'y a pas que les ingénieurs qui ont des doutes sur les capacités de Québec à rénover et à sécuriser dans les délais prescrits toutes les structures routières détériorées dans la province.

Mardi, la présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), Lucie Martineau, a déclaré en conférence de presse que le ministère des Transports négligeait ses responsabilités depuis de nombreuses années en diminuant ses effectifs.

La syndicaliste a par ailleurs demandé comment le ministère pourra assurer l'entretien à long terme du réseau routier québécois en n'assurant pas le renouvellement de son personnel.

Selon Lucie Martineau, la politique de non-remplacement des départs à la retraite instaurée par la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, engendrera des pénuries de personnel dans la fonction publique.

La présidente du SCFP souligne par ailleurs que les besoins en personnel définis par le ministère des Transports se chiffrent déjà à 634 nouvelles embauches. Elle presse par conséquent le ministère de pourvoir ces postes rapidement.