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SociétéConférence

Se souvenir du musée

Mise à jour le mardi 30 septembre 2008 à 16 h 22

Un texte de Florent Daudens

Le Musée du Louvre à Paris

Photo: AFP/Joël Saget

Le Musée du Louvre à Paris

La conférence internationale sur le tourisme culturel, qui se tient à Montréal du 29 septembre au 3 octobre, a été l'occasion d'apprendre une donnée surprenante: le temps moyen de visualisation de la Joconde, exposée au Musée du Louvre, est de 25 secondes.

Cette donnée résume le dilemme auquel sont confrontés les musées: faire sentir à chaque visiteur qu'il est unique, tout en attirant les foules. « À 8,5 millions de visiteurs en 2007, c'est tout un pari », a illustré Catherine Guillou, directrice des publics au musée parisien, lors d'un atelier portant sur le thème de la foule dans ces établissements.

Dans le cas de la Joconde, « les gens sont dans une expérience de témoignage, de rite. Ils ne sont pas dans une expérience esthétique », a exposé Mme Guillou devant plus de 200 acteurs et spécialistes des musées du monde entier.

Ce rite a un prix: l'attente. « La file d'attente est paradoxale: elle attire [...] et c'est en même temps répulsif », résume la directrice des publics. Et la perspective d'une foule trop importante peut en décourager plus d'un avant même d'avoir mis le pied dans le musée. Elle peut aussi gâcher la visite, empêchant de voir une oeuvre, rendant passif ou causant une fatigue rapide.

Fréquentation annuelle des musées

  • Musée du Louvre: 8,2 millions de visiteurs en 2007
  • Museum of Modern Art de New York: 2,7 millions de visiteurs en 2007 (1,5 million en 1995)
  • Musée canadien des civilisations: 1,3 million de visiteurs en 2007
  • Musée national des Beaux-arts du Québec: 550 000 visiteurs prévus en 2008 (110 000 en 1993)

« J'y étais »

Mais la foule donne un sens à une exposition, selon les intervenants réunis. « Quel que soit le domaine, participer à un événement a quelque chose de mémorable. Les gens pourront dire "j'y étais" », estime John R. Porter, directeur honoraire du Musée national des Beaux-arts du Québec (MNBAQ). Celui qui a piloté l'exposition du Louvre à Québec ajoute que la perspective d'attirer la foule motive les musées à réaliser de grandes expositions. Il se dit d'ailleurs fort satisfait du succès que connaît l'exposition en cours jusqu'au 26 octobre prochain.

Il vante au passage l'une des forces des musées québécois: leur « taille humaine ». « Nous avons assez d'air pour mettre des oeuvres en valeur », explique celui qui a dirigé le MBNAQ pendant 15 ans (écouter l'extrait).

Glenn Lowry, directeur du Museum of Modern Art de New York (le MoMA), considère que ces institutions doivent constituer un espace social, où les gens viennent regarder des oeuvres avec d'autres.

Il faut rendre les musées « conversationnels », estime-t-il, afin que les gens soient à l'aise de discuter de ce qu'ils voient avec de purs inconnus présents dans la même salle.

Jeunes, vieux, pauvres, riches, tous doivent se sentir accueillis dans un musée.

— Glenn Lowry, directeur du Museum of Modern Art de New York

Le Museum of Modern Art de New York

Photo: AFP/Chris Hondros

Le Museum of Modern Art de New York

Des « nocturnes » gratuites

Le Louvre offre à ce propos des soirées gratuites chaque vendredi, particulièrement destinées aux jeunes de moins de 26 ans. Pour eux, l'entrée est gratuite. L'établissement parisien propose ainsi des soirées avec musique, chorégraphie ou autres événements artistiques. « L'idée est fondée sur une fidélisation décontractée », explique Catherine Guillou (écouter l'extrait).

Le musée parisien a aussi introduit des oeuvres d'art contemporain au milieu des chefs-d'oeuvre d'autres époques. Une initiative qui en a choqué plusieurs, notamment parmi les membres de la Société des amis du Louvre. Mais Mme Guillou estime que le musée perpétue ainsi « une tradition séculaire » (écouter l'extrait).

Le Louvre lancera bientôt une campagne de civilité dans le musée, avec différents pictogrammes: un cellulaire intégré dans un hiéroglyphe, un flash dans une peinture grecque, etc. Cette signalisation est essentielle, selon Mme Guillou, qui rappelle que la moitié des visiteurs de son établissement viennent au musée pour la première fois.

Leur confrère québécois précise que la possibilité de voir des oeuvres exclusives revêt une importance grandissante. Il rappelle, à ce propos, que la finalité des musées est de constituer des collections permanentes significatives.

Être attentif aux détails

Outre ces éléments, la gestion des foules dans les musées englobe une multitude de points: éclairage adéquat, indications claires, espaces de détente, toilettes, etc. Bref, tout pour éviter les bousculades, un sentiment d'oppression ou tout autre aspect susceptible de miner une visite.

Les oeuvres doivent aussi être soutenues par des légendes claires ou des guides de visite, afin de « comprendre l'idée derrière l'exposition », illustre M. Lowry, du MoMA.

Le musée de Québec a usé d'une autre stratégie pour son exposition « Le Louvre à Québec » en exposant les oeuvres par thématiques. « Ça fait ressortir les particularismes », expose M. Porter (écouter l'extrait).

Préparer sa visite

La préparation d'une visite constitue un autre aspect important. À ce sujet, M. Porter se félicite d'avoir instauré un système de réservations à l'avance pour l'exposition en cours. Son homologue français développe aussi une galerie virtuelle sur Internet, qui permet aux visiteurs d'avoir un avant-goût des oeuvres.

On ne pourra jamais satisfaire tout le monde. Il y aura toujours des gens qui voudraient être seuls dans le musée pour pouvoir contempler une oeuvre.

— John Porter

Reste aussi la question du coût d'entrée sur lesquels les avis divergent. À ce propos, Mme Guillou préconise de moduler les tarifs. « Au Louvre, nous sommes hostiles à la gratuité totale. Ce n'est pas par la gratuité que nous allons régler le problème de la démocratisation culturelle. En revanche, avoir une politique tarifaire très ciblée, accompagnée d'offres ad hoc, a plus de sens et d'efficacité », explique-t-elle.

Tous s'entendent toutefois sur un point: la qualité des oeuvres exposées constitue le meilleur gage de succès d'une exposition.

La deuxième vie de John Porter

John Porter a dirigé le Musée national des Beaux-Arts du Québec pendant 15 ans. On lui doit notamment une exposition de Rodin en 1998 et celle du Louvre cette année. Il a quitté ses fonctions en septembre, mais il reste directeur honoraire et, surtout, président de la fondation du MNBAQ. Car l'homme n'est pas près de s'arrêter: il veut piloter la construction d'un nouveau pavillon du musée, au coût de 90 millions. Ce projet sera l'occasion d'un concours international d'architecture et devra envoyer un « signal identitaire » à Québec. Parmi ses autres projets, M. Porter prévoit écrire trois livres sur l'art. « Écriture, construction, voyages, bonheur », résume-t-il.

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