Pères engagés

Pères tenant leurs bébés à bout de bras

Lorsque les pères s'impliquent dans la vie de l'enfant dès la grossesse, la progéniture se développe mieux. Pour le Conseil de la famille et de l'enfance, cet impératif pourrait entrer en conflit avec celui de la vie professionnelle.

Les pères sont bénéfiques pour le développement de leurs enfants. Et si leur présence s'affirme auprès de leur progéniture, parfois avec l'aide de l'État, un dilemme subsiste: concilier les impératifs de la vie professionnelle avec ceux de la paternité.

Ce sont quelques-unes des observations consignées par le Conseil de la famille et de l'enfance dans son Rapport 2007-2008 dédié à « l'engagement des pères » auprès de leurs enfants.

Dans ce rapport, le Conseil, citant des recherches antérieures, affirme que la présence du père permet d'améliorer les compétences cognitives et sociales des enfants, ainsi que leur estime personnelle et leur santé mentale.

D'autres travaux établissent un lien entre l'absence du père et des symptômes dépressifs chez l'enfant, des troubles du comportement ou une faible estime de soi.

Le Conseil note que, depuis 50 ans, le rôle des pères et leur place dans la famille a considérablement évolué. Aujourd'hui, la notion de « père engagé » recouvre plusieurs dimensions.

Outre le soutien financier et matériel, l'engagement du père implique aussi une relation directe avec sa progéniture, et qui s'inscrit dans la durée. Les pères doivent s'impliquer avant la naissance de l'enfant, participer aux soins du nourrisson, le prendre dans ses bras...« La proximité affective précoce contribue à ce que l'un et l'autre deviennent unis par une relation intense », indique le rapport.

Un modèle, des modèles« Le fait que l'État impose des obligations communes à tous les pères ne signifie pas que l'on doive promouvoir un seul modèle de père et des normes de pratiques paternelles, telles que penser, par exemple, que des pères qui n'accompagnent pas leur enfant à la garderie, à l'école ou chez le médecin ne s'impliquent pas assez ou encore, idéaliser le modèle du père qui prend le congé de paternité et qui est présent auprès des enfants ».
Rapport 2007-2008 du Conseil de la famille et de l'enfance.

Le succès du Régime québécois d'assurance parentale, mis en place par le gouvernement du Québec en janvier 2006, montre que les pouvoirs publics ont, aussi, leur rôle à jouer.

Selon les données du Conseil de gestion de l'assurance parentale, cité dans le rapport, il y a eu, en 2006, 81 950 naissances au Québec. Plus de 66 600 d'entre elles ont donné lieu à des prestations, portant le taux de couverture du Régime à 81,3 %.

Sur ce nombre, indique le Conseil de la famille, 45 906 pères ont obtenu un congé de paternité, soit 69 % des nouveau-nés dont les parents étaient admissibles à une prestation. La durée moyenne du congé a été de 4,8 semaines, soit presque le maximum prévu qui est de 5 semaines.

Par ailleurs, 59 % des congés de paternité ont été utilisés dans le mois suivant la naissance. « Ces résultats démontrent sans ambiguïté une nette propension des pères d'aujourd'hui à s'investir beaucoup plus tôt auprès de leur enfant », souligne l'étude.

Jeune père Un jeune père et ses enfants

Autre tendance de fond, les gardes partagées sont en progression. Elles sont passées de 11 % en 1995 à 29 % en 2003. « Le nombre de pères impliqués dans la garde partagée pourrait être plus élevé si la tendance mentionnée se vérifie dans les cas de ruptures des unions libres », note l'étude.

Reste que la volonté qu'ont les pères de s'investir auprès de leurs enfants risque tôt ou tard de se heurter à un obstacle: le travail. Depuis une dizaine d'années, le temps consacré au travail, incluant le temps des déplacements entre la maison et le bureau, a tendance à augmenter.

Ceci est particulièrement vrai dans les catégories socioprofessionnelles les plus qualifiées, observe l'étude, puisque le temps de travail s'y est accru en moyenne de six heures par semaine pour les pères.

« Chose certaine, plusieurs vont devoir remettre en question leur investissement dans le travail s'ils désirent freiner ou inverser [ces] tendances [...] et disposer de plus de temps familial. Il importe aussi que les institutions publiques, les entreprises, les organisations prennent conscience, pour le bien-être des enfants, des gains occasionnés par la capacité des membres des familles de passer du temps de qualité ensemble », conclut l'étude à ce sujet.

Des statistiques incomplètesLes auteurs de l'étude regrettent que les statistiques mises à leur disposition manquent de précision. « [...] les données et les analyses statistiques sur les pères et sur la paternité sont rares et dispersées », regrettent les auteurs de l'étude. Qui plus est, la collecte et l'analyse des données sur la famille ont tendance à plus s'intéresser aux mères et aux enfants qu'aux pères. Le Conseil souhaite ainsi que le questionnaire de recensement du Canada soit adapté afin que les informations récoltées soient plus précises. Actuellement, « [...] il est impossible de savoir combien d'hommes sont pères au Canada puisqu'un homme ayant une garde partagée ne sera pas noté comme père si ses enfants ne sont pas avec lui au moment de remplir le questionnaire. Aussi, les hommes en union de fait ne sont pas comptabilisés parmi les pères après une séparation même s'il y a une garde partagée », peut-on lire dans le document.

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