« Le bonheur, c'est moi qui l'ai! »
À 102 ans, Alexina Therrien a trouvé le secret du bonheur. C'est en aînée lucide et fière qu'elle se remémore les détails d'une vie comblée, et assurément bien remplie. Née dans Bellechasse, Madame Therrien a grandi à la campagne sur une terre exploitée par ses parents. Et c'est à Saint-Vallier, sur la plaine longeant le Saint-Laurent, qu'elle a épousé, à 21 ans, Joseph-Louis Lamontagne, veuf et père de 8 enfants. Elle a aussi donné naissance à 14 enfants. « On était 22 à table », évoque-t-elle avec plaisir.
Alexina Therrien
De cette époque vécue dans la pauvreté, mais emplie de grandes richesses, Mme Therrien garde le souvenir d'une vie entourée, meublée par le travail constant, et un savoir-faire formidable et sans limites. Car sur la terre de Saint-Michel-de-Bellechasse où elle a élevé les siens, Mme Therrien a touché à tous les métiers destinés à satisfaire les besoins d'une famille nombreuse: de cultivatrice à charcutière, de fileuse à couturière, de cordonnière à chapelière. « On n'avait pas de télévision, on n'avait pas le téléphone dans ce temps là, alors on s'assoyait et on travaillait », se rappelle-t-elle.
C'est aussi sur cette terre qu'Alexina Therrien a été témoin des grands événements marquants de l'histoire, les deux grandes guerres, le passage du R-100, la construction (et l'effondrement) du pont de Québec, l'épidémie de grippe espagnole.
Adaptée aux changements technologiques, Mme Therrien dit ne pas avoir de regrets face au délaissement de certains métiers passés sous l'ère de l'industrialisation. C'est toutefois avec une certaine déception qu'elle constate l'abandon d'une vie plus simple au profit d'une vie motivée par l'argent. Elle évoque au passage les gens pressés par le temps et le sort de nombreuses personnes âgées que ce même temps confine dans la solitude.
Cette dame, qui a conservé une mémoire étonnante et une santé appréciable malgré son âge, demeure une personne rayonnante, dont le secret a certainement été de prendre la vie du bon côté.