Chez les ados aussi

  |  Richard Raymond  |  Radio-Canada
Bruno Sioui, Jeux interdits   © Annie Boudreau

« Je suis le premier au monde à faire ça. »

Bruno Sioui fait le point sur les adolescents accusés d'agression sexuelle dans son livre Jeux interdits. Entrevue avec l'auteur.

Celui qui parle vient de publier Jeux interdits, un ouvrage sur les adolescents accusés d'agression sexuelle.

En entrevue avec Radio-Canada.ca, Bruno Sioui ne cherche pas à bluffer ni à provoquer.

Simplement, ce natif de Wendake a pu les approcher, ces adolescents, leur parler.

Il existait des recherches quantitatives sur l'agression sexuelle commise par des adolescents. Mais personne n'avait réussi à obtenir un consentement pour une entrevue, affirme M. Sioui.

« Ce que j'ai fait, c'est une recherche qualitative, des entrevues en profondeur avec ces jeunes-là. » — Bruno Sioui, auteur de Jeux interdits

Après avoir interviewé quinze jeunes agresseurs sexuels pour rédiger une thèse de doctorat, il en a tiré ce livre.

Traits communs

L'auteur-chercheur a voulu savoir qui sont ces jeunes garçons qu'il côtoyait dans un centre jeunesse où il était éducateur. Il les a écoutés lui raconter leur vie.

C'est ainsi qu'il a mis le doigt sur plusieurs caractéristiques communes à ces ados accusés d'agression sexuelle. D'abord, il s'est aperçu « qu'ils proviennent tous de familles fracturées, de familles dysfonctionnelles ». Il a aussi découvert que 11 des 15 adolescents qui se sont confiés à lui avaient des problèmes psychoneurologiques: trouble du déficit de l'attention avec de l'hyperactivité ou syndrome de Gilles de la Tourette, par exemple. Ensuite, « la très vaste majorité sont mal socialisés. Ils sont seuls parce qu'ils sont mal intégrés à l'école en raison de leurs problèmes psychoneurologiques. Un jeune hyperactif est rejeté autant par les autres élèves, par les professeurs que par la direction ».

S'ils se ressemblent par certains traits de caractère, ces jeunes n'agissent pas tous pour les mêmes mobiles.

« J'ai identifié quatre grands groupes de mobiles. » — Bruno Sioui

Différents mobiles pour un même acte

Ceux qui appartiennent au premier groupe se tournent vers les plus jeunes pour compenser le manque d'amis. Un deuxième groupe va chercher « à poser un coup d'éclat, en commettant une agression sexuelle parce que, soudainement, les gens autour d'eux vont commencer à s'intéresser à eux ».

Dans le troisième groupe, les garçons cherchent un plaisir compensateur dans la sexualité. « Le quatrième groupe va, plutôt, décider de se venger en ciblant des jeunes qui leur ressemblent ou en ciblant des jeunes qui, de leur point de vue, n'ont pas le droit d'être heureux », dit Bruno Sioui.

Outre ces mobiles qui les poussent à agir, certains adolescents ressentent dans l'agression un sentiment de puissance, la jouissance d'exercer un pouvoir.

« Des adolescents m'ont dit textuellement: "Lorsque je faisais mes abus, j'avais l'impression d'être quelqu'un d'autre. Je n'étais plus le gars nul, le gars insignifiant que j'ai l'habitude d'être. Enfin, j'étais quelqu'un. Je me sentais beaucoup plus fort." » — Bruno Sioui

Jeunes victimes

L'agresseur adolescent se tourne souvent vers quelqu'un de plus jeune que lui parce que le rejet social lui interdit les contacts sexuels avec des jeunes de son âge. « Chez les jeunes que j'ai interrogés, il y en a qui ont abusé d'enfant de trois, quatre ou cinq ans. Il y avait parfois une différence d'âge de huit ans », soutient l'auteur.

L'agression sexuelle, contrairement à l'agression physique, permet à l'agresseur de masquer ses intentions, de progresser en douceur, affirme Bruno Sioui. L'agresseur peut commencer très lentement par des attouchements, des petits baisers, voiler son mobile, dit-il.

Certains garçons de son échantillon lui ont avoué que leur victime n'avait pas vraiment conscience d'avoir été abusée sexuellement. Selon eux, leur victime croyait que les contacts qu'elle avait eus avec leur agresseur étaient bénins. C'est l'entourage des victimes, selon l'auteur, qui les a convaincues que des actes graves avaient été commis.

Certaines victimes cherchaient même encore, au moment des entrevues, à rétablir le contact avec leur agresseur. Elles ne comprenaient pas pourquoi le contact avec ce dernier avait été coupé.

Bruno Sioui
Jeux interdits - Ces adolescents accusés d'agression sexuelle
VLB éditeur