Victor-Lévy Beaulieu
Le texte de Victor-Lévy Beaulieu intitulé La Reine Nègre continue de soulever la polémique.
L'écrivain Victor-Lévy Beaulieu publie un communiqué pour préciser les propos qu'il a tenus sur le rôle politique adopté par Michaëlle Jean, depuis qu'elle est gouverneure générale du Canada.
VLB, dans un communiqué, persiste et signe. La dérive, écrit-il, qu'on a faite de ses propos dans L'aut'journal, l'ont incité à y apporter des précisions.
Réfutations multiples
D'abord, il rejette l'accusation d'attaque vicieuse contre la personne de Michaëlle Jean. À titre d'ancien critique de télévision, il se reconnaît le droit de juger le travail professionnel qu'elle faisait à Radio-Canada.
L'écrivain ne voit pas de faute ni d'insulte à évoquer des documents qui prouvent que, pour devenir gouverneure générale, Mme Jean a mis de côté ses convictions profondes, « comme par exemple d'avoir renoncé à sa citoyenneté française à laquelle elle a souvent prétendu tenir beaucoup ».
VLB admet qu'il a été fâché de voir Michaëlle Jean accepter le poste de gouverneure générale. Selon lui, elle était « bien naïve et peu conséquente d'accepter un poste qui est le symbole même du colonialisme britannique qui a toujours mal servi la cause québécoise ».
Puis il passe au texte de Dany Laferrière, publié dans La Presse quand la nomination de Michaëlle Jean n'était pas encore officielle. « Pourquoi donc, demande VLB au sujet de l'écrivain d'origine haïtienne, cet appel à la violence n'a-t-il suscité aucun commentaire, même pas sous forme d'un petit éditorial? C'est qu'on sait bien que la communauté noire aurait fait front commun derrière Laferrière, la communauté noire étant québécoise quand elle n'est pas critiquée, mais se transforme aussitôt en une ethnie tricotée serré dès que l'un des leurs se retrouve sur la sellette, peu importe la raison ». VLB voit là un « problème d'immaturité politique flagrant ».
Le racisme
L'auteur réfute aussi l'accusation de racisme, pour avoir dit que Michaëlle Jean se comporte en reine-nègre. Il rappelle que les puissances colonisatrices en Afrique portaient au pouvoir des chefs locaux pour calmer les populations.
Sauvé, Clarkson et Jean
Victor-Lévy Beaulieu trace une démarcation entre Jeanne Sauvé, Adrienne Clarkson et Mme Jean. Les deux premières aussi ont été gouverneures générales, mais elles ne sortaient guère de leur fonction apolitique, écrit l'auteur.
Michaëlle Jean contre les Québécois
La gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean
Aussitôt nommée, poursuit VLB, Michaëlle Jean a oublié qu'elle devait représenter tous les Canadiens de façon apolitique.
Par ses prises de position, lui reproche-t-il, elle a voulu réduire les Québécois francophones à une communauté mineure dans le grand ensemble canadian. « Comme indépendantiste qui croit que le Québec est un pays, demande VLB, ai-je le choix de ne pas voir en elle une ennemie et n'ai-je pas le droit de dire qu'elle est une Reine-Nègre au service d'un pouvoir qui rêve au jour où il aura réussi à nous neutraliser totalement? »
L'auteur continue sa défense contre l'accusation de racisme en rappelant qu'il a écrit plusieurs ouvrages pour saluer « les mouvements de libération des Noirs, ceux des mulâtres de l'Amérique du Sud, ceux des Métis de l'ouest canadien, ceux des Indiens de l'Amérique du Nord ».
Pour se défendre encore de cette accusation, VLB souligne qu'il a accepté l'invitation de Dany Laferrière de passer quelque temps en Haïti avec lui parce qu'il admire la résistance difficile et courageuse de son peuple.
VLB conclut: « Nous vaincrons. Nous finirons bien par vaincre en dépit de la Reine-Nègre, du maréchal Pétain et des racistes canadian ».
Mise au point de l'éditeur de L'aut'journal
Deux jours après avoir publié La Reine Nègre, l'éditeur de L'aut'journal, Pierre Dubuc, a tenu, lui aussi, à faire une mise au point. Il rappelle les principaux arguments employés par VLB avant de dire pourquoi il a publié son texte.
L'intention du journal n'était pas d'insulter la communauté noire, précise l'éditeur. Après avoir rappelé les multiples interventions politiques de Michaëlle Jean, Pierre Dubuc souligne qu'à sa connaissance, « personne de la communauté noire de Montréal n'a critiqué ces activités de la gouverneure générale ».
Pierre Dubuc soutient que L'aut'journal a toujours combattu la discrimination et a toujours soutenu la communauté haïtienne. Il rappelle la publication, par L'Apostrophe, la revue de L'aut'journal, du dossier sur le coup d'État qui a délogé le président Aristide, dossier qui met en lumière le rôle du Canada dans cette histoire.
M. Dubuc termine sa mise au point en écrivant « qu'il nous apparaît important qu'il n'y ait entre nous et la communauté noire aucun malentendu ».