Imprimer cette page

Mardi 14 février 2012 0:19 HNE

Société

Mise à jour le mardi 22 avril 2008 à 20 h 55
Envoyer à un ami

Vandalisme

Une victoire ternie

Des émeutiers frappent du pied une voiture de police.

Les Montréalais ont été atterrés ce matin d'apprendre ce qui s'était passé au centre-ville après la victoire du Canadien sur les Bruins de Boston en huitième de finale de la coupe Stanley: saccage et vandalisme, affrontement avec les policiers.

La réaction d'une frange de la population, des jeunes pour la plupart selon les images tournées par les différents réseaux de télévision, soulève de nombreuses questions.

Dont la première reste: pourquoi?

Dissocier victoire sportive et vandalisme

Le psychologue Pierre Faubert

Invité à RDI en direct, le psychologue Pierre Faubert a tenté d'expliquer le comportement des vandales.

D'entrée de jeu, le psychologue a dissocié les actes de vandalisme de la victoire du Canadien.

Dans la foule qui a envahi le centre-ville hier soir, il reconnaît qu'il y avait toutes sortes de gens. Des gens, dit-il, sortaient du Centre Bell, d'autres avaient participé à d'autres activités. Ces personnes avaient peut-être bu ou pris autre chose, ajoute le psychologue.

Il y a une forme de liesse qui fait que les gens se retrouvent dans un groupe, dans une foule. — Pierre Faubert

Défier l'autorité

Et dans cette foule interviennent des éléments perturbateurs. « Il y a des personnes qui ont besoin de s'attaquer à toute forme d'autorité. Les voitures de police sont pour eux un symbole d'autorité », soutient Pierre Faubert.

Les psychologues sportifs anglais connaissent bien le phénomène du vandalisme lié à un événement sportif, baptisé hooliganisme. Ils l'étudient depuis les années 50.

Dans presque toute l'Europe, les stades servent de défouloir aux esprits les plus étroits. Sous prétexte de rivalité sportive, on y tolère des attitudes qui n'ont pas droit de cité ailleurs. — Site Internet de l'UNESCO

Pierre Faubert rappelle que les hooligans vivent en marge de la société et qu'ils rejettent l'autorité sous toutes ses formes, que ce soit un hymne national ou la police. « Ce sont des personnes qui en ont contre l'autorité. Il faudrait voir ce qui s'est passé dans leur vie », dit-il.

Hooligan: voyou qui se livre au vandalisme et use de violence, définition de MédiaDico

L'occasion fait le larron

Pour eux, la victoire du Canadien, c'est un prétexte. Selon Pierre Faubert, ces gens-là cèdent à une impulsion et mettent de côté tout jugement.

Il y a une impulsivité qui est là et qui n'est pas contenue. Autrement dit, ces gens-là, dans la plupart des cas, n'ont rien à perdre. Ils ont tout à gagner. — Pierre Faubert

Mais on peut se demander ce qu'ils ont à gagner. La notoriété, l'attention, répond le psychologue. « Finalement, il y a quelqu'un qui s'occupe d'eux. »

Et le Club Canadien dans tout ça?

À la question de savoir si on peut contenir la violence, Pierre Faubert suggère à la direction du Canadien de convoquer un point de presse et de se dissocier totalement et absolument des actes de vandalisme.

« On a trop tendance, dit-il, à faire une association entre ces événements et la victoire du Canadien. Ça n'a rien à voir. »

Car, ajoute Pierre Faubert, on ne pourra jamais se débarrasser complètement du vandalisme.

Il y aura toujours des hooligans qui interviendront lors des victoires sportives. « Je pense qu'il faudrait assurer une force policière un peu plus visible », poursuit-il.

Intervenir ou pas?

Le psychologue ne recommande à personne de s'opposer aux vandales parce que, dit-il, ils ne raisonnent pas. « Ce sont des gens qui agissent purement et simplement sous le coup d'une impulsion. Il n'y a aucune rationalité là-dedans. » Il précise que les hooligans n'ont pas d'identité. Tout ce qu'ils font, c'est s'identifier à une équipe gagnante.

À ce moment-là, ça leur donne un prétexte et une raison pour faire ce qu'ils croient pouvoir faire sans aucune conséquence. — Pierre Faubert
Le hooliganisme

Le hooliganisme a fait de nombreuses victimes en Europe et ailleurs dans les stades. L'une des pires tragédies est survenue le 29 mai 1985, dans le stade Heysel, à Bruxelles en Belgique. Le Liverpool Football Club et la Juventus Football Club de Turin étaient sur le point de s'affronter en finale de la Coupe d'Europe. Une heure avant le début du match, les partisans de Liverpool ont chargé ceux de la Juventus. Dans la mêlée, un muret s'est effondré sous la pression et le poids de partisans, faisant 39 morts et plus de 600 blessés.

Selon l'Encyclopédie Britannica, le hooliganisme a fait de très nombreuses victimes en Argentine. On estime à 148 le nombre de morts imputables à des incidents violents survenus entre 1939 et 2003, et qui impliquaient souvent des forces de l'ordre.

Moi, Fred, hooligan du PSG

Article de l'hebdomadaire français L'Express qui explique comment un adolescent est devenu hooligan.

* Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes