L'émission Enquête a présenté jeudi soir un reportage consacré à l'industrie de l'avortement en Europe. Ce reportage lève aussi le voile sur certaines pratiques au Canada.
Des avortements tardifs sont pratiqués jusqu'à la 23e semaine de grossesse. Au-delà de cette période, les patientes sont envoyées aux États-Unis pour y subir une intervention.
On y apprend que des avortements tardifs sont pratiqués jusqu'à la 23e semaine de grossesse. Au-delà de cette période, les femmes sont envoyées aux États-Unis pour y subir une intervention.
C'est que depuis la décision de la Cour suprême de légaliser l'avortement, en 1988, aucune loi n'a été adoptée pour encadrer cette pratique. Aucune limite de semaines de grossesse n'a été fixée pour pratiquer l'invention.
« Techniquement, on peut se rendre jusqu'à 36 semaines, jusqu'à l'accouchement », dit le docteur Louis Letellier de l'Hôpital Sainte-Justine.
Cependant, il y a une entente tacite établie par l'Association canadienne des obstétriciens, qui stipule qu'on ne fait plus d'avortements au pays lorsque le foetus est viable. Le docteur Jean Guimond, qui dirige la seule clinique à Montréal où sont pratiqués des avortements tardifs, confirme cette situation.
« Lorsqu'un avortement a dépassé 24 semaines, on envoie les patientes aux États-Unis pour leur avortement », affirme-t-il.
Des avortements aux États-Unis
Les patientes sont alors dirigées vers des cliniques spécialisées à New York, au Kansas et au Colorado pour se faire opérer. Le coût de l'opération, qui est de 20 000 $, est assumé par Québec.
Chantel Daigle est le plus célèbre cas d'avortement tardif au pays.
Le docteur Claude Paquin, qui a longtemps pratiqué des avortements tardifs, précise que si on ne fait pas d'avortements au-delà de 24 semaines au Canada, c'est par manque d'expertise et aussi parce que le volume ne le justifie pas.
Selon les données du ministère de la Santé, il n'y aurait que 35 femmes par année au Québec qui se rendent aux États-Unis pour se faire avorter.
D'après le Dr Paquin, il s'agit de la bonne décision, même si on peut se poser la question de savoir pourquoi des femmes attendent si longtemps avant de décider de se faire avorter.
Les médecins avancent plusieurs raisons qui, disent-ils, sont toutes valables. Par exemple, ils mentionnent la violence conjugale, des agressions, des problèmes de santé mentale ou des problèmes physiques de la patiente.
« J'ai déjà envoyé une avocate de 31 ans aux États-Unis, qui menaçait de se suicider », souligne le Dr Paquin.
Après 20 ans d'efforts infructueux pour encadrer la pratique de l'avortement, le statu quo, bien qu'imparfait, semble donc faire consensus.
Pendant ce temps, la question du droit du foetus refait surface. Un projet de loi, qui vise à considérer un foetus comme une victime distincte lorsque sa mère est assassinée, a passé le cap de la deuxième lecture à la Chambre des communes.
Le reportage de l'émission Enquête sera présenté jeudi soir à 21 h, à la télévision de Radio-Canada.