Reportages

De la petite annonce du journal à la famille

Chaque mois, des annonces intitulées « Un toit pour moi » du Centre jeunesse de Montréal racontent l'histoire d'un enfant en attente d'une famille d'accueil. Des textes touchants et pleins de pudeur, où l'on devine la détresse, la négligence, la souffrance, mais aussi beaucoup d'espoir. Qui sont ces enfants? Comment devient-on famille d'accueil?

« L'enfant que vous allez recevoir, ce n'est pas un cadeau avec une boucle rose sur la tête. » — Louise Landry, chargée du recrutement pour les Centres jeunesse de Montréal

Être famille d'accueil, toute une vocation

Certains enfants ont peur, se cachent, détruisent les jouets, refusent l'affection ou au contraire en demandent trop, se tapent la tête contre les murs, salissent volontairement leur lit avec des excréments. Les défis sont imprévisibles pour les familles d'accueil, qui doivent faire preuve de patience et d'écoute. Comme l'indemnité du centre jeunesse ne couvre que les besoins de base de l'enfant, les petits progrès que font, au compte-goutte, ces enfants meurtris constituent la véritable récompense.

L'enfant, assis entre deux chaises

L'enfant vit dans sa famille d'accueil, mais voit ses parents de temps en temps, une fois par mois, une fois tous les trois mois. Qui va-t-il appeler maman? Quoiqu'il en soit, il a besoin de se sentir à l'aise dans les deux relations. Sinon, il risque de vivre un conflit de loyauté, un déchirement entre ses deux toits, comme dans le cas d'une garde partagée. Les deux côtés ont un rôle à jouer pour que l'enfant le vive le mieux possible.

« Moi, ça me ferait de la peine que tu l'appelles maman. J'aurais l'impression de te perdre. » — Jocelyne, à sa fille placée en famille d'accueil

Quel sera mon prochain toit? Vivre avec l'incertitude

La durée d'un placement en famille d'accueil peut-être d'un mois, puis d'un an. L'objectif du Centre jeunesse est de retourner l'enfant dans sa famille d'origine, mais les familles comme les enfants ne savent pas toujours à quoi s'attendre. Tout dépend de l'éventuelle reprise en mains des parents et de la décision du tribunal. Parfois, le parent reprend l'enfant, puis rechute, ce qui donne lieu à un nouveau placement. Or, les enfants déracinés trop souvent finissent par ne plus pouvoir s'attacher jusqu'à devenir de petits monstres. Pour les familles d'accueil aussi, l'incertitude est difficile à vivre, et la séparation d'un enfant avec qui elles ont tissé des liens peut ressembler à un deuil. Une nouvelle loi a été adoptée en juillet 2007 pour donner le plus vite possible un projet de vie à l'enfant, mais il est encore trop tôt pour en voir les effets.

« Je vais leur donner tous les moyens possibles pour qu'ils aillent à l'école et qu'ils soient capables de bien se débrouiller. Ils ne seront pas dans la rue. » — Mme Latendresse, mère d'accueil
Certains noms de lieux et de personnes ont été changés afin de protéger l'anonymat des enfants.

Pour joindre Myriam Fimbry