La décision de Santé Canada d'interdire aux gais de faire des dons d'organes a provoqué diverses réactions. Certains groupes la dénoncent, d'autres l'appuient.
Plusieurs groupes applaudissent ou dénoncent la nouvelle mesure de Santé Canada qui interdit aux homosexuels de faire un don d'organe.
L'agence fédérale a changé récemment sa politique sur les dons d'organes. Désormais, sont exclus les hommes qui ont eu une relation homosexuelle au cours des cinq années précédant un éventuel don.
Laurent McCutcheon, de l'organisme Gai-Écoute
En entrevue avec Radio-Canada.ca, le président de Gai-Écoute, Laurent McCutcheon, s'insurge contre la décision.
Il souligne que la dynamique de cette décision est la même que celle qui préside au don de sang. « Ce qui est nouveau, c'est la période de cinq ans », dit-il.
Ce qui dérange M. McCutcheon, c'est que Santé Canada a pris une mesure discriminatoire à l'encontre d'une communauté, et non d'un comportement sexuel. De plus, l'agence fédérale n'a ni expliqué ni motivé sa décision.
Il ajoute qu'on doit mesurer le niveau de risque qu'un don fait par un homosexuel fait courir à une personne en attente d'un organe. « Des gens meurent, et il y a une possibilité de don », dit-il, « On ne peut pas refuser un don d'organe ».
Problème complexe et évaluation de risque
Le directeur médical adjoint de Québec Transplant, le Dr Stéphane Langevin, insiste en entrevue pour dire que le problème est très complexe. D'une part, il défend la politique de Santé Canada. Toutes les normes édictées par l'agence fédérale, selon lui, ne visent qu'à protéger le public. Elles sont largement inspirées par la crise du sang contaminé qui a ébranlé le pays dans les années 80. Il ajoute qu'au cours de cette crise, les homosexuels ont été identifiés comme un groupe à risque.
D'autre part, il répète que les homosexuels ne sont pas automatiquement écartés du don d'organe. En effet, il est possible d'obtenir une dérogation à la directive de Santé Canada.
Selon le Dr Langevin, on prend les mêmes précautions pour tous les donneurs potentiels. Quelle que soit la personne en état de mort cérébrale, on évalue le risque potentiel de transmission d'une maladie, dit-il. Il conclut que quantifier ce risque n'est pas facile.
Certains médecins estiment que la nouvelle directive de Santé Canada pourrait réduire le bassin de donneurs. Or, ce bassin est déjà restreint, comme le montre une enquête effectuée par la maison de sondage Léger Marketing, en mars 2004. Selon l'enquête, 73 % des Canadiens acceptaient de faire un don d'organe. Le problème: seulement 39 % avaient pris des dispositions pour faire connaître leur intention.
D'ailleurs, sur le site de Québec Transplant, on peut lire que le nombre de personnes en attente d'une transplantation est passé de 815 en 2000 à 1040 l'an dernier. C'est une hausse de 27,6 %.
Au cours de la même période, le nombre de donneurs effectifs est resté stable, de 135 à 139.
Pendant ce temps, le nombre de patients transplantés baissait de 423 à 399, ou de 5,7 %.
Toutefois, pour le Dr Langevin, le manque de donneurs effectifs s'explique par la baisse de décès cérébraux.
Cette baisse est attribuable à différents facteurs comme la qualité des soins et la baisse du nombre d'accidents.
Explications de Santé Canada
À Santé Canada, on fait valoir que le règlement est élaboré en fonction du risque et non en fonction du style de vie. Pour l'agence, un homme qui a eu une relation sexuelle avec un autre homme dans les cinq dernières années a une haute probabilité de transmettre une maladie infectieuse.
Le règlement vise d'autres groupes. Sont aussi exclus du don d'organe: