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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Société

Mise à jour le lundi 5 novembre 2007 à 20 h 27
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Santé

Opérations à huis clos

Soins de santé privés au Québec

Deux rencontres sur l'avenir du système de santé se déroulent lundi à quelque 30 minutes de route l'une de l'autre. Elles posent toutes deux la même question: comment améliorer l'organisation et le financement des soins, sans exclure le rôle possible du secteur privé.

À Montréal, une centaine de représentants de diverses organisations participeront au Sommet de la santé organisé par le Collège des médecins. Les ordres et associations professionnelles, les membres d'organismes de protection des patients, les administrateurs d'hôpitaux et les syndicats comme la Centrale des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) ont notamment répondu à l'appel.

« Nous voulions avoir des gens vraiment impliqués dans le système de santé, affirme le PDG du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne. Le système est un peu à bout de souffle. On a des pénuries en médecine, en soins infirmiers, en physiothérapie, ce que vous voulez. » Le Dr Lamontagne explique qu'il cherche des solutions pratiques et concrètes aux problèmes du système public qui sortent des paramètres actuels. Surtout, il souhaite trouver des solutions réalisables à court terme.

Trois grands thèmes seront abordés:

  • L'organisation des soins et des services, lundi;
  • l'administration du réseau de la santé, mardi;
  • le financement des soins de santé, mercredi.

Le Dr Yves Lamontagne, PDG du Collège des médecins

Dr Yves Lamontagne

En conférence de presse, en milieu de journée lundi, le Dr Lamontagne a parlé de débats vifs, qui s'éloignaient parfois des enjeux concrets. Des sujets comme la concentration des services, la possibilité de partager des activités entre professionnels, l'informatisation des dossiers médicaux, la concentration des ressources pour prioriser les services, l'accès aux services de première ligne et l'organisation du travail ont été abordés.

Sur ce dernier point, certains participants ont suggéré que l'on permette les semi-retraites pour éviter une pénurie de personnel. Un autre participant a présenté l'exemple de l'hôpital de Plattsburgh, un établissement à but non lucratif où cohabitent les financements privé et public.

Des personnalités comme l'ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, le fondateur des petits frères des Pauvres, Hubert de Ravinel, et le démographe Jacques Henripin ont aussi été invitées. Aucun politicien ne participe cependant aux débats.

La population est invitée à donner son opinion sur les sujets choisis par les organisateurs, par l'intermédiaire du site Internet sommetdelasante@cmq.org. Les conclusions de cette réflexion seront rendues publiques vers la fin du mois.

Politiciens et leaders à Saint-Sauveur

À Saint-Sauveur, dans les Laurentides, une conférence à huis clos du World Health Executive Forum réunit les leaders d'une quinzaine de pays avancés en matière de santé. Les participants, qui ont chacun déboursé plus de 4000 $, doivent discuter de la participation du secteur privé dans le système de santé.

Le World Health Executive Forum

Surnommé le « Davos de la santé », le World Health Executive Forum est comparé par ses organisateurs au World Economic Forum tenu dans la ville suisse.

Selon le document d'invitation obtenu en août dernier par le quotidien La Presse, des représentants de sociétés comme la firme KPMG, l'Amerigroup Corporation, le Cirque du Soleil et Alcan ont participé à la rencontre de l'an dernier.

La phrase « Les meilleurs rencontrent les meilleurs » orne le bas de chaque page. D'après les informations contenues dans le document, l'esprit général de la rencontre est très favorable à une participation du secteur privé dans le système de santé.

Des inquiétudes

Ces discussions, tout comme les travaux de la commission dirigée par l'ex-ministre Claude Castonguay sur le financement du système de santé, inquiètent les syndicats et les porte-parole de la formation de gauche Québec solidaire. Plusieurs centaines de personnes manifestent d'ailleurs à Saint-Sauveur pour dénoncer le caractère secret de ces rencontres.

Claudette Carbonneau, présidente de la CSN

Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, participe à la manifestation de Saint-Sauveur.

Françoise David, porte-parole principale de Québec solidaire, demande que les débats sur l'avenir du système québécois se fassent au grand jour et que les partis politiques ouvrent leur jeu.

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, fait écho à ce message. « C'est assez odieux de faire une telle activité alors que, ma foi, au coeur des enjeux qui concernent l'ensemble de la population, il y a l'avenir de notre système de santé. Faire ça à huis clos, loin des débats publics, loin des journalistes, ça démontre que ces gens-là ont quelque chose à cacher », dit-elle.

À la FTQ, le président du syndicat des Métallos, Michel Arsenault, dit qu'il y a lieu de s'inquiéter d'un vent de privatisation à l'américaine. « Les travailleurs du secteur privé de la FTQ voient leurs collègues américains qui sont obligés de se battre pour négocier leur couverture de santé dans leur contrat de travail. Si on privatise, ce sera la même chose ici », affirme M. Arsenault.

Pour le président de la FTQ, Henri Massé, il faudrait viser la décentralisation, plutôt que la privatisation. Selon lui, il faudrait donner plus de pouvoirs aux directions d'hôpitaux, plutôt que les obliger à suivre les directives du ministère de la Santé à la lettre. « Si on laisse ce monde-là opérer, si on laisse les directions d'hôpitaux avec beaucoup plus de pouvoirs pour faire marcher les hôpitaux, on pourrait être surpris de ce qu'on pourrait voir », dit-il.