Des pistes de solutions

Jean Charest Jean-Charest

Depuis le début des audiences de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, deux consensus émanent parmi la population québécoise: la religion n'a pas sa place dans l'espace public et la liberté religieuse ne doit pas compromettre l'égalité entre les hommes et les femmes.

Québec veut amender la Charte des droits pour que la liberté religieuse ne remette pas en cause l'égalité entre les hommes et les femmes. De son côté, la CSN propose d'élaborer une Charte de la laïcité.

Devant ces constats quasi unanimes, le gouvernement et les syndicats commencent donc à poser des gestes pour refléter cette tendance.

Mardi, le premier ministre Jean Charest a indiqué qu'il amendera la Charte québécoise des droits de la personne pour que la liberté religieuse soit soumise à l'égalité entre les hommes et les femmes.

M. Charest dit vouloir agir le plus rapidement possible, avant même le dépôt du rapport des coprésidents de la commission sur les accommodements raisonnables. Il devrait s'agir d'une des priorités du gouvernement en vue de la prochaine session, qui s'ouvre le 16 octobre.

Selon le premier ministre libéral, l'égalité entre les hommes et les femmes est un principe « tellement important dans notre société », aucune ambiguïté sur la question ne doit donc survenir.

En procédant de la sorte, le gouvernement appuie l'avis émis récemment sur le sujet par le Conseil du statut de la femme, selon lequel l'égalité entre les hommes et les femmes ne doit souffrir d'aucun accommodement.

Par exemple, le Conseil soutient que la Société d'assurance automobile du Québec aurait le droit de dire non à un juif hassidique qui demanderait qu'un homme plutôt qu'une femme soit l'évaluateur pour un examen de conduite.

L'avis demande aussi d'éliminer tout signe religieux des espaces publics et parapublics, une mesure qui pourrait notamment toucher les infirmières et les enseignants.

La CSN veut proposer une charte de la laïcité

De son côté, la centrale syndicale CSN compte présenter le mois prochain, un mémoire à la commission Bouchard-Taylor suggérant la rédaction d'une charte québécoise de la laïcité.

La CSN estime que la province est mûre, 30 ans après s'être dotée avec succès d'une Charte de la langue française, pour proclamer son caractère laïque.

Un tel document permettrait de redonner au pouvoir politique le contrôle sur la question des accommodements raisonnables, et ce, comme le souligne la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, sans jamais « remettre en cause la liberté d'opinion, d'expression et de conscience dont la liberté de religion fait partie ».

La charte permettrait essentiellement aux gestionnaires des services publics québécois de s'en servir et de s'y référer pour rejeter toute requête abusive qui menace le caractère laïque de la société québécoise. Par exemple, un CLSC ne pourrait plus interdire aux hommes l'accès à des cours prénataux pour accommoder des musulmans.

Les Québécois pas si accommodants...

Un juif hassidique

Les proposition du gouvernement et de la centrale syndicale surviennent alors qu'un sondage SOM publié lundi par les quotidiens La Presse et Le Soleil révèle que les Québécois sont très loin d'adhérer aux politiques d'accommodement qu'ont imposées ces dernières années les tribunaux aux services publics.

Ainsi, 92 % des répondants s'opposent à ce qu'une femme puisse voter à visage couvert pour des raisons religieuses; 91 % rejettent le port de couteaux religieux par des écoliers sikhs; la même proportion de Québécois estime inacceptable qu'un juif hassidique puisse refuser d'être évalué par une femme lorsqu'il passe un examen de conduite.

Les Québécois rejettent aussi la séparation forcée des garçons et des filles à la piscine et le droit pour un policier sikh d'altérer l'uniforme officiel de la GRC en portant un turban plutôt qu'un chapeau.

Le sondage révèle aussi que le rejet des accommodements religieux n'est pas que l'apanage des habitants des régions. En fait, le sondage SOM montre que les Montréalais rejettent tout aussi catégoriquement la majorité des pratiques d'accommodement.

Le sondage SOM a été réalisé entre le 26 septembre et le 3 octobre auprès de 1034 Québécois. Sa marge d'erreur est de 4,2 %, 19 fois sur 20.