Dans les plans d'eau utilisés à des fins récréatives, les fleurs d'eau produisent généralement des odeurs désagréables et donnent un aspect repoussant aux rivages où elles s'accumulent et se désintègrent.
Des vacances teintées de déplaisir
Dans les zones où les fleurs d'eau sont abondantes, on devrait éviter la baignade, la navigation de plaisance, la planche à voile et la pêche
Il est recommandé de ne pas s'approcher d'un plan d'eau qui contient des cyanobactéries jusqu'à ce qu'il ait fait l'objet d'essais et qu'il soit déclaré sûr. Même après la disparition des fleurs d'eau, il vaut mieux attendre que l'eau soit déclarée sûre avant de la boire ou d'y nager. Les résultats d'une étude sur une prolifération traitée avec un algicide indiquent qu'il a fallu attendre plus de trois semaines pour que les toxines libérées par les cellules mortes disparaissent.
Les toxines cyanobactériennes peuvent s'accumuler dans les tissus des poissons, en particulier dans les viscères (le foie, les reins, etc.); et dans les mollusques et crustacés. Par conséquent, il faut éviter de consommer les viscères des poissons.
Il existe deux types de compléments alimentaires à base d'algue bleue sur le marché canadien: l'algue bleue Spirulina et les autres algues bleues. Santé Canada a procédé à des analyses de l'algue bleue Spirulina et n'y a pas trouvé de présence de toxines.
Par contre, les analyses des produits renfermant des algues bleues autres que Spirulina ont révélé la présence de toxines. Santé Canada recommande aux consommateurs de faire preuve de prudence lorsqu'ils consomment ces derniers produits.
La situation au Québec
En cet été 2007, le site Internet du ministère de la Santé dénombre déjà 107 plans ou cours d'eau contaminés aux algues bleues dans les 18 régions administratives du Québec. Dans 94, on note la présence localisée de cyanobactéries tandis que leur présence est généralisée dans 13 lacs.
L'an dernier, les cyanobactéries ont contaminé 107 plans ou cours d'eau québécois, selon les données du ministère de la Santé. C'est une hausse de 118 % par rapport à 2005.
Jusqu'alors, le problème était associé aux lacs de l'Estrie: les lacs Massawipi, Memphrémagog et Magog.
Mais selon les tableaux du ministère de l'Environnement, de très nombreux lacs et rivières de toutes les régions du Québec ont aussi connu des épisodes de floraison d'algues bleues en 2006.
Si les cyanobactéries polluent les eaux potables et baignables, elles constituent aussi un agent potentiel de l'effondrement des économies locales.
Deux industries menacées
Dans une entrevue accordée au quotidien Le Devoir, le 4 juillet 2007, le directeur des politiques des eaux du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Luc Proulx, craignait « d'importantes pertes financières si la valeur des chalets et résidences riveraines en vient à chuter sensiblement à cause des explosions d'algues de toutes sortes ».
Les autorités municipales sont aussi alertées. Prenons à témoin la municipalité de Lanthier, dans les Laurentides. Sa mairesse, Manon Leduc, est tout à fait consciente du risque que court sa municipalité: « Maintenant, on est rendu à un point où on ne peut pas se permettre de perdre nos lacs. C'est la seule richesse qu'on a ici, à Lanthier. Notre richesse foncière est très directement reliée à la qualité de l'eau. Les propriétés sur le bord des lacs, ça part à 200 000 $ et ça va à plus d'un million. Si le lac est contaminé, cette richesse-là vient de tomber. Il n'y a pas d'autres attraits à Lanthier que les lacs. C'est pour ça qu'on a décidé d'en faire une priorité. »
Dans Lanaudière, le lac Maskinongé est contaminé sporadiquement depuis quatre ans. Dans les pires épisodes, le ministère de la Santé a fermé ses plages. Le président de la Chambre des commerces de Brandon, Raymond Malette, soutient qu'après l'épisode de 2004, les chalets et maisons se sont dépréciés de 15 à 20 %.
Lac Brome est une municipalité située en bordure d'un plan d'eau qui attire les gros bateaux à moteur. Selon le directeur général de la ville, Jean Bourret, la communauté sentira les mêmes contre-coups qu'à Lanaudière, si on ne fait rien d'ici deux ans.
De son côté, Martine Loyer, une courtière en immobilier spécialisée dans la vente de propriétés en bordure de lacs, affirme que le marché risque de souffrir avec la multiplication des lacs contaminés. Elle parle d'insécurité qui incite le nouveau propriétaire à vouloir soit ajuster le prix pour pouvoir creuser un nouveau puits soit acheter une propriété en bordure d'un lac où il n'y a pas d'algues bleues.
Mais il n'y a pas que le marché immobilier qui est en péril. Le tourisme est tout aussi menacé.
Le président de la Chambre de commerce de Brandon, Raymond Mallette, affirme que les activités de villégiature et de tourisme engendrées par le lac Maskinongé peuvent représenter jusqu'à 40 % de l'économie locale. Une crise de cyanobactéries pourrait créer une crise économique en réduisant de 50 % le nombre de visiteurs en période de pointe. Ce qui, selon lui, ferait perdre des centaines de milliers de dollars aux commerçants de la région.