Que faire?

Le seul espoir des riverains et des municipalités aux prises avec des algues bleues repose maintenant sur l'action. Chaque geste compte pour sauver les lacs et les investissements que les riverains ont faits.

En 2007, l'alerte est générale

Lyne Beauchamp La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp

De nouveaux règlements municipaux ou des initiatives communautaires pour protéger les lacs attendent les villégiateurs. Même le gouvernement du Québec s'en mêle, mais sans aller jusqu'à l'adoption d'une loi.

Québec a annoncé le 4 juin dernier un plan d'action.

Le gouvernement a décidé de consacrer 12 millions de dollars pour lutter contre la prolifération des algues bleues, et pour la prévention.

Le plan d'action prévoit des sommes pour les municipalités qui sont déjà aux prises avec des algues bleues, mais aussi pour la prévention et la sensibilisation.

La répartition des sommes du plan gouvernemental se lit comme suit:

  • un million de dollars sont mis à la disposition des organismes de bassins versants et des conseils régionaux en environnement. Ces organismes auront le mandat de préparer et de mettre en oeuvre des actions pour contrer la prolifération de ces algues;
  • 10 millions de dollars seront consacrés aux municipalités dont le réseau d'aqueducs est relié à un plan d'eau touché de façon récurrente par des épisodes d'algues bleues;
  • 600 000 $ serviront à tripler la capacité des laboratoires d'analyse du ministère de l'Environnement. Les analyses sur les cyanobactéries, dont les coûts étaient assumés jusqu'ici par les municipalités, seront payées par le gouvernement;
  • le reste de la somme sera investi dans un programme de reboisement des rives. En trois ans, ce programme permettra de planter 2,2 millions d'arbres.

Pas de loi, mais une charte

Le plan du gouvernement du Québec ne comporte toutefois aucune mesure coercitive. Québec n'a pas l'intention de légiférer dans un avenir immédiat pour:

  • bloquer l'émission des permis de construction là où les bandes riveraines ne sont pas conformes à la politique provinciale;
  • mettre fin aux droits acquis qui neutralisent la protection riveraine exigée des nouvelles constructions;
  • interdire la vente de savons phosphatés ou l'utilisation d'engrais trop près des rives.

Cependant, le gouvernement invite sur son site Internet les riverains à adhérer à la Charte des lacs, un engagement visant la protection des lacs et rivières du Québec.

Charte des lacsL'eau est essentielle à la vie: nous en sommes tributaires pour notre santé, nos loisirs et notre qualité de vie. Pourtant, plusieurs de nos lacs et cours d'eau se sont détériorés en raison de l'activité humaine. L'accélération de l'eutrophisation (vieillissement du plan d'eau), la surabondance de plantes aquatiques envahissantes ou d'algues, comme les algues bleu vert, sont devenues des problématiques importantes.

L'eau est une ressource tellement précieuse et si fragile qu'on ne peut s'en laver les mains! Que peut-on faire pour éviter que l'état de santé des plans d'eau du Québec se dégrade? S'engager personnellement à devenir un « Messager de l'eau » en posant des gestes simples qui contribuent à protéger, restaurer et mettre en valeur les plans d'eau du Québec.

Réactions mitigées

Les environnementalistes considèrent que le plan gouvernemental constitue un bon premier pas. Ils déplorent, toutefois, l'absence de réglementation pour forcer les riverains à adopter des comportements plus responsables.

La maire de Beaupré, Henri Cloutier La maire de Beaupré, Henri Cloutier

Charles-Antoine Drolet, vice-président de Nature Québec, croit qu'on ne peut compter uniquement sur la bonne foi des propriétaires riverains pour changer les choses.

Henri Cloutier, maire de Beaupré et porte-parole de l'Union des municipalités, s'est dit satisfait des mesures présentées. Selon lui, le plan de Québec respecte tous les organismes ayant pouvoir en la matière.

Le pouvoir des municipalités

Car si le plan gouvernemental ne comporte pas de mesures coercitives, les municipalités peuvent par contre légiférer.

Selon le biologiste et avocat spécialisé en droit municipal, Jean-François Girard, les municipalités ont le droit d'agir sur deux tableaux: la conformité des fosses septiques et la protection des rives.

Au lac Cardin, par exemple, l'un des 14 lacs de Lanthier, dans les Laurentides, la municipalité interdit désormais de couper toute végétation sur une bande de 10 mètres à partir de la rive des hautes eaux. Les riverains ont droit à un accès de cinq mètres pour se rendre au lac. Cette mesure a pour but de garder la végétation autour des lacs, qui agit comme zone tampon, comme protection naturelle d'un plan d'eau.

La municipalité de Lanthier est prête à aider les riverains qui voudraient replanter des arbustes sur leur terrain, près du lac. Mais ce n'est pas un règlement obligatoire. Par contre, elle a décrété une tolérance zéro pour la tonte du gazon et l'épandage d'engrais.Les propriétaires établis depuis longtemps sur les rives ne peuvent invoquer un droit acquis pour se soustraire au nouveau règlement.

« Il n'y a pas de droit acquis à la pollution de l'environnement. » — Jean-François Girard, biologiste et avocat

Des solutions possibles

Si la contamination est répandue, tout n'est pas perdu. En attendant que la prévention donne des résultats, des solutions s'offrent pour éliminer les algues bleues. Ainsi, une compagnie belge propose de traiter les lacs aux ultrasons. Elle prétend que le traitement permet de débarrasser définitivement un plan d'eau des algues bleues.

Une autre entreprise, de l'Estrie celle-là, avait suggéré l'an dernier d'utiliser des îles flottantes pour les combattre. Ces îles recouvertes de terreau sont semées de plantes aquatiques. Leurs racines traversent le matériel poreux de la matrice et absorbent le phosphore qui sert d'aliment aux algues bleues.

Dans les deux cas, l'efficacité de la solution reste à prouver.