Depuis quelque temps, la question des accommodements raisonnables attire beaucoup l'attention des Québécois.
Les médias ont-ils une responsabilité à l'égard des accommodements raisonnables? Si oui, laquelle? Radio-Canada.ca a voulu savoir ce qu'en pensent trois journalistes qui en débattront ce soir.
La radio, la télévision, la presse écrite ou informatique rapportent le moindre incident concernant le turban, le soukkot, le kirpan ou le voile.
Toujours en grosses manchettes. Mais manchettes et accommodements font-ils bon ménage?
Dans une société pluraliste comme le Québec, quelle est la responsabilité des médias à l'égard des accommodements raisonnables? C'est la question que débattront quatre journalistes, lund soir, autour d'une table ronde, dans le cadre du Festival sépharade.
Une lourde responsabilité
Pour Laura-Julie Perreault, journaliste au quotidien La Presse, comme pour Alexandra Szacka, journaliste à la télévision de Radio-Canada, les médias ont une responsabilité à assumer sur cette question.
« Elle est très lourde, et elle peut être lourde de conséquences », affirme Alexandra Szacka, en entrevue avec Radio-Canada.ca, « C'est de la matière explosive dont il faut prendre soin ». Pierre Maisonneuve, l'animateur de Maisonneuve en direct à la radio de Radio-Canada, précise que les journalistes doivent user d'une extrême prudence.
« Mais, par contre, ça ne veut pas dire: taire les réalités. Ça ne veut pas dire: taire les préoccupations. Je pense que les médias doivent traiter de ces questions-là », dit-il.
Questions sensibles
Alexandra Szacka, comme Laura-Julie Perreault, rappelle que nombre d'accommodements raisonnables concernent les personnes handicapées, et pas les communautés culturelles. « Mais ce qui fait la manchette, c'est tout ce qui concerne les identités religieuses, les identités ethniques, et l'arrimage de la société d'accueil et de ces identités-là », précise Alexandra Szacka.
À cause de la sensibilité du sujet et parce que les accommodements raisonnables sont toujours accordés au cas par cas, les journalistes doivent être prudents. Il faut toujours savoir, selon Mme Szacka, dans quel contexte la décision a été prise, dans quel contexte la demande a été faite, et à quoi ça correspond. Aussi, le journaliste doit-il faire attention aux mots qu'il emploie.
À qui la faute?
Il n'y a pas que les mots. Il y a aussi les situations. Elle dénonce la une d'un quotidien montréalais sur les femmes portant le niqab qui auraient demandé à aller voter aux dernières élections provinciales.
Aucune femme n'a fait cette demande, dans les faits.
Ce qui fait dire à Alexandra Szacka: « Je crois que le journal a fait preuve d'un manque de responsabilité extrêmement affligeant. Ils ont créé une nouvelle qui n'en était pas une. Qui sait jusqu'à quel point le résultat du vote à l'élection provinciale n'a pas été en partie influencé par cette manchette? »
Laura-Julie Perreault, du quotidien La Presse, elle, s'en prend aux médias électroniques. « À quelques reprises, dans des reportages à la télévision, je voyais que les journalistes semblaient prendre position, ce qui n'est pas du tout typique », fait-elle remarquer.
Selon elle, les journalistes ont commencé à prendre position plutôt que de rester dans leur rôle d'observateurs et d'essayer de présenter les deux côtés de la médaille, quand cette question a atteint les médias grand public.
Elle souligne que la couverture médiatique est beaucoup plus idéologique sur la question des accommodements raisonnables que sur d'autres questions.
Elle croit qu'une opposition au sein de la population québécoise est née: « Il y a eu tout à coup une espèce de nous autres contre eux autres qui s'est créé ».
Les trois journalistes sont unanimes pour dire que la confusion naît à ce point précis. Car les accommodements raisonnables ne sont pas faits pour une communauté, mais toujours pour un individu.
Laura-Julie Perreault reproche justement à nombre de journalistes de faire leur travail en se tenant à la surface des choses, en n'expliquant pas la base du concept, d'où ça vient et à quoi ça sert.