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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

La France

L'accommodement raisonnable en France

Mise à jour le dimanche 14 janvier 2007 à 16 h 00
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La France

L'accommodement raisonnable en France

Mercredi 10 janvier

Correspondant de Radio-Canada à Paris, Hugues Poulin présente un portrait de la France laïque et de ses défis.


Dimanche 14 janvier

Un gynéco-obstétricien peut-il pratiquer un accouchement même lorsque le conjoint exige que seule une femme médecin le fasse? Le débat fait rage en France. Qu'il s'agisse du voile ou d'autres signes religieux, ce pays dit souvent non à de telles demandes d'accommodement. (Réalisation-coordination: Robert Landry)


Le journaliste Hugues Poulin explique la situation en France:

Liberté, égalité, fraternité et... laïcité

Liberté, égalité, fraternité sont les devises de la République française depuis 1789. On pourrait y ajouter laïcité depuis qu'une loi de 1905 a séparé l'Église et l'État, en France. Le symbole le plus visible est évidemment l'école publique, où la laïcité tient lieu de principe directeur.

Plusieurs personnes ont manifesté contre la loi sur la laïcité.

Plusieurs personnes ont manifesté contre la loi sur la laïcité.

Après les polémiques sur le voile à l'école, la France adoptait en 2004 une loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires à l'école comme la kippa, les grosses croix et le voile. Malgré les protestations de certains groupes de pression, la loi est généralement respectée.

Hasard du calendrier: c'est à cette époque, à la rentrée scolaire 2004, que deux journalistes français étaient pris en otage en Irak. L'une des revendications des ravisseurs était justement que la France permette le port du voile à l'école publique.

L'affaire a eu l'effet contraire. Même les leaders musulmans français ont tenu alors un discours républicain, rejetant tout chantage des preneurs d'otage.

Le ministère de l'Éducation ne signale aucun incident depuis un an. Mais dans certaines écoles publiques, on tolère un petit foulard noué derrière la nuque (bandana) pour les jeunes filles musulmanes. Donc, il s'agit d'une certaine forme d'accommodement raisonnable, qui ne viole pas l'esprit de la loi.

Qui dit service public pense aussi aux hôpitaux. Je me suis rendu au service d'urgence de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris. Là aussi prévaut la laïcité, mais on pratique, si on le peut, l'accommodement raisonnable. Si une femme (ou son mari présent), pour des considérations religieuses, exige les services d'une femme médecin, on tente de satisfaire la demande. Sinon, on négocie.

Selon l'un des médecins de l'urgence, il y a un cas par mois plus compliqué qui cache parfois une femme maltraitée, dont le mari refuse tout examen de peur d'être inquiété par la police.

L'hôpital s'est aussi séparé de médecins « religieux », dont un catholique qui militait contre l'avortement et un juif qui refusait d'examiner des patientes. Il n'est pas question non plus de tolérer des femmes médecins qui porteraient le voile.

L'eau de la discorde

L'autre volet de mon reportage concerne la piscine de la ville de Sarcelles, en banlieue de Paris, où on retrouve une importante population issue de l'immigration et une forte communauté juive. Une association juive religieuse avait obtenu le droit de louer la piscine municipale en dehors des heures normales réservées au public. Les femmes juives se baignent avec leurs filles pendant une heure puis les pères avec leurs fils un peu plus tard.

Le maire de Sarcelles a été vivement critiqué par certains défenseurs de la laïcité et la ville, menacée de perdre un centre d'entraînement national pour maîtres nageurs. Le maire a donc mis fin au contrat, mais à regret.

Il déplore qu'on ne puisse pas louer la piscine à un groupe religieux, alors qu'on le fait pour des associations de retraités, de pompiers ou d'entreprises. L'association juive religieuse s'estime victime de discrimination, mais n'a pas intenté de poursuites.

Le maire de Sarcelles, que j'ai rencontré, estime qu'on devrait revoir la loi de 1905, ou au moins la clarifier. Il souligne que la plupart des villes pratiquent une forme d'hypocrisie ou, plus « politiquement correct », d'accommodement raisonnable, par exemple lors des grandes fêtes religieuses musulmanes ou juives.

Plusieurs villes prêtent des salles communautaires ou des gymnases pour ces événements, faisant fi du principe de laïcité, par simple bon sens, ces communautés ayant rarement des lieux de rencontres assez vastes pour tenir des grands rassemblements ou des ressources suffisantes pour en louer.

Un sociologue français et historien de religions estime de son côté que certains républicains ont transformé la laïcité en une forme d'intégrisme pour combattre la montée des phénomènes religieux. Mais de là à réviser ou à réformer la loi centenaire sur la laïcité, il y a un péril immense que semble craindre comme la peste la classe politique.

En somme, la République française tient à la laïcité, mais au besoin on tolère des exceptions, on pratique une forme d'accommodement raisonnable sans l'inscrire dans la loi.