Haïti et la drogue

Profitant depuis longtemps de l'instabilité politique du pays, de gros trafiquants de drogue utilisent Haïti comme lieu de transit pour envoyer de la drogue partout en Amérique du Nord. Les trafiquants en mènent large, d'après Mario Andrésol, commandant en chef de la police nationale d'Haïti, qui dispose de très peu de ressources. « Les cartels de drogue disposent de très grands moyens financiers et peuvent corrompre n'importe qui. »

Quartier cossu de Port-au-Prince

En raison de leurs liens particuliers avec Haïti, certains hommes d'affaires des gangs de rue de Montréal fréquentent les trafiquants de l'île et organisent l'importation de stupéfiants d'Haïti vers le Canada. Celle-ci s'est accrue depuis la déportation, à cause de leurs activités criminelles, de certains des membres des gangs du nord de Montréal vers Port-au-Prince. « Ils se réorganisent à Port-au-Prince et maintiennent des contacts avec leur gang au Canada », confirme Mario Andrésol.

Ils recrutent de plus de plus de jeunes de la communauté haïtienne de Montréal pour transporter la drogue, comme Barbara Exhumé. Parce qu'elle a voulu ramener un kilo de cocaïne au Canada, la jeune Montréalaise croupit dans une prison surpeuplée de Port-au-Prince. Elle devait toucher 3000 $, mais elle a plutôt été condamnée à 12 ans de prison et à une amende de 30 000 $. Elle préfère taire les noms de ceux pour qui elle oeuvrait, à cause du danger qu'elle encourrait.

Même si le trafic des stupéfiants par les mules est important, ce n'est rien comparé à ce qui transite par conteneur, par bateau ou par avion. Les trois quarts de la cocaïne saisie à l'aéroport de Montréal provenaient d'Haïti, apprenait-on dans un document de la GRC rendu public le mois dernier.

Les hommes d'affaires liés aux gangs de rue sont de plus en plus nombreux à se faire construire des propriétés sur le beau coté de la colline de Port-au-Prince, dans le quartier de Vivi Michel, en pleine expansion.

Jusqu'à tout récemment, seuls de petits trafiquants se faisaient arrêter et purgeaient leurs sentences. Or, comme la collaboration entre les États-Unis et Haïti va très loin, les biens des trafiquants peuvent être saisis grâce à l'implication de la Justice américaine. Certains criminels sont carrément extradés aux États-Unis pour y être jugés et incarcérés là-bas. Certains gangs de rue américains liés aux gangs de rue montréalais feraient entrer de la drogue aux États-Unis par le Canada.

Ça ne peut pas durer comme ça, et ça inquiète Maria Mourani. « Il y aura une guerre. Un moment donné, ça va péter parce que les Hells et les Bandidos n'accepteront jamais de se laisser prendre du terrain et jamais la mafia italienne n'acceptera de se laisser damer le pion par les gangs. »

Pour la première fois, le gouvernement du Québec a reconnu l'état d'urgence de la situation. Il vient d'accorder sept millions de dollars de plus pour combattre les gangs de rue. Les corps policiers savent très bien que pour être efficaces, ils devront mener en même temps et sur tous les fronts une lutte contre les Hells Angels, les gangs de rue et contre la puissante mafia italienne.

Saisies aéroports de Montréal (2000-2004)

Colombie: 38,1kg 3,7%
Mexique: 188,3 kg 18%
Haïti: 774,3 kg 74%