Au-dessus des jeunes qui vendent de la drogue, il y a maintenant les hommes de l'ombre, plus âgés, qu'on appelle les hommes d'affaires. « Ce sont des hommes très intelligents qui dirigent presque un empire maintenant », constate le travailleur de rue Harry Delva.
« Plus vous montez dans le pouvoir, plus il y a une concentration ethnique qui se voit », affirme la criminologue Maria Mourani à propos de l'importance grandissante des chefs de gangs d'origine haïtienne. S'ils commencent à prendre tant de place, c'est en raison de l'opération Printemps 2001. Cette imposante intervention policière a permis de mettre sous les verrous les têtes dirigeantes des Hells Angels.
Bernard Mathieu
Afin de démanteler un présumé réseau de distribution de drogue du nord de Montréal, qui aurait été dirigé par le présumé homme d'affaires Bernard Mathieu, l'escouade Sans frontières de la police de Montréal a mis sur pied l'opération ABAT. Elle a mené, en avril 2005, à l'arrestation de 26 personnes pour trafic de stupéfiants et pour gangstérisme. C'était la première fois que des membres de gangs de rue étaient accusés de gangstérisme au Québec. Les dossiers des gangs de rue sont maintenant considérés comme assez importants pour être confiés au procureur du bureau de lutte au crime organisé.
Ces hommes d'affaires faisaient la distribution de la drogue sans passer par la mafia italienne ou par les motards, ont confirmé deux membres importants des gangs de rue, n'ayant aucun lien avec Bernard Mathieu. La drogue proviendrait d'Haïti, d'après les renseignements de la police. « Haïti, malheureusement, est un pays où les règles sont plus ou moins inexistantes. C'est une plaque d'entrée pour la cocaïne », regrette le procureur Jean-Pierre Saint-Jean.
« Certains membres des gangs de rue haïtiens ont établi des liens criminels avec l'île. Les conséquences possibles incluent une augmentation des stupéfiants dans les rues des villes canadiennes, un changement dans les rapports de force du milieu montréalais au profit des gangs de rue haïtiens », peut-on lire dans une étude commandée par le service canadien de renseignements criminels au groupe Sentinel de l'Université Carlton, spécialisé dans l'évaluation des risques les plus menaçants pour l'État.