Jean-Marc Fournier
Le ministre de l'Éducation du Québec, Jean-Marc Fournier, défend la stratégie de compromis qu'il a adoptée face à la Mission de l'Esprit-Saint, un groupe religieux de la région de Joliette dont les 144 enfants sont éduqués à la maison.
Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, défend la stratégie de compromis qu'il a adoptée face au groupe religieux de la région de Joliette, dont les 144 enfants sont éduqués à la maison.
Jeudi, Radio-Canada révélait que le ministère de l'Éducation autorise La Mission de l'Esprit-Saint à faire l'école à la maison à ses enfants, mais qu'un an après le début de cette expérience, leurs résultats scolaires sont navrants. Aujourd'hui, beaucoup se demande si on a agit dans le meilleur intérêt des enfants.
Pour l'avocate Carole Tremblay, qui a réussi à faire sortir deux enfants du groupe religieux, le gouvernement aurait dû tenir compte de la nocivité de la doctrine de ce groupe hermétique. « Les enfants qui sont élevés dans la croyance de ce groupe-là sont entre autres exposés à considérer le monde extérieur comme étant mauvais, néfaste et à éviter », explique Me Tremblay, présidente d'Info-Secte.
« Qui prend la défense de ces enfants-là? Des enfants qui vont avoir leur avenir hypothéqué presque entièrement à cause des préjugés et de l'hermétisme du groupe », renchérit Eugène Bérubé, président de RéalitéPlus et spécialiste des mouvements religieux fermés, qui a collaboré avec Me Tremblay dans le passé.
Ce ne sont pas les parents, mais bien l'homme fort de la Mission de l'Esprit-Saint, Gilles Francoeur, qui s'est engagé à ce que les 144 enfants soient éduqués par leurs mères. En négociant ainsi avec un chef religieux, le ministère viole la Loi sur l'instruction publique, aux yeux le Parti Québecois.
Camil Bouchard
« Je pense que le ministre a l'autorité nécessaire pour dire à son ministère que cette situation-là, elle n'est pas tolérable, si c'est le cas, et qu'ils doivent appliquer la loi telle qu'elle est prévue dans son esprit et dans sa lettre », a déclaré vendredi Camil Bouchard, député péquiste de Vachon et porte-parole en matière d'éducation.
« C'est un beau cas où le ministère de l'Éducation est en action. Avant, c'était encore pire, si vous me le permettez... », rétorque le ministre Fournier.
Il y a deux ans, les enfants de la Mission de l'Esprit-Saint fréquentaient l'Institut Laflèche, une école illégale que le ministère a fait fermer. Une poursuite judiciaire a été engagée, mais le ministère a suspendu les procédures, il y a un an, en échange du compromis sur l'école à la maison.
« L'idée, pour nous, c'est de ne pas perdre les enfants dans la brume. Ce qui peut arriver, c'est qu'on ne les voit plus [...], ils ne sont plus en lien avec une commission scolaire », soutient le ministre Fournier.
L'identité des enfants est connue car ils ont dû s'enregistrer auprès de la Commission scolaire Des Samarres pour être éduqués à la maison. De plus, les enquêteurs du ministère de l'Éducation sont allés sur place dans le courant de l'année pour vérifier s'il y a encore une classe clandestine dans un édifice du groupe religieux, comme certaines sources le disent.
Jean-Marc Fournier n'en dit pas plus car toute l'affaire se retrouve à nouveau devant un juge, mardi prochain, à Joliette. Si le ministère conclut que la Mission de l'Esprit-Saint ne respecte pas l'entente et regroupe encore des enfants pour leur faire la classe, la poursuite intentée contre la Mission de l'Esprit-Saint pour enseignement illégal sera réactivée.