L'aéroport Pierre-Elliott Trudeau
Derrière ses allures de forteresse, l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal, serait une grande porte ouverte pour le trafic de drogue et le crime organisé.
Une enquête de Radio-Canada révèle que le crime organisé est tellement présent à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau que les douaniers sont intimidés et empêchés de fouiller certains avions.
Deux enquêteurs d'une firme privée ont réalisé une enquête sur la sécurité à Dorval, l'année dernière, pour le compte du syndicat canadien des douaniers.
Leur constat est troublant. En effet, selon eux, le crime organisé serait très présent sur le tarmac. Les organisations criminelles achèteraient la complicité de certains employés de l'aéroport. Les douaniers seraient intimidés et parfois empêchés de fouiller des avions. Enfin, des patrouilles ne seraient pas effectuées, par moments, dans certains secteurs du tarmac, parce qu'ils sont considérés comme trop dangereux.
« Il y a même de nos gens qui se font avertir, par des gens qui ne sont pas en uniforme, qui ne sont pas connus, qui n'ont pas d'affaire où ils sont. On se questionne à savoir qui a le contrôle de la sécurité dans les aéroports », s'inquiète Jean-Pierre Fortin vice-président du syndicat des douaniers.
La surveillance du tarmac, à l'aéroport Trudeau, a été confiée à des agents de sécurité non armés, tout comme les douaniers. Selon nos informations, cette sécurité n'est pas suffisante pour arrêter les organisations criminelles. Ces dernières contrôleraient le trafic de drogue en infiltrant les compagnies aériennes, les entreprises de bagages ainsi que celles d'entretien ménager de l'aéroport.
Selon des documents déposés la semaine dernière au procès de membres de gang de rue, entre 1999 et 2004, 80 % de la cocaïne saisie aux aéroports de Montréal était liée à la corruption interne.
En 2003, dans son rapport sur le mythe de la sécurité dans les aéroports canadiens le sénateur Colin Kenny écrivait que « les services de police savent parfaitement que les aéroports canadiens ont été infiltrés par le crime organisé ».
« Le crime organisé est infiltré partout. Que ce soit au port de Montréal ou dans les aéroports, ce sont des gens qui vont toujours tout faire et mettre en oeuvre pour regarder les maillons faibles de notre sécurité. C'est la triste réalité présentement », soutient pour sa part Jean-Pierre Fortin.
Les experts consultés par Radio-Canada sont unanimes pour dire que si le crime organisé peut rentrer aussi facilement dans les aéroports, les organisations terroristes le peuvent aussi.
Près de 2,5 milliards de dollars ont été dépensés pour la sécurité dans le transport aérien, au Canada, depuis les attentats du 11 septembre 2001. La grande question est maintenant de savoir si les Canadiens en ont eu pour leur argent, alors que des organisations criminelles peuvent encore s'infiltrer jusqu'aux tarmacs des aéroports.