Ellen Johnson-Sirleaf, présidente du Liberia

La Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf est officiellement devenue, en janvier 2006, la première femme du continent africain à présider les destinées de son pays. Sur la scène politique depuis trois décennies, l'économiste au curriculum vitae impressionnant a facilement remporté la victoire contre un adversaire vedette. Signe de l'espoir qu'elle suscite, plusieurs dignitaires étrangers ont assisté à l'assermentation de cette grand-mère de 67 ans, appelée « Mom » par ses partisans, mais qui se fait aussi surnommer « la Dame de fer africaine ».

Pour moi, c'est une source de motivation d'être le porte-étendard des femmes du Liberia, de l'Afrique et du reste du monde. Je n'ai pas droit à l'échec.

Ellen Johnson-Sirleaf   © AFP/Jim Watson

Née en 1939, mariée à 17 ans, Ellen Johnson-Sirleaf a eu quatre fils avant de divorcer de son mari, aujourd'hui décédé. Elle appartient à l'élite minoritaire, formée des descendants des esclaves américains affranchis qui ont fondé le Liberia en 1847. Détentrice d'un diplôme de l'Université du Colorado et d'une maîtrise en administration publique à Harvard, elle devient la première femme ministre des Finances du Liberia à la fin des années 1970.

Elle occupe par la suite plusieurs postes financiers à l'étranger, notamment à la Banque mondiale, et dans des institutions privées, dont la prestigieuse Citybank américaine. De 1992 à 1997, elle assume la responsabilité régionale du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle est également la cofondatrice de l'Institut national pour les femmes en position de leadership politique.

En 1980, elle approuve le coup d'État de Samuel Doe contre un régime qui domine les ethnies locales. Lorsqu'elle se met à critiquer la dictature militaire corrompue et impopulaire qui s'est installée, elle se fait emprisonner à deux reprises. Réussissant à échapper à l'exécution, elle s'exile. En décembre 1989, elle appuie le coup d'État du chef de guerre Charles Taylor. Mais la sanglante guerre civile qui s'ensuit et se répercute sur le pays voisin, la Sierre Leone, l'amène à le dénoncer.

La crise au Liberia a fait des centaines de milliers de réfugiés. (archives)

Lors d'un scrutin permis par une accalmie des violences, en 1997, elle l'affronte, se forgeant alors une réputation de « Dame de fer ». Mais elle finit loin derrière et quitte à nouveau le pays. Elle revient au Liberia après l'insurrection ayant poussé à l'exil Charles Taylor (aujourd'hui accusé de crimes de guerre par la Cour pénale spéciale de Sierra Leone pour son soutien aux rebelles sierra-léonais pendant la guerre civile de ce pays). De 2004 à 2005, elle préside la Commission de la réforme de la gouvernance, mais démissionne pour protester contre l'incapacité du gouvernement de transition à combattre la corruption.

En novembre 2005, Ellen Johnson-Sirleaf remporte le deuxième tour de l'élection présidentielle avec près de 60 % des voix, battant facilement le candidat vedette George Weah, un ancien footballeur donné favori. En dépit de quelques irrégularités mineures et des allégations de fraudes formulées par son rival, les observateurs internationaux considèrent le scrutin comme juste.

Son assermentation, en janvier 2006, se fait devant des dizaines de délégations du monde entier: les États-Unis y envoient la première dame américaine, Laura Bush, de même que la secrétaire d'État, Condoleezza Rice; les poids lourds du continent, les présidents nigérian, Olusegun Obasanjo, et sud-africain, Thabo Mbeki, y assistent également, tout comme plusieurs de leurs homologues africains.

Des défis de taille

Je n'ai pas à m'excuser d'être pro-occidentale. Je vais m'en servir pour aider au développement de mon pays.

Localisation: Afrique de l'Ouest
Nature de l'État: république unitaire
Nature du régime: démocratie présidentielle
Chef d'État et de gouvernement: Ellen Johnson-Sirleaf
PIB: 2,9 milliards $US (2004)
PIB/habitant: 900 $US
Capitale: Monrovia
Population: 3,3 millions (2005)
Âge médian: 18 ans
Groupes ethniques: divers groupes autochtones (95 %), Américano-Libériens (descendants d'esclaves des États-Unis, 2,5 %), kongos (descendants d'immigrants des Caraïbes, 2,5 %)
Religions: croyances indigènes (40 %), chrétiens (40 %), musulmans (20 %)
Langue: anglais (langue officielle, 20 %), une vingtaine de dialectes
Droit de vote des femmes: 1946
Ellen Johnson-Sirleaf a la lourde tâche de réunifier et reconstruire un pays dévasté par un quart de siècle de coups d'État et une guerre civile qui a fait 200 000 morts. Déjà, elle a annoncé la création de la Commission vérité et réconciliation, chargée d'enquêter sur les violations des droits de la personne. Elle a également invité les 200 000 Libériens toujours réfugiés dans des pays voisins à rentrer au pays.

La reconstruction des infrastructures, notamment dans la capitale, Monrovia, où l'électricité et l'eau n'ont pas encore été rétablies, deux ans et demi après la fin de la guerre civile, est une priorité. Il faudra aussi veiller à la réinsertion sociale des enfants-soldats et mater les anciens chefs de guerre, dont certains siègent même au Parlement.

Plus globalement, le Liberia doit venir à bout des tensions ethniques qui divisent depuis sa création la majorité autochtone et les descendants d'esclaves immigrés. D'autres défis attendent la nouvelle présidente: le chômage atteint 80 %, et l'analphabétisme touche 61 % des femmes et 28 % des hommes.

Il faudra aussi combattre la corruption rampante entourant l'exploitation des richesses naturelles, entre autres le bois et le diamant. En février, Ellen Johnson-Sirleaf a posé son premier geste en ce sens, en limogeant plusieurs fonctionnaires du ministère des Finances. Elle reste cependant réfractaire au plan des bailleurs de fonds internationaux pour lutter contre la corruption et qui met le pays sous leur tutelle économique.

Elle critique en outre le bilan de l'ONU, qui a 15 000 Casques bleus au Liberia. « La plus grande partie de l'argent a été utilisée à acheter des gros 4 x 4 qui encombrent nos rues, déplore-t-elle. Nous saurons mieux utiliser nos maigres moyens. » Pour ce faire, elle doit rassurer la communauté internationale, puisque le pays besoin de son aide pour se reconstruire. Encore faudra-t-il la collaboration, du Parlement, où son Parti de l'unité (UP) ne dispose pas de la majorité.