Khaleda Zia, première ministre du Bangladesh

Comme bien des femmes à la tête d'un gouvernement en Asie, Khaleda Zia voit son destin politique s'amorcer grâce à sa parenté avec un leader assassiné. Depuis le début des années 1990, son ennemie jurée - une autre femme - et elle se livrent une dispute sans relâche pour le pouvoir. C'est le combat de celles qu'on a surnommées « la veuve » et « l'orpheline »...

Khaleda Zia   © AFP/GOH CHAI HIN

Née en 1945, elle se marie à 13 ans avec un capitaine de l'armée pakistanaise, Ziaur Rahman, à l'époque où le Bangladesh fait partie du Pakistan. Il prend la tête du pays en 1977. Elle mène de son côté une vie effacée, jusqu'à la mort de son mari, assassiné par des putschistes en mai 1981. Le général Mohammed Ershad, qu'elle accuse d'avoir ordonné l'assassinat, prend la tête de l'État bangladais.

Pour le chasser du pouvoir, elle trouve une alliée en Cheikha Hasina Wajed, fille du fondateur et premier chef d'État du pays, Mujibur Rahman, assassiné par des officiers en 1975. Le général Ershad est renversé en décembre 1990, puis emprisonné pour détournement de fonds. Mais, depuis, la complicité de circonstance entre les deux femmes a fait place à une rivalité féroce. Surtout que Cheikha Hasina Wajed incrimine le mari de son adversaire politique dans le meurtre de son père...

En février 1991, Khaleda Zia, avec son Parti national (BNP) remporte la première manche, devenant la 1re première ministre du pays. Elle doit s'appuyer sur une coalition gouvernementale. Dès sa victoire, elle va se recueillir sur le mausolée de son époux, situé tout juste devant le Parlement.

En 1996, sa rivale de la Ligue Awani prend sa revanche. Mais Khaleda Zia revient au pouvoir en octobre 2001, à la tête d'un gouvernement de coalition qui s'appuie notamment sur des partis islamistes, accusés d'être liés à des groupes extrémistes.

Un pays aux difficultés multiples

Localisation: Asie du Sud
Nature de l'État: république
Nature du régime: démocratie parlementaire
Chef d'État: Iajuddin Ahmed
Chef de gouvernement: Khaleda Zia
PIB: 279,8 milliards $US (2004)
PIB/habitant: 1875 $US
Capitale: Dacca
Population: 141,8 millions (2005)
Âge médian: 22 ans
Religions: musulmans (83 %), hindous (16 %), autres (1 %)
Langues officielles: bengali et anglais
Droit de vote des femmes: 1972

Le Bangladesh, dont l'histoire est jalonnée par de multiples coups d'État, est confronté à de nombreux problèmes: forte bureaucratie, analphabétisme touchant plus de 40 % de la population, démographie galopante, chômage et corruption endémiques, pauvreté extrême, profondes inégalités sociales, etc. Le pays doit de plus se soumettre aux exigences sévères des institutions financières internationales comme le FMI et Banque mondiale.

Depuis les dernières années, le Bangladesh est en outre aux prises avec une recrudescence de la violence. Exemple frappant: le 17 août 2005, plus de 400 bombes ont explosé en une heure dans plusieurs villes du pays. Régulièrement, les journalistes, les juges, les intellectuels et les militants sont victimes d'intimidation. Le gouvernement, qui a pendant longtemps minimisé la menace terroriste, se dit maintenant déterminé à la combattre.

Pour protester contre la « corruption », l'« incompétence » et la « persécution des opposants politiques », notamment, la Ligue Awani a lancé une vague de grèves générales et fait pression pour que soient déclenchées des élections anticipées. Mais celle qu'on appelle la « bégum » (princesse) Khaleda Zia entend terminer son mandat, à la fin de 2006.

En attendant, la première ministre, également responsable du ministère de la Défense, mène la « vie modeste d'une mère de famille typique, consacrant l'essentiel son temps à élever ses deux fils », selon sa biographie officielle. En 2005, le magazine Forbes l'a classée au 29e rang des femmes les plus puissantes du monde.