Celle que l'ex-chancelier Helmut Kohl surnommait « la gamine » a fait du chemin depuis son entrée en politique. À 51 ans, Angela Merkel est devenue la première femme, mais aussi la première personne issue de l'Allemagne de l'Est, à diriger le pays unifié. Si son parti a connu en septembre 2005 l'une des pires performances de son histoire, cette conservatrice a, depuis, atteint des sommets de popularité.
[Je suis] fière d'être une responsable politique pour toute l'Allemagne avec des racines d'ex-RDA.
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AFP/STR
Son biographe Wolfgang Stock parle de cette femme née en Allemagne de l'Ouest, mais élevée de l'autre côté du mur, comme d'un « être hybride ». Née en 1954 à Hambourg d'une mère institutrice et d'un père pasteur luthérien, Angela Kasner immigre quelques mois plus tard avec sa famille, dont elle est l'aînée, à Templin, dans une RDA officiellement athée. Rêvant de créer des liens entre communistes et croyants, son père revient dans son pays natal, alors que plusieurs Est-Allemands fuient le communisme... « Tout a toujours été un combat, un combat pour ne pas attirer l'attention, un combat pour être un peu meilleure que tous les autres », dit-elle au sujet de son enfance.
Angela se joindra aux Jeunesses communistes, une condition indispensable pour faire des études supérieures.
| Localisation: Europe centrale Nature de l'État: république fédérale Nature du régime: démocratie parlementaire Chef d'État: Horst Köhler Chef de gouvernement: Angela Merkel PIB: 2391,6 milliards $US (2004) PIB/habitant: 28 900 $US Capitale: Berlin Population: 82,7 millions (2004) Âge médian: 42 ans Religions: catholiques (34 %), protestants(34 %), musulmans (3,7 %), sans affiliation ou autres (28,3 %) Langue: allemand Droit de vote des femmes: 1918 |
En 1998, cette divorcée sans enfants épouse Joachim Sauer, un chimiste professeur d'université, avec qui elle vit depuis une vingtaine d'années. En 2000, lorsqu'éclate l'affaire des « caisses noires » du CDU, celle qui avait été surnommée « la fille de Kohl » n'hésite pas à réclamer le départ de son mentor, impliqué dans le scandale de financement occulte. Elle fait alors le ménage d'un parti en déroute, ce qui lui vaut cette fois-ci le surnom de « Mère courage ». En 2002, l'aile dure l'empêche pourtant de livrer la bataille fédérale, mais le candidat conservateur, Edmund Stoiber, perd ses élections face à Schröder. En 2003, Angela Merkel s'attire de nombreuses critiques en Allemagne lorsqu'elle soutient la guerre en Irak.
Lors de son entrée au Parlement en tant que chancelière
Femme, protestante, originaire de l'Est, elle obtient en 2005 l'investiture de son parti, traditionnellement dominé par des hommes catholiques originaires de l'Ouest. Elle remporte de justesse le scrutin du 18 septembre, alors que les sondages lui prédisaient une victoire facile. Devant le 1 % qui sépare le Parti social-démocrate (SPD) et le duo CDU-CSU (l'Union chrétienne-démocrate et son pendant bavarois, l'Union chrétienne-sociale), Angela Merkel et le chancelier sortant, Gerard Schröder, se livrent un bras de fer intense pour obtenir la tête du gouvernement.
À l'issue de plusieurs semaines de tractations, elle hérite, en novembre 2005, du deuxième gouvernement de coalition dans l'histoire du pays, mais elle doit concéder au SPD la moitié des 16 postes ministériels, dont certains postes clés. Lorsqu'elle prête serment, le 22 novembre, la fille de pasteur demande « Que Dieu [lui] vienne en aide », un passage qu'un chancelier a la liberté de prononcer ou non lors de son assermentation.
« Une image améliorée »
La quinquagénaire à la coupe au bol et au regard de chien battu qui faisait le désespoir de ses conseillers en communication s'est transformée, une esthéticienne aidant, en executive woman.
Le Point (16 février 2006)
Bono et la chancelière allemande Angella Merckel
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Celle que les Allemands ont par le passé surnommée « la demoiselle de fer » ou « Margaret Merkel », en référence à l'ex-première ministre britannique Margaret Thatcher, a livré, en février 2006, un plaidoyer en faveur d'une plus grande « solidarité » et a indiqué qu'elle voulait recentrer sa formation.
Jusqu'à maintenant, Angela Merkel s'est pourtant davantage illustrée sur la scène internationale qu'intérieure en démontrant aux Allemands qu'elle pouvait se tenir debout. À Moscou, elle a plaidé pour un règlement politique de la guerre en Tchétchénie. À Washington, la dirigeante qui souhaite un réchauffement des relations avec les États-Unis, sérieusement mises à mal sous son prédécesseur, a tout de même réclamé la fermeture de la prison américaine de Guantanamo, à Cuba, où sont détenus des terroristes présumés.
En jouant les médiatrices entre la Grande-Bretagne et la France au sommet européen de Bruxelles de décembre 2005, elle a permis adoption du budget de l'Union européenne, se faisant porter aux nues par la presse européenne.
Mais, sur le plan intérieur, elle ne s'est pas encore attaquée aux réformes jugées indispensables. Même si l'Allemagne reste la première puissance économique de l'Europe, son taux chômage de 12 %, son énorme déficit et sa faible croissance de 1,5 %, bien en-deçà des performances des années 1990, ont valu à l'État le surnom de « malade de l'Europe ». Et la « maladie » se fait davantage sentir dans l'ex-Allemagne de l'Est, encore défavorisée 15 ans après la réunification.
Le test viendra sans doute lorsque Angela Merkel devra prendre certaines décisions impopulaires, comme une hausse de taxes, reportées en 2007. « Mme Merkel est comme un soufflé, un jour, elle finira par retomber », a déclaré le chef de file des Verts, Joschka Fischer, en novembre 2005. Pour l'instant, la nouvelle chancelière, dont on critiquait il n'y a pas si longtemps l'apparence, les allures timides et le manque de charisme, se fait louer pour son calme, son pragmatisme, sa détermination et sa recherche du consensus. Depuis son accession au pouvoir, la popularité de la femme forte de l'Allemagne n'a cessé d'augmenter: en février 2006, sa cote avoisinait les 80 %, du jamais vu au pays.