
L'État providence réinventé
Depuis plusieurs années, l'État providence est en crise au Canada, tout comme au Québec. L'avenir du système de santé public et des grands programmes sociaux qui ont fait consensus au pays depuis un demi-siècle se heurte aux problèmes financiers causés par le vieillissement de la population et la dénatalité.
Une autre question se pose aussi: à cette époque de mondialisation des marchés, comment conjuguer politiques sociales, création d'emploi et performance économique, alors que nous sommes concurrencés par des économies « émergentes » dont les programmes sociaux sont pour la plupart inexistants?
La classe moyenne est inquiète et désemparée, surtout dans l'est du Canada, où le modèle d'un État très présent dans la vie des citoyens est un fondement de l'histoire récente, qu'il s'agisse du « modèle québécois » depuis la Révolution tranquille ou du « modèle canadien » que les Ontariens brandissent pour se différencier des Américains.
C'est avec cette réflexion en tête que j'ai senti le besoin de m'interroger sur l'avenir des idées de générosité et de redistribution des richesses qui nous distinguent de nos voisins du sud. Avons-nous les moyens de maintenir l'État providence créé en plein boom économique de l'après-guerre?
Selon des experts de gauche comme de droite, le système de santé est un gouffre sans fond. Les programmes sociaux atténuent la pauvreté, mais créent parfois un cercle vicieux de dépendance.
Le débat revient en force dans l'actualité. L'arrivée d'un gouvernement conservateur à Ottawa remet bien des programmes en question. Au Québec, le jugement Chaoulli sur le système de santé et les manifestes pour un « Québec lucide » ou un « Québec solidaire » alimentent bien des discussions dans les chaumières et au sein des formations politiques.
J'ai donc passé trois semaines en décembre dernier sur le continent européen, à tenter de voir comment d'autres pays développés adaptent leurs programmes sociaux et leurs services publics aux exigences du 21e siècle. Destinations choisies: la France et la Grande-Bretagne, les deux grandes civilisations européennes qui ont façonné notre pays, et la Scandinavie, berceau incontesté de la social-démocratie moderne.
Les constats m'ont souvent étonné. Certaines réformes sont des réussites, d'autres suscitent bien des doutes. Parfois, des « vaches sacrées » ont dû être remises en cause.
Il ne s'agit pas pour moi de prendre parti ni de suggérer des pistes de solution. Simplement de montrer que nous ne sommes pas seuls à nous poser des questions.
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En janvier 2007, Michel Labrecque a remporté le troisième Prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour cette série de reportages. |