Fenêtre sur l'appétit

Représentation artistique de la fenêtre qui s'ouvre et se ferme pour réguler l'appétit. Représentation artistique de la fenêtre qui s'ouvre et se ferme pour réguler l'appétit.  Photo :  Inserm

Une fenêtre qui s'ouvre et se ferme en fonction des dérèglements de l'appétit a été caractérisée par des chercheurs français de l'Université de Lille 2.

Cette ouverture permet le passage de messagers issus de la circulation sanguine qui avertissent le cerveau en cas de jeûne ou de trop-plein alimentaire.

Selon Vincent Prevot et ses collègues, son mauvais fonctionnement expliquerait certains comportements alimentaires anormaux.

Explications

Le cerveau travaille indépendamment du reste de l'organisme et se protège grâce à une barrière « hématoencéphalique » qui est hermétique à de très nombreuses molécules du sang.

L'organe perçoit quand même certains signaux véhiculés par des molécules circulantes, notamment par des molécules qui proviennent des cellules adipeuses ou du pancréas lorsqu'il s'agit de réguler l'appétit. L'équipe française a trouvé le site exact de passage de ces messagers et décrit son fonctionnement.

L'étude

Les chercheurs ont imposé un jeûne de 24 heures à des rongeurs, puis ils ont observé une zone particulière du cerveau (le noyau arqué-hypothalamique) impliquée dans la régulation des apports alimentaires.

Ils ont alors constaté que certaines cellules appelées tanycytes, situées en périphérie de ce noyau, forment une barrière sensible à la concentration de glucose.

Ainsi, lors d'une baisse marquée de la glycémie (le taux de sucre dans le sang), ces cellules se mettent à produire un facteur appelé VEGF qui déclenche l'ouverture de pores dans les vaisseaux, augmentant ainsi leur perméabilité et l'afflux de molécules du sang.

Parmi ces molécules, certaines avertiront le cerveau de la nécessité de se réalimenter rapidement.

« Nous savions qu'il y avait des échanges permettant la régulation de l'appétit au niveau de cette zone du cerveau, mais ignorions s'il y avait un contact direct entre le sang et le cerveau. [...] Ces travaux ont permis d'identifier clairement l'existence d'une fenêtre permettant le passage direct de molécules porteuses d'un message métabolique et d'identifier les mécanismes de ce passage. » — Vincent Prevot

En outre, les auteurs ont constaté que cette fenêtre s'ouvre non seulement en cas d'urgence à se réalimenter, mais aussi à des heures régulières au cours de la journée, permettant un accès facilité au cerveau.

Ce phénomène s'observe le soir chez la souris.

Cette connaissance pourrait s'avérer particulièrement utile pour optimiser l'administration de certains médicaments destinés à agir sur le cerveau.

D'autres travaux ont montré que les échanges entre cerveau et périphérie sont altérés chez les patients souffrant d'obésité, ce qui cause la déconnexion des apports alimentaires des sensations de satiété ou de plaisir.

Les chercheurs pensent que le fait de rétablir la plasticité de cette fenêtre contribuerait à lutter contre cette maladie.

Le détail de cette étude est publié dans la revue Cell Metabolism.

Le saviez-vous?

Chez les hommes canadiens, la prévalence de l'obésité est de 24,3 %, comparativement à 32,6 % aux États-Unis. En ce qui concerne les femmes, la prévalence d'obésité chez les Canadiennes est de 23,9 %, contre 36,2 % pour les Américaines.

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