L'anorexie et l'hyperactivité ont un mécanisme commun

Radio-Canada avec Agence France-Presse
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L'anorexie mentale et l'hyperactivité physique sont des troubles liés par un mécanisme moléculaire commun, selon une étude française, qui souligne aussi des liens entre l'anorexie et la dépendance.

Les personnes anorexiques manifestent souvent de l'hyperactivité. Les scientifiques pensaient jusqu'à maintenant que cette hyperactivité était intentionnelle et visait à perdre davantage de poids en brûlant des calories. Toutefois, une équipe de chercheurs de l'INSERM, du CNRS et de l'Université Montpellier-Nîmes a découvert un mécanisme commun expliquant le lien entre les deux comportements.

En utilisant des souris génétiquement modifiées, capables de mimer une anorexie humaine, les chercheurs ont constaté qu'elles présentaient une anomalie moléculaire dans une région du cerveau active dans la récompense.

Cette anomalie correspond à l'excès d'expression de gènes du récepteur 5-HT4 de la sérotonine, un récepteur cellulaire qui contrôle également l'hyperactivité motrice chez les souris.

« Nous avons identifié pour la première fois à notre connaissance une voie moléculaire commune impliquée dans l'anorexie et l'hyperactivité », soutient Valérie Compan, qui a dirigé les travaux.

Les personnes qui souffrent d'anorexie mentale refusent de manger. Elles sont obsédées par leur poids. Certaines se voient grosses même si elles sont parfois très maigres. L'anorexie mentale touche principalement les filles âgées de 12 à 20 ans (90 % des cas).

Les recherches ont également permis de confirmer l'existence de points communs entre l'anorexie et l'état de dépendance. « L'anorexie et la cocaïne enclenchent la même voie moléculaire, ce qui tend à confirmer que l'anorexie est une [forme de dépendance] », ajoute Mme Compan.

Les chercheurs ont également découvert que le récepteur pouvait devenir totalement inactif et entraîner « une surconsommation d'aliments », qu'on retrouve notamment dans la boulimie.

« Les perturbations affectant ce récepteur [tantôt trop actif et, donc, coupe-faim, tantôt inactif] pourraient expliquer les oscillations entre anorexie et boulimie chez certains patients », estime la chercheuse qui espère que les travaux pourront être reproduits chez l'être humain.

« En l'absence totale de médicaments pour traiter l'anorexie, ce récepteur pourrait représenter une cible thérapeutique efficace, car en l'inactivant, les patients accepteraient à nouveau de se nourrir et en l'activant, ils pourraient modérer leur consommation d'aliments », ajoute-t-elle.

Les travaux sont parus dans la revue Translational Psychiatry.