467 fois autour du Soleil plus tard...

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
Cérémonie pour Nicolas Copernic Plus de 465 ans après sa mort, une cérémonie a été tenue en Pologne pour l'enterrement de l'astronome Nicolas Copernic.   © AFP/ADAM WARZAWA

Plus de 465 ans après sa mort, les restes de l'astronome sont enterrés en Pologne lors d'une cérémonie. Pour l'Église catholique, Copernic a longtemps été un hérétique pour avoir dit que la Terre tournait autour du Soleil.

Le monde a tourné un instant autour de Nicolas Copernic, samedi. Les restes de l'auteur de la théorie héliocentrique ont été inhumés 467 ans après sa mort à la cathédrale de Frombork, une ville du nord de la Pologne.

Né en 1473, cet astronome, mathématicien, économiste et médecin a aussi été chanoine dans cette ville. Très modeste durant sa vie, il est mort avant que sa théorie ne soit publiée et reconnue.

Son oeuvre la plus célèbre, à l'origine du bouleversement scientifique du XVIIe siècle, De revolutionibus orbium caelestium (De la révolution des orbes célestes), a été publiée après sa mort. Elle a été condamnée en 1616 par le pape Paul V, chef de l'Église catholique, parce qu'il la considérait comme étant contraire aux Écritures.

En effet, Nicolas Copernic a été qualifié d'hérétique pour sa théorie de l'héliocentrisme qui établissait que la Terre tourne autour du Soleil. Remettant la théorie géocentrique de Ptolémée concernant la centralité de la Terre et de l'humanité au sein de l'Univers, Copernic a passé de nombreuses années de sa vie à travailler pendant ses temps libres sur sa théorie révolutionnaire.

Il a été enterré dans sa cathédrale en 1543 sans aucune indication. L'endroit exact de cette sépulture est longtemps resté inconnu. D'ailleurs, une centaine d'autres prêtres et laïques dont les corps anonymes restent enfuis sous le sol de ce grand édifice gothique ont connu le même sort.

Enterrement de Nicolas Copernic Plus de 465 ans après sa mort, l'astronome Nicolas Copernic a été enterré en Pologne.   © AFP/ADAM WARZAWA

Une longue saga

Dans une histoire digne d'un roman policier, des chercheurs polonais, français et allemands avaient tenté pendant deux siècles d'identifier sa tombe. Finalement, elle était située au pied de l'autel Sainte-Croix, l'un de seize adossés aux imposants piliers de la cathédrale. À l'époque, le chanoine Copernic en avait la garde.

Il y a quelques années, le crâne et des ossements d'un homme de 70 ans ont été découverts dans un entassement de squelettes. Ils ont été confiés au laboratoire de la police à Varsovie. Des reconstructions virtuelles du visage de l'homme ont fait apparaître des ressemblances étonnantes avec les portraits existants de Nicolas Copernic.

Il ne manquait que des tests d'ADN en guise de confirmation. Une large recherche généalogique ayant échoué, du matériel génétique pouvant être utilisé pour mener la comparaison a finalement été retrouvé en Suède. Dans un manuel que Copernic avait utilisé pendant sa vie et qui avait été emporté par les Suédois au cours de guerres polono-suédoises au XVIIe siècle, quelques cheveux ont été trouvés.

Les analyses effectuées dans des laboratoires spécialisés en Suède et en Pologne ont permis de confirmer en 2005 que deux des cheveux retrouvés possédaient les mêmes séquences de génome que celles d'une dent provenant du crâne retrouvé à Frombork.

Reconstitution du visage de Nicolas Copernic Reconstitution du visage de Nicolas Copernic   © AFP/KRONENBERG FOUNDATION

Les jugements erronés de l'Église

La cérémonie de samedi intervient 18 ans après la réhabilitation par le Vatican d'un autre astronome, l'Italien Galilée, qui a contribué, tout comme les Brahe, Kepler et Newton, à confirmer la théorie de Copernic. Galilée avait été persécuté par l'Inquisition pour avoir développé la révolution copernicienne. C'est le pape d'origine polonaise Jean-Paul II qui avait estimé en 1992 que l'Église catholique avait eu tort de condamner Galilée.

Avant d'être inhumés de nouveau dans la cathédrale de Frombork au cours d'une cérémonie solennelle, les restes de Nicolas Copernic ont été promenés à travers les villes et les villages de la région de Warmie. Elle est parsemée d'églises et de châteaux gothiques en brique rouge. L'humble savant l'a longtemps parcourue en sa qualité de chanoine et surtout d'administrateur ecclésiastique.

Au cours de sa vie, Copernic a aussi eu d'autres sujets de discorde avec ses supérieurs. En effet, il a souvent été réprimandé pour entretenir une maîtresse malgré son voeu de célibat et a été obligé de la quitter. Il a aussi été soupçonné d'avoir été sympathique au luthéranisme qui se propageait alors rapidement dans le nord de l'Europe.