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AFP/Alix Guigon
Le comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) de l'Agence de santé publique du Canada a annoncé qu'il recommandait la vaccination des garçons contre le virus du papillome humain (VPH).
Il soutient que les dommages causés par le virus sont importants et que le vaccin Gardasil a démontré son efficacité.
La directrice de la clinique des adolescents de l'Hôpital de Montréal pour enfants, Franziska Baltzer, a accueilli favorablement la recommandation du CCNI. « Les garçons sont extrêmement gênés. Ça leur prend beaucoup de temps pour montrer des lésions sur le pénis. Donc, une fois qu'ils vont venir, ils auront infecté je ne sais combien de filles », a-t-elle affirmé.
La spécialiste recommande par ailleurs le vaccin même si son efficacité à long terme n'est pas reconnue. Le vaccin a été testé pendant huit ans, alors que le cancer du col de l'utérus prend dix ans à se déclarer. « Avec n'importe quel vaccin, c'est comme ça. Sinon, on perdrait 20 ans, 30 ans de prévention », a-t-elle nuancé.
Dr Baltzer a expliqué à Radio-Canada.ca que les effets secondaires du vaccin contre le VPH peuvent être similaires à ceux de toute autre injection, notamment des douleurs à l'épaule et de la fièvre. Aucun effet secondaire grave relié au vaccin n'a toutefois été identifié à ce jour, précise-t-elle.
La prévention est donc utile, à son avis, autant chez les garçons que chez les filles puisque le virus peut aussi se transmettre entre individus de même sexe.
Si la campagne a d'abord été adressée aux filles, estime-t-elle, c'est que les recherches ont été effectuées dans un premier temps sur les femmes, les symptômes étant identifiés lors des suivis gynécologiques.
Opinions divergentes
Selon le Dr Marc Brison, chercheur à l'Université Laval, il pourrait s'avérer plus efficace et moins coûteux d'augmenter la vaccination des filles. « Non seulement on protège les filles contre la maladie et l'infection, mais on protège aussi les filles dans la transmission du VPH aux garçons. Donc, ça a aussi un bénéfice indirect en vaccinant les filles plutôt que les garçons », a-t-il expliqué.
Le Dr Pierre Biron, professeur de pharmacologie à la retraite, s'oppose quant à lui à toute vaccination contre le VPH. Il soutient que l'information sur le vaccin n'est pas suffisante pour prouver son efficacité et dénonce notamment la « complicité » entre les fabricants et les agences de santé.
La campagne de vaccination des filles avait d'ailleurs provoqué une controverse l'été dernier, plusieurs chercheurs et médecins doutant de son efficacité. Le Dr Marc Zaffran, du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, avait notamment jugé l'approche contraire à l'éthique et non respectueuse des citoyens. « Culpabiliser les jeunes filles en disant : "Si vous ne vous vaccinez pas, vous aurez un cancer et si vous ne voulez pas vous faire vacciner, vous êtes des imbéciles", c'est scandaleux », avait-il déclaré.
Une décision qui relève des provinces
Le comité consultatif précise toutefois qu'avant de prendre une décision, les provinces, à qui revient la décision de lancer une campagne de vaccination pour les garçons, devront examiner plusieurs facteurs, notamment le coût élevé du vaccin par rapport à son efficacité.
Au Québec, l'Institut national de santé publique étudie présentement le dossier et devra faire ses recommandations au ministre de la Santé début février.
Selon Santé Canada, le VPH fait partie des infections transmissibles sexuellement les plus répandues au pays et dans le monde. L'organisme note que « jusqu'à 75 % des femmes et des hommes sexuellement actifs auront au moins une infection au VPH durant leur vie, mais certaines personnes dotées d'un système immunitaire efficace parviendront tôt ou tard à l'éliminer. Seul un faible pourcentage des personnes infectées est susceptible de développer un cancer. »
Un article de Laila Maalouf, avec les informations de Colette Mersy et Benoît Giasson