Une interdiction qui n'a plus sa raison d'être

Un don de sang   © iStockphoto

Le fait d'interdire systématiquement les dons de sang de tous les hommes homosexuels est antiscientifique et injustifié, affirment deux pionniers de la recherche sur le sida, les Drs Mark Wainberg et Norbert Gilmore, dans un article publié dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

Refuser les dons de sang de tous les hommes homosexuels est antiscientifique et injustifié, affirment deux pionniers de la recherche sur le sida, les Drs Mark Wainberg et Norbert Gilmore, dans un article publié dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

Les différentes banques de sang refusent depuis le début des années 1980 les dons de sang des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes. Héma-Québec, par exemple, décline les dons d'hommes ayant eu même une seule relation avec un autre homme depuis 1977.

Si cette mesure était tout à fait justifiée sur les plans scientifique et éthique à l'époque, les deux chercheurs associés à l'Université McGill pensent qu'elle n'a plus sa place en 2010.

Selon le Dr Wainberg, cette interdiction a perduré en raison du grand nombre de personnes qui, au début des années 80, ont contracté le VIH lors d'une transfusion sanguine et qui exercent beaucoup de pression sur les banques de sang pour maintenir l'interdiction.

« Bien que l'on sympathise avec ces personnes, l'interdiction n'a plus sa raison d'être en 2010 et en a de moins en moins avec les années. » — Dr Mark Wainberg
Mark Wainberg Le Dr Mark Wainberg   © Université McGill

Les deux chercheurs estiment que le moment est venu d'accepter les dons des hommes homosexuels qui vivent une relation monogame à long terme stable. Ils pensent toutefois que l'interdiction doit être maintenue pour ceux qui ont de multiples partenaires sexuels et rappellent que les hétérosexuels qui ont plusieurs partenaires ne sont présentement écartés que pour une année.

Le Dr Gilmore donne l'exemple d'autres pays, comme l'Australie, qui ont déjà remplacé l'interdiction à vie par une politique plus équilibrée et réaliste et invite le Canada et les États-Unis à en faire autant.

« Avec la technologie moderne, il est presque impossible que le VIH passe par les mailles du filet, et l'interdiction totale constitue un énorme boulet pour les banques et la réserve de sang. Les pénuries de sang à répétition ne se produiraient peut-être pas si la politique était plus raisonnable. » — Dr Norbert Gilmore

Discrimination

Le Dr Wainberg note en terminant que la politique actuelle des banques de sang est discriminatoire et non justifiée par la science et qu'elle mène à la controverse.

« Il y a eu des protestations et des boycotts des collectes de sang sur les campus canadiens. Je crois donc que les banques de sang seraient mieux d'être d'accord avec nous. Honnêtement, je soupçonne que plusieurs le sont déjà, en privé. » — Dr Mark Wainberg
Sur le Dr WainbergLe chercheur dirige le programme de recherche sur le VIH de l'Institut Lady Davis de recherches médicales de l'Hôpital général juif et est un des codécouvreurs du 3TC, un des premiers médicaments reconnus efficaces contre le VIH. Il est également à la tête du Centre du sida de l'Université McGill.

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