L'Afrique du Sud a fêté cette année le dixième anniversaire
des premières élections multiraciales qui ont porté Nelson
Mandela à la tête du pays. Ces élections ont marqué la
fin officielle du régime de l'apartheid qui, pendant plus de 40 ans, a
dominé le pays. Le pays a réussi sa transition sans effusion de
sang, et, dans le monde, le mérite en est largement attribué à la
Commission vérité et réconciliation créée
en 1995. C'est ce qu'on a appelé le miracle sud-africain.
Cette expérience sans précédent est née d'un
compromis politique négocié entre le pouvoir blanc et les mouvements
noirs de libération. Les premiers voulaient une amnistie générale,
les seconds ne voulaient pas que les crimes demeurent impunis. La solution
: une amnistie individuelle accordée en échange d'aveux publics.
Pendant des années, le pays a donc entendu les souffrances des victimes et les terribles secrets des bourreaux.
Une vaste psychothérapie collective, pratiquée sans esprit
de vengeance, puisqu'on a, en quelque sorte, sacrifié la justice en échange
de la vérité et de la paix.
Mais en Afrique du Sud, le bilan de la Commission est moins rose que dans
la communauté internationale. Selon plusieurs, la vérité n'a
pas été toute révélée, et la réconciliation
reste un processus inachevé. De plus, les attentes des victimes ont été déçues
et l'on se désole de l'impunité assurée aux anciens
tenants de la ségrégation.
Au nom du bien commun, certains groupes ont-ils été sacrifiés?
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