L'opposition tempête

Si le plan vert du gouvernement de Stephen Harper est loin de susciter l'enthousiasme en Europe, il soulève une opposition de plus en plus forte au Canada.

À Ottawa, les trois partis d'opposition menacent de renverser le gouvernement minoritaire de Stephen Harper à l'automne si les objectifs du protocole de Kyoto ne sont pas respectés.

Le député libéral Pablo Rodriguez lors du vote aux Communes sur le projet de loi C-288 sur le respect de Kyoto, le 14 février 2007 Pablo Rodriguez a soumis le projet de loi C-288 en début d'année.   © PC/Fred Chartrand

Des représentants des partis d'opposition réunis à Montréal ont même menacé, mardi, de renverser le gouvernement conservateur minoritaire cet automne s'il ne respecte pas les engagements du Canada en vertu du protocole de Kyoto.

Le Parti libéral, le Bloc québécois, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert reprochent aux conservateurs de faire obstruction au projet de loi C-288 sur le respect des objectifs de Kyoto au Sénat, ce qui retarde son adoption. Le projet de loi exige des mesures rapides et efficaces pour réduire les gaz à effet de serre et faire en sorte que le Canada aide à lutter contre les changements climatiques dans le monde.

Extrait du projet de loi C-2885. (1) Dans les soixante jours suivant l'entrée en vigueur de la présente loi et au plus tard le 31 mai de chaque année subséquente jusqu'en 2013, le ministre établit un Plan sur les changements climatiques (...)

Consultez le texte intégral du projet de loi

L'instigateur du projet de loi, le député libéral Pablo Rodriguez, affirme que Stephen Harper revient ainsi sur une de ses anciennes promesses. « Il fait ce qu'il avait promis de ne jamais faire. Il utilise sa minorité au Sénat afin de contrer la volonté d'une majorité d'élus dans la Chambre des communes. En d'autres mots, faites ce que je dis, pas ce que je fais », a lancé M. Rodriguez.

Bernard Bigras Le porte-parole du Bloc québécois en matière d'environnement, Bernard Bigras (archives)

Le député bloquiste Bernard Bigras a précisé qu'un éventuel vote pour défaire le gouvernement Harper ne pourrait avoir lieu avant l'automne. En effet, le gouvernement disposerait de 60 jours pour se conformer à la loi C-288, après son éventuelle adoption. « S'il ne le fait pas, il est clair que les parlementaires devront prendre leurs responsabilités », a déclaré M. Bigras.

Au nombre des groupes environnementalistes présents à la conférence de presse, le regroupement Québec Vert Kyoto a demandé la démission du ministre fédéral de l'Environnement, John Baird. Le porte-parole du groupe, Daniel Breton, s'interroge sur la compétence et la volonté du ministre Baird de lutter contre les changements climatiques.

L'ancien ministre québécois de l'Environnement et futur candidat du NPD, Thomas Mulcair, a pour sa part demandé aux conservateurs « d'arrêter d'être une honte internationale. »

Notons que la papetière Cascades, qui a souvent plaidé en faveur de la mise sur pied d'une bourse du carbone au Canada, était aussi présente à la conférence de presse.

Le Parlement prorogé?

David Suzuki David Suzuki (archives)

Par ailleurs, trois acteurs majeurs canadiens des causes sociales et environnementales s'inquiètent des intentions du premier ministre quant à la présente session parlementaire.

L'environnementaliste David Suzuki, le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Phil Fontaine et le PDG du Conseil canadien pour la coopération internationale, Gerry Barr, craignent que Stephen Harper proroge le Parlement et reporte ainsi ses activités à une date ultérieure.

Cela aurait pour effet d'empêcher trois projets de loi présentement à l'étude de recevoir la sanction royale. Le C-288 est au nombre de ces projets de loi, tout comme le C-292, pour la mise en oeuvre des accords de Kelowna pour aider les communautés autochtones, et le C-204 sur l'obligation, pour le gouvernement, de rendre des comptes sur son aide internationale.

MM. Suzuki, Fontaine et Barr affirment qu'ils se font la voix de la majorité des Canadiens, qui souhaitent que ces projets de loi soient adoptés, selon eux.