Les Tamouls disent fuir la violence et la persécution

  |  Radio-Canada avec CBC, National Post, La Presse Canadienne et Globe and Mail
Des demandeurs d'asile tamouls quittent le Sun Sea, vendredi, sous le regard d'agents de la GRC. Des demandeurs d'asile tamouls quittent le Sun Sea, vendredi, sous le regard d'agents de la GRC.   © PC/Jonathan Hayward

Tandis que les autorités commencent à entendre les Tamouls qui demandent l'asile, ceux-ci nient être des terroristes dans des lettres adressées à la population. Selon Ottawa, les propriétaires du cargo font partie d'une organisation criminelle.

Les 492 migrants tamouls arrivés à bord du navire MV Sun Sea vendredi se présentent comme des civils qui ont fui les assassinats de masse au Sri Lanka et assurent qu'ils ne sont pas des terroristes. Ils ont tous demandé l'asile politique après leur arrivée à la base navale d'Esquimalt, en Colombie-Britannique, vendredi.

Dans deux lettres transmises lundi par le Congrès canadien tamoul aux médias, ils plaident leur cause auprès du gouvernement, de la population et des médias canadiens.

Le Congrès a affirmé que les deux documents avaient été écrits au nom des migrants par deux journalistes qui figuraient parmi les passagers. Dans la première lettre, ils expriment leur gratitude aux Canadiens pour leur avoir fourni de l'eau et de la nourriture à leur arrivée.

Ils font valoir que si gouvernement sri-lankais affirme que le conflit ethnique est terminé au pays, ni la Loi relative à la prévention du terrorisme (qui autorise la détention arbitraire des civils) ni la Loi sur les mesures d'urgence n'ont cependant été abolies.

« Des Tamouls innocents sont toujours détenus. Des civils déplacés n'ont pas pu regagner leurs domiciles. En lieu et place, il y a de nombreux cas de disparition, d'assassinats de masse et d'extorsion. Le gouvernement sri-lankais diffuse de la propagande dans la communauté internationale pour ses gains personnels », peut-on lire.

« Nous demandons à la population et au gouvernement canadiens d'avoir confiance en nous, de croire que nous sommes des civils innocents qui ont été affectés par le conflit. Nous ne sommes pas des terroristes. Nous voulons également vous faire savoir que nous respecterons les lois de ce pays. » — Extrait d'une des lettres

La deuxième lettre fait état de « grandes souffrances » endurées au cours d'un voyage de « presque quatre mois », évoquant au passage les conditions difficiles en matière d'accès à l'eau, à la nourriture et aux médicaments, d'espace pour dormir et de douleur. « Nous sommes venus dans ce pays merveilleux qu'est le Canada afin de protéger nous-mêmes et nos familles contre les meurtres, les disparitions et la violence qui existe encore dans notre pays natal », écrivent-ils.

Le Sri Lanka vient à peine d'émerger d'un guerre civile longue de 27 ans, opposant l'État aux Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE). Ces derniers ont été défaits militairement par l'armée sri-lankaise au printemps 2009.

La plupart des observateurs croient que le conflit se poursuivra cependant, probablement par des attentats en territoire sri-lankais.

Les Tigres tamouls sont considérés comme des terroristes par les autorités canadiennes.

Selon Amnistie internationale, les conditions de vie des Tamouls demeurent extrêmement précaires et la répression gouvernementale se poursuit.

Début des audiences

À Vancouver, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) a commencé à entendre un premier cas, celui d'une femme adulte, pour lequel aucune précision n'a été donnée. Les audiences devraient durer au minimum 45 minutes pour chacun des demandeurs.

Évoquant une situation « sans précédent » au cours d'une entrevue au Globe and Mail, la CISR admet que le traitement d'autant de dossiers représente un défi considérable. Il semble acquis que la CISR ne pourra pas entendre chacun d'eux dans les 48 heures suivant leur incarcération, comme le requiert la loi canadienne.

Au moins 50 femmes et autant d'enfants sont au nombre des demandeurs d'asile, et leurs dossiers seront traités en priorité.

Les audiences doivent notamment permettre d'attester l'identité des demandeurs d'asile et d'établir qu'ils ne risquent pas de prendre la fuite. Les autorités doivent aussi s'assurer qu'aucun d'entre eux ne présente de risque pour la population canadienne, notamment parce qu'on soupçonne que certains pourraient avoir des liens avec les Tigres tamouls.

Si ces conditions ne sont pas remplies de façon satisfaisante, le ministre de la Sécurité publique peut demander que les demandeurs soient gardés en détention indéfiniment, le temps que soient clarifiés les dossiers. Ce processus peut durer plusieurs mois.

Des individus dont les liens avec les Tigres tamouls seraient prouvés se verraient normalement refuser le statut de réfugié par la CISR et seraient déportés. Le Canada n'expulse cependant pas des individus vers des pays où ils encourent le risque d'être torturés. Le cas échéant, ils sont détenus en vertu d'un certificat de sécurité.

Tous les demandeurs de statut de réfugié sont actuellement détenus dans des prisons du sud de la Colombie-Britannique, à l'exception de quelques-uns qui sont traités dans un hôpital de Victoria. Sur les quelque 500 demandeurs d'asile, une trentaine de personnes ont été hospitalisées pour des cas de diarrhée et de déshydratation, mais la plupart ont maintenant reçu leur congé. Une personne est morte lors du voyage.

L'affaire non classée du MV Ocean LadyLe MV Ocean Lady, qui transportait 76 migrants tamouls, a accosté au large de l'île de Vancouver dans des circonstances similaires, en octobre 2009. Plusieurs de ses passagers ont été détenus pendant de longs mois, de crainte qu'ils n'appartiennent aux LTTE. Ultimement, ils ont tous été libérés en attendant le traitement de leur demande de statut de réfugié, sans que rien n'ait été retenu contre eux.

Par ailleurs, aucune accusation n'a encore été portée contre les chefs de l'opération pour trafic de migrants. La Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui poursuit toutefois son investigation, se dit au centre d'une « enquête internationale complexe ».

Selon un porte-parole du service policier, Michael McLaughlin, il y a une possibilité assez évidente de trafic de migrants, et peut-être de commerce de personnes de même que plusieurs autres possibles infractions. Il est cependant trop tôt pour diffuser des informations à ce sujet, a-t-il dit. Les enquêtes sont complexes et prendront du temps, notamment parce qu'elles devront en partie être menées à l'extérieur des frontières du Canada.

Une organisation criminelle, affirme Toews

Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Vic Toews Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Vic Toews

En point de presse, lundi, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a affirmé que les propriétaires du MV Sun Sea faisaient partie d'une organisation criminelle et qu'ils avaient toujours eu l'intention de se rendre au Canada.

M. Toews a ajouté que le cargo avait subi des rénovations pour lui permettre d'accueillir encore plus de passagers et de maximiser les profits. Selon lui, chaque passager pourrait avoir déboursé entre 40 000 $ et 50 000 $ pour le voyage

Le ministre Toews a ajouté que le gouvernement envisageait l'adoption de nouvelles lois pour encadrer l'industrie du transport maritime. Il a rappelé que lorsque des personnes dont les papiers ne sont pas en ordre arrivent par la voie des airs, ce sont les transporteurs aériens qui en ont la responsabilité.

« Je veux m'assurer que nous fassions les choses d'une façon humaine, tout en étant fermes avec ceux qui profitent du trafic d'êtres humains. » — Vic Toews, ministre canadien de la Sécurité publique

Le ministre Toews se demande en outre si ces sommes ont été acquittées par des Tamouls résidant au Canada. Le Canada abrite environ 250 000 Tamouls, qui vivent en grande majorité dans la grande région de Toronto.

Cela pourrait contrevenir à la loi canadienne, qui interdit de donner de l'argent à une organisation terroriste ou de participer à une opération de trafic d'êtres humains. La GRC confirme qu'elle étudie la piste du trafic.