![]() À San José, dans le centre du Chili, une opération de grande envergure est organisée pour sauver 33 mineurs prisonniers de la terre. Ces hommes sont bloqués depuis le 5 août à 700 mètres de profondeur à la suite d'un éboulement dans la mine d'or et de cuivre. Michel Labrecque et Jean-Michel Leprince se sont rendus au Chili. Au Chili, le drame des 33 mineurs coincés dans la mine San José a permis aux Chiliens et au reste du monde de découvrir une industrie minière à deux vitesses. À l’image du reste du pays.
À côté de grandes mines gérées par des entreprises de classe mondiale, il y a une industrie minière qui évoque davantage le 19e siècle. Crédit photo : Michel Labrecque et Rodrigo GomezNous voici sur un des sommets poussiéreux des montagnes de l’Atacama. Nous sommes au royaume des pirquineros, de petits mineurs artisanaux, qui travaillent dans des conditions rudimentaires. Crédit photo : Michel Labrecque et Rodrigo GomezEn voici un qui s’apprête à descendre à 100 mètres de profondeur dans un conduit étroit. Pour toute protection, ils ont un casque et parfois des gants. Pour tout outil de travail, un marteau, parfois une perceuse. Certains travaillent même à mains nues, y compris lorsqu’ils manipulent de la dynamite. Crédit photo : Michel Labrecque et Rodrigo GomezIls recueillent l’or ou le cuivre en petite quantité, louant des mines dont le rendement n’est pas assez important pour les grandes entreprises. Ils sont malgré tout des milliers à tenter de vivre, voire survivre, de la richesse du sous-sol chilien. Crédit photo : Rodrigo GomezIls vont porter leur modeste butin dans des usines de transformation comme celle-ci, tout aussi vétuste que la mine. Me voici en train de prendre du son dans la poussière pour un reportage radio diffusé à Désautels. Crédit photo : Michel Labrecque et Rodrigo GomezVoici avec quels équipements les ouvriers travaillent. Pour les mesures de sécurité, on repassera. Selon un responsable, les équipements datent de plus d’un siècle. Quant aux règles de sécurité, elles existent, mais les inspecteurs ne se présentent jamais. Ajoutez-y la présence de chiens et le décor, tout cela confère à ce genre d’endroit un aspect surréel. Crédit photo : Michel Labrecque et Rodrigo GomezBien sûr, tous les mineurs chiliens ne travaillent pas dans ce Moyen-Âge. Mais l’accident de la mine San José a mis en lumière le laxisme des organismes de surveillance et la nécessité de mettre à niveau ce tiers-monde de l’industrie minière du pays. Le gouvernement promet d’agir et d’aider ces petits mineurs à investir dans plus de sécurité et de professionnalisme. Les pirquineros sont coincés entre l’arbre et l’écorce. Ils craignent de perdre leur modeste gagne-pain, puisqu’on risque de leur imposer des changements pour lesquels ils n’ont pas les moyens de payer. Ils reconnaissent toutefois qu’ils font un métier précaire et dangereux. Qu’on ne peut pas éternellement continuer de travailler comme il y a 150 ans. Mais ils pourraient bien faire les frais de la transition… si le gouvernement passe de la parole aux actes. Reportage sur les conditions de travail dans les mines chiliennes, diffusé à Désautels le 13 septembre 2010 Deuxième volet du reportage, diffusé à Désautels le 14 septembre Michel Labrecque ![]() La terrifiante histoire des 33 mineurs et de leur survie miraculeuse attire les médias du monde entier, en plus des médias chiliens qui sont sur le coup depuis le début. Voici donc la partie du campement de la mine San José qu'on ne vous montre jamais à la télé :
Les grands médias se sont installés dans des roulottes, alors que d'autres journalistes en sont réduits à coucher dans une tente par -5 degrés Celsius. Votre humble serviteur a choisi de dormir dans un hôtel dans la ville de Copiapo, à 40 kilomètres. Nous avons accès à une table dans une tente avec des prises d'ordinateurs. C'est parfois la cohue entre nous, puisque chaque jour, de nouveaux journalistes étrangers débarquent. J'ai du m'installer près des provisions de fruits qu'on sert aux familles (et que nous pouvons aussi déguster…) pour préparer mes directs au téléphone. Pardonnez l'absence de sourire, je crois que j'étais simplement fatigué… Souvent, il faut attendre longtemps pour obtenir des informations nouvelles. Puis, tout à coup, un officiel débarque sur le site et nous nous ruons tous sur lui. Ici, c'est le Dr Jorge Diaz, médecin-chef des opérations de secours, qui nous informe que les 33 mineurs auront droit à leur premier repas chaud (ils en sont maintenant à deux par jour). Ironie de la situation : en semaine, il y a maintenant sur place davantage de journalistes que de familles. Celles-ci doivent raconter à répétition leur histoire. Évidemment, cela crée une distorsion importante. En même temps, les proches des mineurs nous disent qu'il est important que la presse soit présente… pour maintenir la pression sur le gouvernement. Au total, l'ambiance sur le site est sympathique et les médias s'aident mutuellement. Il faut juste affronter le froid du matin et du soir! Le tour du campement (à Désautels le 2 septembre) Michel Labrecque Nous sommes ici au pays des mines… et des mineurs. Ceux de la mine San José qui ont eu la chance d'échapper à l'effondrement viennent souvent appuyer leurs camarades.
Voici Daniel Espinoza, 36 ans. Il était plus haut lorsque tout s'est effondré. Il a tenté de sauver ses camarades, mais en vain. Comme beaucoup, Daniel est venu travailler à la mine San José parce qu'elle offrait des salaires relativement bons. En contrepartie, tout le monde ici savait que les normes de sécurité étaient rudimentaires. La mine a été fermée par les autorités en 2007, mais a pu rouvrir un an plus tard sans que des correctifs aient été apportés. Laxisme des organismes de surveillance, admet-on aujourd'hui. Voici quelques autres photos de ces hommes endurcis. Au Chili, les conditions de travail dans les mines varient énormément. Dans les grandes mines (parfois chiliennes, mais aussi exploitées par des multinationales, entre autres canadiennes), les conditions de travail s'approchent de celles des pays développés. Mais beaucoup d'autres mines bafouent les règles de sécurité. Nous en parlerons bientôt dans un reportage à Désautels. Le paradoxe, c'est peut-être que la résilience qu'ont développée tous les mineurs va permettre aux 33 qui sont prisonniers de la roche de tenir le coup pendant trois mois et de s'en sortir. Le ministre chilien de la Santé, Jaime Manalich, l'a dit : « Les mineurs chiliens sont solides comme le roc. » Était-il pour autant nécessaire qu'un tel drame se produise pour l'illustrer? Reportage sur les confrères des mineurs prisonniers diffusé au radiojournal de 17 h le 31 août Michel Labrecque Les dernières entrées
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