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2 jun

Quand la science sert la mémoire



Malgré l'heure toujours un peu trop hâtive pour moi à laquelle nous partons pour enrichir le reportage, je ressens à tout coup une certaine impatience à partir.

Aujourd'hui, nous avons rencontré Luis Ríos, médecin légiste spécialisé dans la reconstitution d'ossements et dans la détermination de l'âge de ceux-ci. Nous avons rendez-vous avec lui à l'Université Autónoma de Madrid, au pavillon de biologie.

Du travail bénévole

Déjà, nous devons nous rendre dans une pièce froide éclairée par des néons aveuglants. C'est le bureau de Ríos, débordant de boîtes des restes de divers villageois qui ont été identifiés.

Dans le bureau de Luis Rìos


Il nous entraîne ensuite dans le sous-sol de l'université, dans une salle de classe vacante, où lui et deux autres collègues identifient bénévolement les ossements. Ils reconstituent les squelettes pour identifier les corps. Jamais entièrement, puisque c'est avec un test d'ADN que cela se conclut.

Par contre, il peut déterminer la manière dont ont été tués les gens trouvés dans la fosse commune. Par exemple, les cas sur lesquels il travaille en ce moment présentent diverses fractures, ce qui laisse supposer une mort violente.

Luis Ríos déplore le manque de volonté du gouvernement dans cette affaire. Il déplore aussi que ce soit entièrement aux familles que revienne le poids de trouver des gens qui sont prêts à identifier les corps. Il nous explique que ce ne sont pas toutes les universités qui acceptent qu'un tel travail se fasse entre leurs murs, et que de toute manière, des installations particulières devraient être fournies par l'État. « Ce n'est pas normal que nous soyons trois, tout au plus six, bénévoles ici, et que nous devions travailler dans une salle de classe vacante. »

En effet, dès qu'elle sera sollicitée pour une prochaine session, ils devront tout déménager, malgré la fragilité du travail qu'ils effectuent.

La reconstitution, dans une simple salle de classe!


Ríos nous raconte qu'il y a eu dans la famille de sa grand-mère un évêque qui était persécuté par les républicains. Mais puisqu'il y avait aussi un oncle dans les forces armées républicaines, la famille de Ríos a été laissée tranquille.

Or, durant la dictature, cet oncle militaire a dû fuir jusqu'en France puis en Argentine. Donc, les deux « camps » se trouvaient dans la même famille. Ríos nous explique qu'il croit en l'importance non seulement morale, mais politique, de ressortir le thème de la mémoire historique.

Et c'est avec beaucoup de courage qu'il s'attaque à cette tâche. Un jour à la fois. Bien que selon plusieurs estimations, dont celle de Ríos, il reste encore quelque 100 000 corps à exhumer...

Je crois que ce qui m'a le plus marquée est le fait qu'à cause de cette absence de volonté politique, selon Ríos, il arrive que des gens décèdent en attendant qu'il identifie un corps, car il n'a pas les ressources ni le temps pour le faire dans un délai respectable. Et cela créer un double deuil, à mon avis.

Quelques discussions

Après une journée spéciale, nous prenons un vol vers Málaga, dans le sud de l'Espagne. Georges Amar me parle de la richesse de son métier, qui est de ne pas être touriste, malgré les circonstances.

C'est vrai que mon réflexe est encore de vérifier quel musée est présent dans Madrid, quel lieu il ne faut surtout pas manquer. Or, c'est au-delà de ça. Rencontrer un homme qui consacre une partie de sa vie, sans fonds ni appui de l'État, à un idéal, c'est plus que ce que je n'aurais jamais pu voir à Madrid. Ou même ce village, Fontanosas, où jamais je n'aurais mis les pieds autrement que pour ce reportage, me fait remarquer Georges.

C'est un accès privilégié dans le coeur d'une partie d'un pays. Avec, en toile de fond, l'idée encore plus grande, à mon avis, de le partager avec les autres.

Je demande aussi à Jean-Michel Leprince ce qui fait un bon journaliste, selon lui. Il me répond d'abord la curiosité, puis la capacité d'aborder une situation avec le moins de préjugés possible, pour ensuite relater une histoire le plus fidèlement. Avec la difficulté de synthétiser le tout sans perdre de vue l'essentiel.

Jean-Michel en entrevue avec María Dolores de Cospedal, secrétaire générale du Parti populaire (parti de droite)
Jean-Michel en entrevue avec María Dolores de Cospedal, secrétaire générale du Parti populaire (parti de droite)


D'être avec des gens qui sont dans le métier depuis si longtemps avec encore une aussi grande passion me passionne à mon tour.

Demain, nous traiterons davantage de la crise économique dans certains coins de l'Andalousie, là où précisément nous nous trouvons.
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