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Patrick Grandjean - Indonésie

Suivez-moi à Java, Bali et Sumatra, ces îles du plus grand archipel du monde, l'Indonésie, où je retourne préparer une série de reportages, grâce à une bourse de la FPJQ.
Comment le pays musulman le plus populeux au monde, un kaléidoscope de 13 677 îles unies dans la diversité, parvient à « accommoder » ses minorités religieuses? Et maintenant, comment la crise touche les Indonésiens? Vous pourrez en avoir une idée et découvrir d'autres aspects de ce pays, grâce à ce carnet.

*Les photos et les clips vidéo et audio présentés sur ce carnet sont tous réalisés par Patrick Grandjean sur place, en Indonésie.

Qui est Patrick Grandjean

8 JUN

Une réussite balinaise



Lorsque je me rends à Ubud, le centre artistique et culturel de Bali, il est pour moi inévitable de rendre visite à Ketut Krinting et à sa femme, Wayan. Il y a 25 ans que je les fréquente, et l'histoire de leur réussite illustre tout à fait la façon dont cette région touristique s'est transformée au fil des ans.

Lorsque je les ai rencontrés, Ketut était riziculteur. Et le soir, assis dans sa petite maison de la Monkey Forest Road, à Ubud, il peignait des toiles traditionnelles.

J'aimais sa façon de dessiner et je lui avais acheté une esquisse. Mais il ne m'avait pas compris: « Ce n'est pas terminé! », m'avait-il expliqué avec étonnement.

Wayan, elle, tenait un petit kiosque où elle servait des en-cas et des boissons aux agriculteurs. Le couple avait aussi deux chambres à louer pour les visiteurs, comme moi.

Wayan Krinting

En face de chez eux, il n'y avait que des rizières, des canards et des grenouilles, très bruyantes la nuit. Mais aujourd'hui, les rizières, et les grenouilles, se font rares.

Aujourd'hui, sur des kilomètres, la Monkey Forest Road s'est transformée en une enfilade presque ininterrompue de boutiques, de restaurants, de commerces, de bungalows et d'hôtels.

Les rizières asséchées par le tourisme

« Les rizières ne donnaient qu'un riz médiocre et personne, à l'époque, ne les aurait achetées bien cher, se rappelle Ketut. Ma femme et moi n'avions que cela... Et encore, son père a bien failli les perdre au jeu! »

Ketut a vite compris que le tourisme rapportait davantage que ses champs. En 1984, il a ouvert sa première petite auberge, à Peliatan. Les chambres étaient aménagées dans des greniers à riz, construits en paille et sur pilotis.

L'électricité n'est arrivée que plus tard, avec la construction de petits bungalows. Ensuite, tout a été détruit pour faire place à une boutique et à un spa. Ketut a donc asséché d'autres rizières, une centaine de mètres plus bas, pour y faire construire 5 nouveaux bungalows.

Petit à petit, le couple a transformé sa maison en restaurant, l'un des premiers de qualité internationale à Ubud, et le petit kiosque en bambou de Wayan est devenu un bâtiment en dur, avec quelques bancs.

Les rizières situées à l'arrière du restaurant ont été transformées en un beau jardin où on a disposé des tables, et installé plusieurs pavillons ouverts.

Des bungalows à Bali

Ketut et Wayan ont bénéficié de l'aide d'un Allemand, Klaus. « Je me suis occupé de la construction, mais nous n'avions plus d'argent pour les fourneaux, la vaisselle, etc. Il n'a pas voulu être remboursé, c'était un ami. Il nous a aussi appris le métier, il était très exigeant! », raconte Ketut.

Une photo de Klaus au Café Wayan, ouvert en 1986, témoigne de leur gratitude envers cet homme.

Autodidactes et entrepreneurs

Wayan, qui était déjà chef, a dû apprendre à faire du bon pain, pour plaire à sa clientèle. À l'écouter, c'était toute une aventure! Il lui a fallu découvrir et arracher le secret de la boulangerie où elle s'approvisionnait, à Kuta.

Elle a ensuite dû trouver la bonne technique... et ce n'est qu'après bien des essais et des erreurs qu'elle a réussi à faire lever la pâte! Wayan a enfin pu ouvrir une boulangerie attenante à son restaurant.

Au fil des ans, Ketut a conçu et fait construire des bungalows balinais de luxe, trois petites auberges situées en pleine nature, et un restaurant, le Laka Leke, à Nyuh kuning, dans les environs d'Ubud.

« Je ne suis pas architecte, les travailleurs suivaient mes instructions, sans aucun plan. Je leur disais quoi faire en fonction de la nature, des arbres et de la vue », dit-il. Il a, aussi, bénéficié de l'aide et des conseils de trois autres touristes devenus des amis, un Australien et un couple de Français.

Ketut Krinting

L'entreprise familiale de Ketut et Wayan emploie maintenant plus de 150 personnes. La moitié d'entre eux viennent de la famille élargie. « On vient me voir, matin et soir, pour solliciter un emploi. Je ne suis jamais tranquille! », raconte Ketut.

Il a aussi fait construire une autre auberge balinaise, à Gili Trawanga, un des îlots enchanteurs de la côte de Lombok, l'île voisine de Bali. C'est une de ses filles qui s'en occupe.

« Je crois que j'ai eu de la chance, explique Ketut. J'ai investi dans des terrains, car je ne faisais pas confiance aux banques, et aujourd'hui, ils valent bien plus cher. »

Devenir prêtre

Ketut est resté un homme simple et attaché à la terre, à la nature. Mais avec la richesse, il a aussi gagné les soucis d'un homme d'affaires. « La compétition est plus importante qu'avant, observe-t-il. Et je dois m'occuper moi-même des rénovations, des achats. Je suis très fier de ce que j'ai accompli, mais j'aimerais aussi avoir le temps de peindre ».

À bientôt 60 ans, Ketut aurait souhaité ralentir le rythme de son travail, et se reposer. Mais il m'explique qu'il doit se remettre à apprendre, ce qui lui pose tout un défi. « Je dois devenir prêtre [hindou]! », m'avoue-t-il.

Depuis notre dernière rencontre, il y a 4 ans, sa femme Wayan souffre de maux de tête que les médecins n'ont pas su diagnostiquer et soigner. Les guérisseurs balinais consultés par la suite ont émis le même avis: que Ketut devienne l'assistant du prêtre, et qu'il officie aux cérémonies du temple familial.

« C'est ainsi que Wayan sera guérie, affirme Ketut. Cela fait six mois que je m'y suis mis, mais je n'ai pas beaucoup de temps et c'est très difficile, à mon âge. Il y a 130 mantras à apprendre et à retenir. Je dois faire tinter la cloche en même temps, selon un rythme donné, c'est vraiment dur. »

Et est-ce que cela marche? Wayan va-t-elle mieux depuis six mois? « Pas vraiment, répond l'ami Ketut, un peu découragé. Je me donne encore six mois avant de décider quoi faire. »

Wayan ne devrait-elle pas s'arrêter et se reposer un peu, dans l'intérêt de sa santé? « Non, répond-elle. Je ne me vois pas ne rien faire à la maison toute la journée. J'aime ce que je fais: faire les courses, gérer mon restaurant... ».

Le Café Wayan
Catégorie : International
Commentaires
26 juin 2009 - 00:37
Belle histoire même si un peu triste à la fin, j'espère qu'elle va se rétablir et pouvoir continuer à entretenir leur petit coin de paradis.
Envoyé par Mathieu Busselot, Sherbrooke
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