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Patrick Grandjean - Indonésie

Suivez-moi à Java, Bali et Sumatra, ces îles du plus grand archipel du monde, l'Indonésie, où je retourne préparer une série de reportages, grâce à une bourse de la FPJQ.
Comment le pays musulman le plus populeux au monde, un kaléidoscope de 13 677 îles unies dans la diversité, parvient à « accommoder » ses minorités religieuses? Et maintenant, comment la crise touche les Indonésiens? Vous pourrez en avoir une idée et découvrir d'autres aspects de ce pays, grâce à ce carnet.

*Les photos et les clips vidéo et audio présentés sur ce carnet sont tous réalisés par Patrick Grandjean sur place, en Indonésie.

Qui est Patrick Grandjean



J'allais faire des repéragee sur les lieux de l'ancienne prison de Banda Aceh, détruite par le tsunami. C'est le lieu d'une histoire assez incroyable que je raconterai prochainement. En me promenant dans les allées de ce qui est devenu un marché, je suis tombé sur des oubliés de ce vaste effort humanitaire mené en Aceh. C’est d’eux que je vous parle aujourd’hui.

Mat Syah, le fruitier

Mat Syah vend des fruits dans ce marché. « Avant le tsunami, dit-il, je vivais dans un village du nord d'Aceh. La maison que je louais a été détruite. Et mon fils qui vivait à Banda Aceh a été tué. »

« Je n'avais plus rien, et le chef de mon village ne m'a pas mis sur la liste des villageois à aider, parce que je n'étais pas un de ses proches. Alors, je suis venu ici pour gagner ma vie. J'ai demandé de l'aide aux autorités à Banda Aceh, mais, comme je suis arrivé après le tsunami, je n'ai eu droit à rien. »

Mat Syah et sa femme
Depuis, il vit avec sa femme dans un petit kiosque fermé de 6 mètres carrés. Un simple kiosque posé sur une natte, sans eau ni toilette, à quelques mètres de son étal de fruits.

Mat Syah accepte cela sans se plaindre. « Je m'en remets à Dieu et le remercie d'être encore en vie. »

Safwan, le nettoyeur

Safwan est un préposé au nettoyage du Kampung Jawa. Il a entendu le témoignage de Mat Syah et tient à me donner le sien.

Safwan et un enfant« C'est toujours la même chose, c'est la corruption, dit-il. Si tu n'as pas d'argent à donner aux responsables, tu ne reçois rien. »

« Je le vois dans mon quartier: des gens qui n'ont pas été touchés par le tsunami ont été mis sur la liste des bénéficiaires. Ils ont maintenant une maison. »

Difficile de mesurer l'ampleur de ce phénomène, mais tant l'ONU que les ONG internationales que j'ai interrogées affirment qu'elles savaient que la corruption était répandue en Indonésie et qu'elles s'y sont attaquées avant d'entreprendre quoi que ce soit, en collaboration avec le gouvernement de Jakarta.

La Croix-Rouge canadienne, par exemple, a vérifié et contre-vérifié les listes des bénéficiaires dans les communautés où elle est intervenue.

Ridwan Malik, ex-pêcheur et futur chef mafieux

Et puis il y a tous ceux qui n'avaient pas d'assurance pour leurs commerces ou leurs bateaux de pêche. Certains avaient les moyens de rebondir, les autres pas. Parmi ceux qui n'ont pas reçu d'aide afin de retrouver un gagne-pain, il y a Ridwan Malik.

Ce pêcheur de Lambaroskep à Banda Aceh avait été interrogé par une équipe de Radio-Canada dans les jours qui ont suivi la tragédie. Ce survivant a tout perdu dans le tsunami: sa femme, ses enfants, sa maison et son bateau.

Je suis allé chez lui, mais il a quitté Banda Aceh il y a deux mois. Sans doute pour toujours.

Nous nous sommes parlé au téléphone et nous avons échangé des courriels. Ridwan était alors entre l'île indonésienne de Batam, juste en face de Singapour, et la Thaïlande, où il a pu se rendre grâce à des amis thaïs. « Sans eux, ma vie serait très difficile », explique-t-il.

« Après le tsunami, j'ai vécu grâce à la charité. Je ne trouvais pas de travail, racone-t-il. En 2007, j'ai voulu créer une ONG, Aceh Community Service, mais je n'ai pas obtenu le permis voulu. » Ridwan m'a envoyé les documents et il a fait plusieurs fois appel à mon aide. « Je voudrais immigrer au Canada, je ne veux plus rien savoir de Banda Aceh », ajoute-t-il.

Celui qui se surnomme « Capitaine Malik » a eu une maison neuve, au même emplacement que la précédente.

Une résidence toute simple, sans cloison permanente. Il l'a vendue récemment à son frère.

« Je n'ai pas refait ma vie. Je n'ai rien ici: j'ai décidé de partir », raconte-t-il. Que va-t-il faire en Thaïlande? « Je veux devenir un chef de la mafia », me confirme-t-il.

Le tsunami a pris la famille et la raison d'être de ce pêcheur. Le voilà maintenant désabusé et voguant sur un autre bateau, celui de l'illégalité et du crime.


Dans les archives de Radio-Canada.ca:

Maison de Mat Syah

Deux semaines après le tsunami, Sophie Langlois rencontrait Ridwan Malik. Regardez ce reportage, diffusé le 12 janvier 2005 au Téléjournal, sur les archives de Radio-Canada.ca.

Photo: Radio-Canada.ca




Maison de Mat Syah
Trois mois après la tragédie, Sophie Langlois retournait dans ce village afin de retrouver Ridwan Malik. Regardez ce reportage, diffusé le 29 mars 2005 au Téléjournal, sur les archives de Radio-Canada.ca.

Photo: Radio-Canada.ca



Catégorie : International


Deux catholiques devant une église en AcehVoilà une bonne journée pour aborder l'autre sujet pour lequel j'ai entrepris ce voyage: les accommodements raisonnables à l'indonésienne.

La République d'Indonésie, qui est une démocratie parlementaire, compte environ 88 % de musulmans, 5 % de protestants, 3 % de catholiques, 2 % d'hindous, et 1% de bouddhistes.

Chaque année, la population bénéficie de 13 jours fériés religieux. Neuf d'entre eux sont liés à des célébrations musulmanes, et le reste se répartit à parts égales entre chacune des autres grandes religions reconnues par la Constitution de ce pays séculier.

Le 9 mai, les Indonésiens ont, par exemple, profité d'une journée de repos payée pour fêter Bouddha. Et aujourd'hui, c'est grâce à la fête de l'Ascension qu'ils disposent d'une nouvelle journée de congé.

En Aceh, la région dans laquelle je me trouve, 98 % de la population est musulmane. En Aceh, comme partout ailleurs dans le pays, c'est donc un jour de repos.

J'en ai profité pour me rendre au Sacré-Coeur, la seule église catholique de Banda Aceh. L'église, reconstruite après le tsunami grâce au Secours catholique, était pleine: la plupart des 250 paroissiens survivants de la catastrophe y étaient réunis.


Écoutez un extrait de la messe célébrée pour l'Ascension, à l'église catholique de Banda Aceh.


À de rares exceptions, ils ne sont pas d'origine acehnaise, mais chinoise, sumatranaise, javanaise... Et ces catholiques pratiquants ne se sentent pas du tout ostracisés en Aceh.

La foule, à la sortie de la messe« Tout va bien, comme d'habitude. Nos rapports sont bons avec les musulmans, c'est le respect mutuel, tout se passe bien », m'expliquent Malau et Pandiangan, un couple arrivé de Medan il y a plus de 30 ans.

« Le seul problème que nous avons en tant que catholiques, précisent-ils, c'est qu'il est difficile d'obtenir l'autorisation d'ouvrir une nouvelle église. »

La législation de la région prévoit en effet qu'un pourcentage minimal de résidents d'un quartier ou d'un village doit donner son accord avant l'ouverture de tout nouveau lieu de culte. Il en a été décidé ainsi pour éviter des affrontements violents entre communautés religieuses.

La règle s'applique à tous. Les musulmans, par exemple, doivent demander une autorisation pour ouvrir des mosquées là où ils sont minoritaires. C'est le cas dans l'île hindouiste de Bali, où je me rendrai à la fin de ce voyage.

En attendant, sur la plage de Lampuuk, en fin d'après-midi, des Acehnais de toutes confessions et de toutes origines se baignent dans les vagues de l'Océan Indien, et profitent pleinement de ce congé.

Mais n'oublions pas que nous sommes en Aceh, et que cette province est la première à avoir obtenu de Jakarta le droit d'appliquer la charia, il y a une dizaine d'années.

On doit cette concession au président indonésien de l'époque, Abdurrahman Wahid. Ce dernier, que les Indonésiens appellent aussi Gus Dur, avait auparavant présidé l'une des deux grandes organisations musulmanes du pays.

Et en Aceh, il est un domaine où les accommodements raisonnables n'existent pas encore: les Occidentales doivent s'habiller en long en public, même dans l'eau.

Des Indonésiennes à la plage
Catégorie : International


Patrick Grandjean a visité l'une des maisons construites en Aceh sous la supervision de la Croix-Rouge canadienne, grâce aux dons des Canadiens et d'Ottawa.


Les Canadiens se sont montrés généreux après le tsunami qui a ravagé les côtes de plusieurs pays du pourtour de l'Océan Indien: la Croix-Rouge canadienne a reçu 180 millions de dollars de dons, et Ottawa a doublé la mise.

La moitié de ces 360 millions a été allouée à Aceh, la région qui, de loin, a été la plus dévastée. Je suis donc allé voir à quoi ces fonds ont servi. Je me suis d'abord rendu à Mata Ie, un petit village de pêcheurs et d'agriculteurs situé dans le sud d'Aceh, et qui a été complètement rayé de la carte le jour du tsunami.

Il faut 4 heures pour parcourir les 140 kilomètres qui relient Banda Aceh à Mata Ie. Et encore, cela s'est beaucoup amélioré avec la reconstruction - toujours en cours - de la route entre Banda et Lamno.

Le tsunami a laissé des traces encore visiblesAu-delà de Lamno, il est impossible de progresser sans un véhicule à quatre roues motrices: des tronçons du chemin et des ponts ont été emportés par le raz-de-marée.

Le tsunami a aussi refaçonné le littoral. La mer a pénétré à l'intérieur des terres. On le voit aux étendues d'eau saumâtre, aux troncs de cocotiers et aux arbres morts qui ont encore leurs racines dans l'eau.

Mata Ie était situé dans une petite baie, à environ 2 kilomètres de l'océan. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un vaste marécage. Il y a une fondation de béton, seule trace visible qu'il y a eu ici une présence humaine. Plus loin, l'épave d'un bateau de pêche disparaît sous la végétation.

« Le tremblement de terre était très puissant, on ne pouvait pas tenir debout », se rappelle Mohamed Adnan. Quand il a vu la mer refluer au loin, il a fui sur sa moto, comme sa femme et ses enfants, en direction des collines voisines.

La moitié des 130 villageois de Mata Ie sont morts. « La vague a atteint les 15 mètres. Il ne restait plus rien », explique-t-il.

M. Adnan et sa famille ont vécu des mois dans un village voisin avant de pouvoir occuper un abri temporaire construit par la Croix-Rouge canadienne (CRC).

Moahamed Adnan et M. Muntasir La CRC a fait dresser la liste des survivants à reloger, et l'a fait valider par les autorités locales. Puis elle a confié à un comité de villageois, dirigé par M. Adnan, le soin de décider de l'aménagement du nouveau village.

Celui-ci a été reconstruit à une dizaine de kilomètres de l'ancien, plus haut dans les terres, et compte 69 maisons.

« Les gens de la CRC étaient là chaque jour pour nous aider, suivre l'évolution des travaux, et répondre à nos besoins », raconte M. Adnan, qui est aussi le principal du collège local.

En février dernier, un peu plus de quatre ans après le tsunami, les villageois ont pris possession de leur nouveau domicile.

Mohamed Adnan se dit ravi de sa maison, tout comme les autres villageois que j'ai rencontrés, dont leur chef, Muntasir. Il la trouve bagus (belle), et bien mieux que la précédente qui était en bois.

Les maisons de béton construite pour le compte de la CRC font environ 40 mètres carrés. Elles ont toutes l'eau courante, et une petite salle de bains, avec une toilette. Il y a deux chambres, une terrasse à l'avant et une, plus grande, à l'arrière.

Les maisons construites par la CRC se distinguent par leur toit rouge
Cette seconde terrasse, qui fait entre 16 et 20 m2, accueille la cuisine, comme c'est souvent le cas en Indonésie.

Autre détail important: ces maisons résistent aux tremblements de terre, fréquents dans la région.

Pas d'ombre au tableau? « Nos terrains sont vite inondés en cas de pluie, admet M. Adnan, et la PLN (la compagnie nationale d'électricité) n'a pas encore raccordé notre village au réseau. »

La vie a, en tout cas, repris pour M. Adnan et les autres résidents de Mata Ie. Bien entendu, le traumatisme demeure: tous expriment leur crainte de vivre un autre tremblement de terre, ou un autre tsunami.

Si cela arrive, ils pourront réagir plus efficacement, grâce à la préparation aux désastres naturels qu'ils ont suivie.

Cette formation fait partie des programmes de la CRC. Elle complète l'aide d'urgence, la reconstruction et l'aide au développement économique dont ont bénéficié les survivants du tsunami, comme l'indique Doug MacDonald, le délégué de la Croix-Rouge canadienne en Indonésie.

Doug MacDonald« Nous avons fait construire plus de 5500 maisons, en tout, dans 49 villages d'Aceh et dans l'île de Nias, m'a-t-il expliqué lors d'une entrevue à Banda Aceh. Quinze d'entre eux ont dû être déménagés, car leur emplacement n'était plus habitable. »

Cela représente plus du quart des maisons bâties en Aceh et sur la petite île de Nias par l'ensemble des sociétés nationales et par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Les activités et les programmes de la CRC en cours seront finis avant décembre 2009, date à laquelle 5 années se seront écoulées depuis la catastrophe.

Ensuite, la CRC concentrera ses efforts sur l'ouest de Sumatra, au sud d'Aceh, où les besoins d'aide au développement restent à combler.

Il faut dire que l'aide apportée aux survivants du tsunami a fait des jaloux dans les villages d'Aceh qui ont été épargnés, ainsi que dans certaines régions moins développées du pays.

La CRC va aussi aider la Croix-Rouge indonésienne à se renforcer, afin qu'elle soit en mesure de faire face aux désastres naturels qui se produiront encore dans cet archipel décidément très volcanique.

L'une des maisons reconstruites sous la supervision de la CRCKathy Mueller, Dewi et Farrah ont accompagné Patrick Grandjean lors de sa visite à Mata Ie, l'un des villages reconstruits par la Croix-Rouge canadienne à la suite du tsunami. Mata Ie a été relocalisé à 4 kilomètres de la mer, car l'ancien village détruit est devenu un marécage.

Secours à la suite du séisme et des tsunamis en Asie
Site de la CRC

Croix-Rouge canadienne
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Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
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Catégorie : International


Banda AcehCe qui frappe, lorsqu'on arrive à Banda Aceh, c'est cette impression de découvrir une « ville nouvelle ».

Il faut dire que les quartiers détruits par le tsunami du 26 décembre 2004 ont été pratiquement tous reconstruits. Seule la côte porte encore les traces du passage de la terrible vague.

J'ai fait une visite de la ville avec Ismail Sulaiman, un jeune Atjehnais qui a perdu ses parents et deux de ses trois frères dans la tragédie.

« Si je suis encore en vie, explique-t-il, c'est que j'étais parti chercher de la nourriture sur ma moto. Il y avait eu un violent tremblement de terre, et beaucoup de gens se dirigeaient vers le centre-ville. Je roulais, et j'ai vu que tout était noir derrière moi. Il y avait beaucoup d'oiseaux qui s'enfuyaient. »

Ismail SulemainIsmail, qui termine un doctorat à La Rochelle, en France, livre son témoignage en français.

« Je suis arrivé à un carrefour et j'ai choisi une route que je ne prenais jamais d'habitude. C'est ce qui m'a sauvé la vie. Ceux qui sont allés à ma droite et à ma gauche sont morts. »

Ismail s'est arrêté un peu plus loin. Il a vu l'eau s'approcher et refluer à trois reprises, à quelques mètres de lui. Il ne pouvait plus bouger, terrifié. Ce n'est que lorsque le niveau de l'eau est redescendu, deux jours plus tard, qu'il a pu rentrer chez lui.

« Il y avait des cadavres partout, tout était cassé dans le quartier. Notre maison était détruite. Le corps de ma mère était dans la salle de bains. Mon père avait disparu. »

Ismail Sulemain et son frère Dwi Ismail a aussi perdu deux de ses frères. Seul Dwi, qui était à l'extérieur de la ville, a survécu.

Depuis, il vit avec sa famille dans la maison reconstruite juste à côté de l'ancienne, dont il ne reste plus que les fondations de béton.

Dans leur district, Kuta Alam, 15 000 des 20 000 résidents sont morts ou ont disparu ce jour-là.

Parmi les traces du drame toujours visibles dans la ville, il y a ces deux bateaux qui s'y sont échoués. Le premier se trouve sur le toit d'une maison. 59 personnes étaient à bord ce matin-là, et elles ont toutes survécu.

Le second, un navire de 40 mètres, s'est immobilisé à près de 7 kilomètres du littoral. Il alimentait la ville en électricité. Sa cheminée est devenue un symbole, elle a inspiré le toit du musée du tsunami d'Aceh, qui doit ouvrir en août prochain.

Ismail, lui, n'envisage pas de vivre ailleurs qu'à Banda Aceh. Il vient de devenir père d'un petit garçon et va s'établir avec sa famille dans sa ville natale, quoi qu'il advienne.


Un bateau échoué à Banda AcehUn bateau échoué à Banda Aceh


Regardez l'entrevue de Patrick Grandjean avec Luc Gauvin.

Depuis 2 ans, l'architecte québécois Luc Gauvin participe à la reconstruction en Aceh, une province qui a été particulièrement touchée par le tsunami du 26 décembre 2004.

Luc a travaillé pour Architectes de l'urgence, une ONG française, et, depuis un an, il travaille pour le compte de la Croix-Rouge suisse.

Ces temps-ci, il ne chôme pas, et il a rarement l'occasion de se rendre sur les plages de la côte -encore sauvage- de cette province située sur la pointe nord de l'île de Sumatra.

Je l'ai accompagné dans ses activités pendant deux jours, entre Banda Aceh et Sigli, la petite ville où il s'occupe de bâtir un collège. Avant ce chantier, Luc a supervisé la construction de centaines de maisons destinées aux survivants de la catastrophe.

Une école
La plupart des projets sont terminés, et de nombreux architectes qui étaient venus, comme Luc, aider à la reconstruction en Aceh sont rentrés chez eux.

Ce sont des collègues, mais aussi des amis, que Luc a vus partir.

« Nous ne sommes plus que 5, à Sigli. On a vite fait le tour », explique-t-il. Mais Aceh, ses résidents et son travail le passionnent toujours autant.

Le jeune homme parle le « bahasa indonesia », et quelques mots de la langue de la région.

« Les gens sont gentils, tellement ouverts et souriants. Dès que tu parles 3 ou 4 mots, ils vont vouloir t'en apprendre d'autres. Et ils ne te lâchent pas! »

Je l'ai observé diriger la construction de ce collège, à Sigli. Au Québec, compte tenu de son expérience, il n'aurait pas pu se trouver à la tête d'un tel chantier...

« Il s'agit d'un projet de 6 millions de dollars, l'équivalent de 24 millions au Québec, rien qu'en construction », précise-t-il.

« C'est super intéressant de faire cela pour les jeunes. Et pour moi aussi. C'est un peu comme faire une maquette en 1/1 [grandeur nature]. Le matin, je dessine les détails, et les ouvriers les exécutent au fur et à mesure. Mais c'est aussi un travail très exigeant. J'ai fait de mon mieux et j'espère que j'ai bien fait. »

Luc Gauvin
Ce matin, il a rencontré Jonathan, un Américain qui va bientôt prendre la relève. Luc va pouvoir prendre un peu de repos, avant de partir en voyage en Asie et en Europe.

Il rentrera au cours de l'été à Montréal. Repartira-t-il un jour en mission humanitaire?

« Oui, assure-t-il, mais pour de plus courtes périodes, parce que s'il y a beaucoup de rencontres dans ce travail à l'étranger, elles sont éphémères, et parfois c'est déchirant. »

Avis aux intéressés, Luc cherche un emploi. Je pense qu'il n'aura pas à attendre bien longtemps. Terimah kasih et selamat jalan, Luc. (Merci, et bon voyage).

Architectes de l'urgence
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Catégorie : International
12 MAI

Carné saté



Partout en Indonésie, on trouve des petits restaurants au bord des rues et des routes. Ils ont tous leurs spécialités, comme le saté, ces petites brochettes indonésiennes assez connues chez nous.

Qu'elles soient au poulet (ayam), à la chèvre (kambing) ou aromatisées à la noix de coco (kelapa), ces brochettes sont servies avec du riz. La sauce est préparée avec des arachides écrasées et du « kecap manis » (une sauce de soja sucrée), disponible dans les épiceries asiatiques.


Catégorie : International
11 MAI

Archipel



jakarta
Je quitte Surabaya, l'île de Java et ses volcans, mais ce sera pour mieux y revenir.

Entre-temps, je dois aller dans la province d'Aceh rencontrer l'architecte québécois Luc Gauvin avant qu'il ne retourne à Montréal.

Luc travaille depuis deux ans à la reconstruction de la région ravagée par le tsunami, et il me montrera les projets qu'il a contribué à réaliser.

Je vais donc rater la première Conférence mondiale de l'océan, qui s'ouvre aujourd'hui à Manado, la capitale de la province du nord de l'île de Sulawesi, qu'on appelait autrefois les Célèbes.

L'archipel d'Indonésie est le plus grand du monde, avec ses 17 500 îles, petites et grandes, un grand collier de plus de 5000 kilomètres, et le pays craint beaucoup les effets du réchauffement climatique sur la santé des mers. On estime que le niveau des océans va monter de 60 centimètres d'ici 2100 et, bien avant cela, des îles vont disparaître.

Les zones côtières ne sont pas épargnées non plus en de nombreux endroits du globe. Les Maldives, dans l'océan Indien, dont 80 % des terres sont à moins d’un mètre du niveau de la mer, sont parmi les plus menacées.

Les responsables de quelque 80 pays et organisations internationales, dont l'ONU, vont donc se rassembler jusqu'à vendredi pour parler des ressources maritimes menacées.

« Les changements climatiques vont accélérer leur destruction en de nombreux endroits du globe », estime le ministre indonésien des Affaires maritimes et de la Pêche, Freddy Numeri.jakarta

Environ 1500 scientifiques doivent également discuter des effets réels du réchauffement climatique et s'entendre, notamment, pour savoir si les océans font office de puits de carbone ou bien si, au contraire, ils émettent du dioxyde de carbone.

Ils vont aussi y examiner la protection des espèces marines et halieutiques, ainsi que la préparation aux désastres naturels liés au réchauffement.

La conférence sera suivie d'un sommet du Triangle de corail, une région que se partagent six pays (Philippines, Malaisie, Indonésie, Timor-Leste, Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Salomon). On la surnomme « l'Amazonie des mers », parce qu'on y retrouve la plus grande diversité d'espèces marines au monde.

Conférence mondiale de l'océan
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Surabaya, c'est cette grande ville d'Indonésie, la capitale de Java-Est, où j'ai enseigné le français de 1984 à 1986.

Dans le train qui m'y conduisait, je me suis rappelé la légende qui en attribue le nom à cette bataille épique entre le Sura, le requin en langue javanaise, et le Baja, le crocodile. Les deux animaux souhaitaient savoir qui était le plus fort, mais leur lutte n'a pas fait de vainqueur. Une variation sur le thème du yin et du yang.

Surabaya



Le hasard a voulu que mon retour dans le principal port de l'archipel coïncide avec les célébrations de son 716e anniversaire. Et qu'il pleuve, malgré tous les « dukun », ces guérisseurs/shamans javanais auxquels on fait encore appel afin de détourner la pluie lors des grandes occasions.

Le directeur et toute l'équipe de ce qui est devenu le Centre culturel et de coopération linguistique, le CCCL, m'ont accueilli à bras ouverts. Le « guru » (professeur) Patrick était de retour de Montréal, et avec une caméra cette fois.

Le centre, une ancienne bâtisse hollandaise, et ma maison d'alors, au fond du jardin, ont été rénovés et sont plus agréables qu'avant. Et une des salles de cours s'appelle Québec.

La ville s'est embellie, elle aussi.

Finies les ordures abandonnées le long de certaines rues. Les centres commerciaux ont poussé un peu partout et, malgré le développement économique bien visible dans les parties est et ouest de Surabaya, il n'y a pas souvent d'embouteillages comme à Jakarta.

J'ai retrouvé un ami, un ancien étudiant, Bagus, et deux employés, qui se demandaient où donc étaient passés mes cheveux, ma coupe à la Beatle.

Trêve de nostalgie aujourd'hui. Le journaliste a pris le chemin de Sidoarjo, au sud de Surabaya, où s'est produit un phénomène assez unique au monde, une catastrophe environnementale en fait.

Sidarjo


Un forage a mal tourné et a réveillé un volcan de boue, une éruption continue de gaz et de boue, qui a commencé il y a trois ans et que personne n'est encore en mesure d'arrêter.

On parle de 140 000 mètres cubes de boue par jour. Plusieurs villages ont été engloutis, 18 000 familles ont dû fuir, et les digues construites pour la contenir s'enfoncent dans le sol meuble. Je compte bien revenir à Sidoarjo avant la fin de mon voyage et vous reparler de ce désastre.

Volcan à Sidarjo


Mais là, je dois faire ma valise pour Aceh, dans le nord de Sumatra. Je vais y voir comment la vie reprend après une autre tragédie, le tsunami de décembre 2004.
Catégorie : International


À l'approche de la Fête du Waisak, à la première pleine lune de mai, le temple de Borobudur s'anime davantage. En plus des touristes, les bouddhistes arrivent de tout l'archipel, en vue de célébrer la naissance, l'illumination et la délivrance du Bouddha. Mais ils ne sont pas les seuls.




Ensemble de Borobudur
Site de l'UNESCO
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Ça y est, je quitte Jakarta, et je n’en suis pas trop fâché. Je pars en train pour Bandung et pour Yogyakarta, un des centres culturels de Java.

Depuis la gare de Gambir, à Jakarta, on voit le « Monas », le monument national, construit sous le président Sukarno, pour célébrer l'indépendance du pays déclarée en 1945.

jakarta Le long du rail, comme ailleurs à Jakarta, on voit aussi l'extrême pauvreté cohabiter avec la richesse.

On estime qu'environ le tiers des 18 millions de résidents de la capitale ont maintenant un niveau de vie à peu près comparable à celui de la classe moyenne des pays développés, mais le sort de la majorité, des pauvres, ne s'est guère amélioré depuis mon dernier voyage, en 1992.

Le principal changement, c'est la démocratie et la liberté d'expression des Indonésiens. Avant la chute de Suharto, ils avaient souvent peur de parler de politique ou d'autres sujets sensibles comme la corruption, que le président actuel, Susilo Banbang Yudhowono, surnommé « SBY », promet de combattre, en cette précampagne électorale présidentielle.

jakarta
Mais reprenons le chemin de Bandung qui nous conduit à travers des paysages de rizières et de collines verdoyantes. Le train prend trois heures pour s'y rendre, et les voitures, deux, depuis l'ouverture de la nouvelle autoroute.

À Bandung, que les Hollandais surnommaient le « Paris de Java », c'est la surprise. Voilà que, là aussi, on vit désormais au rythme infernal des embouteillages. La ville s'est développée dans les collines environnantes, et son centre s'est déplacé vers le nord. Je retrouve aussi les cyclopousses, les « becak », autrefois si nombreux à Jakarta.
Un becak
Après une visite rapide et une entrevue dont je vous reparlerai, je suis de retour à la gare de Bandung, afin de prendre le train de nuit pour Yogyakarta.

C'est près de cette ville touristique qu'on retrouve les temples de Borobudur et de Prambanan, deux monuments importants du passé bouddhiste et hindouiste de Java.
Catégorie : International


Corollaire du développement économique dans le pays, les embouteillages, appelés macet en indonésien, se multiplient, ainsi que les centres d'achat...


Catégorie : International


jakarta La jeune vendeuse que l'on voit sur la photo ci-contre était à son poste ce matin dans un centre d'achats de Jakarta, car le 1er mai n'est pas férié en Indonésie.

On n'y célèbre pas la Journée internationale des travailleurs, et il n'y a pas non plus de Fête du Travail à un autre moment, comme au Canada et aux États-Unis.

Nous sommes au pays de « L'année de tous les dangers », et tout ce qui peut s'apparenter au communisme rappelle de très mauvais souvenirs.

Plusieurs groupes demandent maintenant que cela change. Ce matin, le Jakarta Post en éditorial dit qu'il est temps que l'Indonésie se préoccupe davantage du sort des employés, qu'on améliore leurs conditions de vie.

Temps, aussi, que la société indonésienne apprenne à considérer les manifestations et les grèves comme l'expression du droit des travailleurs à améliorer leur existence, dans un pays où ils sont encore trop souvent exploités et sous-payés.
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