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Patrick Grandjean - Indonésie

Suivez-moi à Java, Bali et Sumatra, ces îles du plus grand archipel du monde, l'Indonésie, où je retourne préparer une série de reportages, grâce à une bourse de la FPJQ.
Comment le pays musulman le plus populeux au monde, un kaléidoscope de 13 677 îles unies dans la diversité, parvient à « accommoder » ses minorités religieuses? Et maintenant, comment la crise touche les Indonésiens? Vous pourrez en avoir une idée et découvrir d'autres aspects de ce pays, grâce à ce carnet.

*Les photos et les clips vidéo et audio présentés sur ce carnet sont tous réalisés par Patrick Grandjean sur place, en Indonésie.

Qui est Patrick Grandjean


J'ai retrouvé Montréal, et mon travail à la rédaction du Téléjournal. Finis, les déplacements d'île en île, en quête d'informations. Ce séjour en Indonésie a été très enrichissant. Je vous ai préparé un bilan de ce voyage.




Il me reste à vous parler de ce qui était une nouvelle expérience pour moi, à savoir partir en reportages pour le web, la radio et la télévision. Cela n'est pas simple et demande de la préparation.

Il faut en effet se familiariser avec l'équipement et les logiciels qui permettent de monter et de transférer le matériel journalistique à Montréal.

Une fois sur le terrain, on se rend compte aussi qu'il nous faut plusieurs bras additionnels, pour tenir la caméra l'enregistreuse audio ou l'appareil-photo, ainsi que le stylo et le calepin.

Et ne parlons pas de la tête... Il m'a fallu fréquemment faire des choix, privilégier tel médium plutôt que tel autre.

Cela dit, cette intégration du son, de l'image et du texte dans les carnets Internet m'a beaucoup plu. Elle permet d'innover dans la manière d'informer et elle offre plus de souplesse et de liberté que les formats conventionnels de reportages.

J'ai commencé à explorer cette forme et je n'en ai pas fait le tour, loin de là. Quand l'envie de partir en reportages me reprendra, je retenterai l'expérience, avec des appareils encore plus miniaturisés et portables. En Indonésie, qui sait ?

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C'est en 1992 que j'ai rencontré Erwin Ramedhan pour la première fois, et c'est avec beaucoup de plaisir que je l'ai retrouvé début mai à Jakarta. Docteur en économie politique, il enseigne actuellement à l'université

Selon lui, se contenter de présenter l'Indonésie comme le plus grand pays musulman du monde, en termes de nombre de croyants, est réducteur.

Cela ne permet pas d'en restituer correctement la spécificité, à savoir demeurer un pays où l'islam reste largement ouvert et tolérant.

Il faut, pour cela, prendre en compte d'autres facteurs comme l'histoire des religions en Indonésie, leur imbrication, ainsi que la structure sociale et géographique du pays.

C'est ce qu'il m'a expliqué pendant l'entretien que nous avons eu à Jakarta.

Avant de devenir universitaire, Erwin Ramedhan a étudié en France et en Europe pour devenir journaliste. Il a notamment travaillé de nombreuses années pour le quotidien Le Monde.

Erwin Ramedhan a aussi été consultant pour différents ministères, en Indonésie et à l'étranger (au Canada, par exemple), et il a dirigé le World Trade Center de Jakarta.
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Un restaurant à Hong KongUn restaurant à Hong Kong

Me voici à Hong Kong, sur le chemin du retour. Mais l'Indonésie est encore bien présente: des dizaines de milliers de travailleurs indonésiens ont émigré dans cette ville, en quête d'une vie meilleure, comme ils l'ont aussi fait à Singapour et dans d'autres pays d'Asie et du Golfe Persique.

J'ai d'ailleurs rencontré un groupe de Javanaises dans un parc de Kowloon, un jour de congé. Dewi et ses amies se préparaient une salade épicée typiquement javanaise (rujak), et je me suis arrêté pour leur parler en indonésien.

Dewi et ses amiesDewi et ses amies

La surprise passée, elles m'ont raconté qu'elles étaient là depuis plus de 2 ans et qu'elles envoyaient une grande partie de leurs revenus à leur famille. Elles m'ont expliqué qu'elles travaillaient comme employées de maison et gardiennes d'enfants.

Bien qu'elles soient exilées et soumises à de longues heures de travail (jusqu'à 18 heures par jour, 6 jours sur 7), elles se disent satisfaites de leur sort. La raison? Le salaire qu'elles touchent ici est largement supérieur à celui qu'elles auraient en Indonésie.

Un couple de Chinois s'est approché et leur a demandé ce qu'elles préparaient et dans quelle boutique asiatique on pouvait trouver le « sambal », une pâte de piment et d'épices nécessaire pour ce type de plat.

La taille de la communauté indonésienne de Hong Kong est suffisamment importante pour avoir son hebdomadaire, Apakabar (Comment ça va?). Ce journal est, pour eux, un lien précieux avec l'archipel, situé à 4 heures d'avion, vers le sud.

Le journal ApakabarUn Indonésienne lit Apakabar

J'avais aussi rendez-vous avec le pays... J'attendais un traversier dans la baie de Hong Kong lorsque j'ai rencontré deux jeunes femmes, qui semblaient Indonésiennes. L'une d'elles tenait une enveloppe envoyée par le gouvernement du Québec!

J'espérais `nouveau parler bahasa Indonesia (indonésien) avec elles... raté ! Les deux jeunes femmes viennent des Philippines! La conversation a donc lieu en anglais.

Imelda m'explique qu'elle vient de recevoir ses papiers des services de l'immigration du Québec. Employée de maison depuis plus d'un an à Hong Kong, elle a sollicité un emploi similaire au Canada... et obtenu son visa de travail pour le Québec.

« Je ne vais travailler que 12 heures par jour, et j'aurai plusieurs jours de congé! », me raconte-t-elle, ravie, en me montrant ses documents. Elle va travailler pour une famille de Montréal qui a un enfant et deux animaux de compagnie.

ImeldaImelda avec ses papier de l'immigration

Je lui dis que je vis à Montréal, et sa première question est de savoir si Toronto est loin de là, car elle y a plusieurs amis. Je lui réponds, et lui demande à mon tour ce qu'elle sait de sa future ville. Pas grand chose, semble-t-il, pour ne pas dire rien du tout. Sait-elle, par exemple, qu'il y a un hiver plutôt froid ?

- Moins un degré Celsius? hasarde-t-elle.

- Euh, et bien... parfois, on a plutôt -20. Et 2 mètres de neige en moyenne, chaque hiver. On ne vous a en a pas parlé ?

- Non, je ne savais pas...

Mais Imelda garde le sourire. Vous la croiserez peut-être, cet été, dans le quartier latin de Montréal... Bienvenue au Québec, Imelda!

Hong Kong la nuitHong Kong, la nuit
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Lorsque je me rends à Ubud, le centre artistique et culturel de Bali, il est pour moi inévitable de rendre visite à Ketut Krinting et à sa femme, Wayan. Il y a 25 ans que je les fréquente, et l'histoire de leur réussite illustre tout à fait la façon dont cette région touristique s'est transformée au fil des ans.

Lorsque je les ai rencontrés, Ketut était riziculteur. Et le soir, assis dans sa petite maison de la Monkey Forest Road, à Ubud, il peignait des toiles traditionnelles.

J'aimais sa façon de dessiner et je lui avais acheté une esquisse. Mais il ne m'avait pas compris: « Ce n'est pas terminé! », m'avait-il expliqué avec étonnement.

Wayan, elle, tenait un petit kiosque où elle servait des en-cas et des boissons aux agriculteurs. Le couple avait aussi deux chambres à louer pour les visiteurs, comme moi.

Wayan Krinting

En face de chez eux, il n'y avait que des rizières, des canards et des grenouilles, très bruyantes la nuit. Mais aujourd'hui, les rizières, et les grenouilles, se font rares.

Aujourd'hui, sur des kilomètres, la Monkey Forest Road s'est transformée en une enfilade presque ininterrompue de boutiques, de restaurants, de commerces, de bungalows et d'hôtels.

Les rizières asséchées par le tourisme

« Les rizières ne donnaient qu'un riz médiocre et personne, à l'époque, ne les aurait achetées bien cher, se rappelle Ketut. Ma femme et moi n'avions que cela... Et encore, son père a bien failli les perdre au jeu! »

Ketut a vite compris que le tourisme rapportait davantage que ses champs. En 1984, il a ouvert sa première petite auberge, à Peliatan. Les chambres étaient aménagées dans des greniers à riz, construits en paille et sur pilotis.

L'électricité n'est arrivée que plus tard, avec la construction de petits bungalows. Ensuite, tout a été détruit pour faire place à une boutique et à un spa. Ketut a donc asséché d'autres rizières, une centaine de mètres plus bas, pour y faire construire 5 nouveaux bungalows.

Petit à petit, le couple a transformé sa maison en restaurant, l'un des premiers de qualité internationale à Ubud, et le petit kiosque en bambou de Wayan est devenu un bâtiment en dur, avec quelques bancs.

Les rizières situées à l'arrière du restaurant ont été transformées en un beau jardin où on a disposé des tables, et installé plusieurs pavillons ouverts.

Des bungalows à Bali

Ketut et Wayan ont bénéficié de l'aide d'un Allemand, Klaus. « Je me suis occupé de la construction, mais nous n'avions plus d'argent pour les fourneaux, la vaisselle, etc. Il n'a pas voulu être remboursé, c'était un ami. Il nous a aussi appris le métier, il était très exigeant! », raconte Ketut.

Une photo de Klaus au Café Wayan, ouvert en 1986, témoigne de leur gratitude envers cet homme.

Autodidactes et entrepreneurs

Wayan, qui était déjà chef, a dû apprendre à faire du bon pain, pour plaire à sa clientèle. À l'écouter, c'était toute une aventure! Il lui a fallu découvrir et arracher le secret de la boulangerie où elle s'approvisionnait, à Kuta.

Elle a ensuite dû trouver la bonne technique... et ce n'est qu'après bien des essais et des erreurs qu'elle a réussi à faire lever la pâte! Wayan a enfin pu ouvrir une boulangerie attenante à son restaurant.

Au fil des ans, Ketut a conçu et fait construire des bungalows balinais de luxe, trois petites auberges situées en pleine nature, et un restaurant, le Laka Leke, à Nyuh kuning, dans les environs d'Ubud.

« Je ne suis pas architecte, les travailleurs suivaient mes instructions, sans aucun plan. Je leur disais quoi faire en fonction de la nature, des arbres et de la vue », dit-il. Il a, aussi, bénéficié de l'aide et des conseils de trois autres touristes devenus des amis, un Australien et un couple de Français.

Ketut Krinting

L'entreprise familiale de Ketut et Wayan emploie maintenant plus de 150 personnes. La moitié d'entre eux viennent de la famille élargie. « On vient me voir, matin et soir, pour solliciter un emploi. Je ne suis jamais tranquille! », raconte Ketut.

Il a aussi fait construire une autre auberge balinaise, à Gili Trawanga, un des îlots enchanteurs de la côte de Lombok, l'île voisine de Bali. C'est une de ses filles qui s'en occupe.

« Je crois que j'ai eu de la chance, explique Ketut. J'ai investi dans des terrains, car je ne faisais pas confiance aux banques, et aujourd'hui, ils valent bien plus cher. »

Devenir prêtre

Ketut est resté un homme simple et attaché à la terre, à la nature. Mais avec la richesse, il a aussi gagné les soucis d'un homme d'affaires. « La compétition est plus importante qu'avant, observe-t-il. Et je dois m'occuper moi-même des rénovations, des achats. Je suis très fier de ce que j'ai accompli, mais j'aimerais aussi avoir le temps de peindre ».

À bientôt 60 ans, Ketut aurait souhaité ralentir le rythme de son travail, et se reposer. Mais il m'explique qu'il doit se remettre à apprendre, ce qui lui pose tout un défi. « Je dois devenir prêtre [hindou]! », m'avoue-t-il.

Depuis notre dernière rencontre, il y a 4 ans, sa femme Wayan souffre de maux de tête que les médecins n'ont pas su diagnostiquer et soigner. Les guérisseurs balinais consultés par la suite ont émis le même avis: que Ketut devienne l'assistant du prêtre, et qu'il officie aux cérémonies du temple familial.

« C'est ainsi que Wayan sera guérie, affirme Ketut. Cela fait six mois que je m'y suis mis, mais je n'ai pas beaucoup de temps et c'est très difficile, à mon âge. Il y a 130 mantras à apprendre et à retenir. Je dois faire tinter la cloche en même temps, selon un rythme donné, c'est vraiment dur. »

Et est-ce que cela marche? Wayan va-t-elle mieux depuis six mois? « Pas vraiment, répond l'ami Ketut, un peu découragé. Je me donne encore six mois avant de décider quoi faire. »

Wayan ne devrait-elle pas s'arrêter et se reposer un peu, dans l'intérêt de sa santé? « Non, répond-elle. Je ne me vois pas ne rien faire à la maison toute la journée. J'aime ce que je fais: faire les courses, gérer mon restaurant... ».

Le Café Wayan
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Bali est la vitrine touristique de l'Indonésie, une de ses îles les plus célèbres, et la plus fréquentée par les visiteurs. Je dirais que j'ai le bonheur, toujours renouvelé, de m'y rendre depuis 25 ans. Cette fois, j'y suis allé avec mon micro et mon stylo de journaliste, mais disons que le travail s'est déroulé... dans de bonnes conditions!

HaureC'est ainsi que j'ai rencontré Jean-Philippe Haure, missionnaire laïque, responsable de l'École des arts appliqués - sculpture et peinture - attenante à l'église catholique de Gyanyar.

Cette petite ville est située au nord de Denpasar, la capitale de cette province distincte du reste de l'Indonésie. Bali est en effet la seule île à majorité hindouiste.

La vie y est encore rythmée par les rites et le calendrier hindouistes. Et l'islam s'y retrouve en situation minoritaire, comme les chrétiens et les bouddhistes. C'est une situation que je voulais observer de plus près.

Reste que, depuis quelques années, les mosquées se multiplient à Bali, avec l'arrivée d'autres insulaires venus de Java, de Sulawesi ou d'ailleurs. Ils viennent grossir les rangs des musulmans installés depuis plus longtemps et venus de l'île jumelle et voisine, Lombok.

Attirés par la manne touristique, ces nouveaux venus modifient l'équilibre de l'« île des Dieux » hindouiste. Pour les accommoder, les autorités balinaises ont tranché: il y aura une mosquée par district.

Je faisais ma tournée auprès des représentants des différentes religions quand j'ai fait la connaissance de Jean-Philippe. Je connaissais le père Maurice, qui a créé et construit l'église puis l'école de sculpture.

Ce curé, qui avait dû quitter le Cambodge à cause des Khmers rouges, était dévoué à sa paroisse de Gyanyar et à ses sculpteurs en formation. C'était aussi un bon vivant et un pragmatique. Il me disait: « Oh, vous savez, Rome est bien loin...».

Une offrande

Jean-Philippe Haure est à Gyanyar depuis 17 ans. Français d'origine, il est marié à une Indonésienne de l'ouest de Java avec qui il a eu deux fils. Il m'a montré la maison qu'il a construite, ainsi que son atelier, dans un grenier à riz, sur pilotis. Il est parfaitement intégré à son pays d'adoption, et parle d'une voix douce, posée.

Je l'ai interrogé sur l'une des premières choses qui m'avaient sauté aux yeux en arrivant: l'urbanisation galopante du sud de Bali.

C'est évident le long des plages, mais aussi le long des routes, avec la disparition des rizières au profit d'ateliers ou de « tourist-business » dans lesquels des étrangers de passage à Bali font fabriquer à bon marché des objets d'artisanat, du mobilier ou des vêtements en profitant d'une main-d'oeuvre très qualifiée et bon marché.

Temple

Et les matières premières, dont le bois, se trouvent en abondance. Avec l'influence de ces gens d'affaires, Bali produit même des souvenirs que l'on peut acheter jusqu'en Afrique!

Mais ce qui fait le charme de Bali, cette vie en harmonie avec la religion par la danse, la musique, le théâtre masqué, les offrandes aux dieux et les rites (dont les crémations) demeure et reste authentique.

Il faut seulement aller le chercher plus loin, sortir des circuits, aller aussi dans ce que certains appellent désormais le « Off-Bali », comme on parle du « Off-Broadway » à New York.

Jean-Philippe Haure explique que Bali est une insulaire qui a toujours reçu le monde, et qu'elle vit maintenant, comme le reste de la planète, une mondialisation qui menace sa capacité à intégrer, à assimiler la nouvelle donne.

En tout cas, j'ai déjà le goût d'y retourner. Mais en vacances, et en évitant de rester longtemps à Kuta, Sanur et Nusa Dua, ce sud de l'île devenu une grande ville, un grand supermarché de l'artisanat et du tourisme.

Une offrande
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La ville de Malang, située dans l'est de Java, est un lieu idéal pour observer la nature des relations entre la majorité musulmane et les minorités religieuses, car elles y sont toutes bien représentées.

C'est dans cette ville que, il y a 25 ans, j'ai fait la connaissance d'Anne-Marie Perrogon et de son mari, Yuwana Wirja. À l'époque, Anne-Marie terminait un doctorat sur les temples hindouistes de la région. Elle n'a plus quitté Malang, et a eu deux filles avec Yuwana.

Anne-Marie Perrogon et Yuwana Wirja

Son expérience et sa connaissance du pays lui permettent de porter un regard particulièrement éclairant sur les religions, et leur coexistence, en Indonésie. L'entretien que j'ai eu avec elle constitue une excellente introduction aux rapports que les différentes confessions entretiennent entre elles dans ce pays.

Les chrétiens en manque de visibilité

Anne-Marie et son époux m'ont accompagné dans plusieurs lieux de culte et de villages javanais. Yuwana m'a, notamment, conduit jusqu'au petit hôpital tenu par la congrégation des Soeurs de Sainte Marie-Madeleine Postel, à Purworejo, une localité du sud-est de Java.

Soeur Albertine

On organisait près de là une fête à l'occasion de la Journée nationale des personnes âgées. Soeur Albertine (au centre sur la photo) avait d'ailleurs revêtu exceptionnellement le «kebaya» (ou tunique) et le «sarong», la tenue traditionnelle des Javanaises, car elle était membre du jury d'un concours de mode.

Albertine et ses consoeurs accueillent tous les malades, peu importe leurs revenus, et leur hôpital est équipé du seul échographe de la région, un don de l'association humanitaire Adidhana (Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes).

Cette soeur, comme le prêtre de la paroisse, Paulus, m'explique que les activités sociales permettent de tisser des liens plus étroits avec la communauté. La propriétaire de la station de radio locale, de confession musulmane (à droite sur la photo, avec le foulard) ne tarit d'ailleurs pas d'éloges sur le travail des Soeurs dans son village.

Mais les catholiques, comme les protestants, parlent aussi, souvent, des difficultés qu'ils éprouvent pour être présents sur la place publique.

« Les autorités, les voisins et les responsables musulmans du village avaient autorisé la construction d'une église, raconte Paulus. Mais des provocateurs venus de l'extérieur ont fait avorter le projet. Nous ne voulions pas qu'il y ait de heurts, alors nous avons abandonné la construction. »

Et que fait l'Église catholique d'Indonésie? Elle se concentre sur les principaux besoins, explique-t-il, c'est-à-dire, sur les grandes églises en milieu urbain.

Les bouddhistes et les hindouistes plus à l'aise

Le son de cloche est différent au monastère bouddhiste, le Vihara Dhamma Dipa Arama de Malang, où j'ai rencontré le supérieur, Khantidharo Mahathera.

La grande majorité des responsables bouddhistes en Indonésie est d'origine chinoise, mais lui est Javanais. Sa vocation a été tardive, et il dirige maintenant les études d'une trentaine de nonces.

Khantidharo Mahathera

« Nous n'avons aucun problème à vivre notre religion, affirme-t-il. Nos relations avec les autres groupes sont bonnes. Nous avons obtenu sans difficulté l'autorisation de construire ce monastère. »

Il faut dire que les moines bouddhistes vivent plutôt en reclus, et sont moins actifs dans la société indonésienne.

En nous promenant dans la région, à Kesamben, nous avons vu un temple hindouiste dont la construction commencera dans quelques jours, une fois la canne à sucre récoltée sur le terrain adjacent.

Un temple hindou

Le prêtre d'un village voisin, Singgh Pandata Tanaya Nirmala, confirme que pour sa communauté aussi, tout se passe très bien, dans l'harmonie et le respect.

Singgh

La religion, une obligation

Dans cette région rurale, peuplée d'ouvriers agricoles, les massacres du milieu des années 1960 ont provoqué une sorte de renouveau religieux forcé, et ramené des âmes vers les différentes religions.

Rappelons que l'armée et des groupes musulmans s'en étaient alors pris aux communistes du PKI et à leurs sympathisants, soupçonnés de vouloir mener un coup d'État.

Cette guerre civile, et le « Pancasila » (les 5 principes de la constitution) qui prévoit la croyance en un seul Dieu, font en sorte que des Indonésiens ont, dans les années qui ont suivi, dû se conformer à la société et choisir une religion.

Aujourd'hui encore, se dire athée en Indonésie revient à dire qu'on est communiste, ce qui est mal vu et réveille de douloureux souvenirs. La religion est d'ailleurs indiquée sur la carte d'identité, en Indonésie.

Une église à Malang

Les animistes, et ceux qui ont d'autres croyances ou qui revendiquent une autre spiritualité, comme cela se produit assez souvent dans les différentes îles du pays, doivent ainsi cocher une des cases prévues ou faire inscrire la mention « Mouvement de croyance » sur leur carte.

Cela donne des situations extrêmes comme, par exemple, des animistes qui se disent musulmans dans le but de devenir polygames (la polygamie est peu répandue dans l'archipel).

Et puis, aussi, il y a ceux qui ne pratiquent pas. Difficile de connaître leur nombre en Indonésie où la religiosité est une valeur importante. En près de 5 semaines passées dans le pays, Yuwana Wirja est le seul à m'avoir affirmé qu'il était non pratiquant.

Il pense appartenir à la majorité. Si c'est le cas, il s'agit d'une majorité silencieuse.
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Plusieurs jours ont passé depuis mon dernier carnet.

J'étais parti dans l'île de Nias, située à plus de 100 kilomètres au nord de la grande île de Sumatra, puis dans des villages du sud-est de Java.

Pont détruit à Nias
Nias n'a à peu près pas été touchée par le tsunami, mais ses habitants ont subi une des sévères répliques du terrible tremblement de terre du 26 décembre 2004.

Le séisme d'une magnitude de 8,7 sur l'échelle de Richter, survenu la nuit du 28 mars 2005, a fait 845 morts, la plupart ensevelis sous les décombres, et des milliers de sinistrés.

Des maisons qui suscitent la jalousie

Les ONG, déjà présentes en Aceh, sont vite intervenues pour aider la population.

La Croix-Rouge canadienne (CRC), par exemple, a construit des maisons telles que les souhaitaient les habitants de Nias, soit en bois, comme leurs maisons traditionnelles.

Maisons à Nias
La charpente est en métal tandis que le toit est léger, pour éviter la répétition du désastre de mars 2005.

L'organisme a aussi donné de la peinture aux bénéficiaires, afin d'égayer leurs nouvelles maisons. C'est ce qui donne ce côté coloré et distinctif aux résidences reconstruites par la CRC.

Cette aide a suscité aussi des jalousies dans les villages entre ceux qui ont une nouvelle maison, et ceux qui restent avec leur maison sans confort.

La CRC, en collaboration avec les autres ONG présentes, a aussi plusieurs activités destinées à améliorer la situation, sanitaire entre autres, dans cette île éloignée et peu développée.

Couple à Nias

Les modifications sismiques

Le plateau océanique de Nias s'enfonce de cinq centimètres sous le plateau asiatique chaque année, mais le séisme de mars a provoqué tout un remous.

La plage, à certains endroits, a reculé de manière très marquée.

La différence est saisissante sur cette photo que j'ai prise dans le nord de Nias:
Plage à Nias
Là où la mer arrivait auparavant au niveau des cocotiers, elle est aujourd'hui des centaines de mètres plus bas. Au premier plan, on voit des massifs de coraux recouverts de végétation.

Les pêcheurs ont dû déplacer les abris pour leurs bateaux et les séchoirs à poissons, mais ils ne se plaignent pas.

Pêcheurs à Nias

Au contraire, ils disent que la pêche est meilleure depuis le séisme, car les eaux sont moins profondes près de la côte et sont tout aussi poissonneuses.

Un Français qui fréquente la baie de Sorake, ce paradis du surf situé dans le sud de Nias, m'a expliqué, dans le petit avion à hélices qui nous menait dans l’île, que les vagues, après ces modifications sismiques, sont encore plus parfaites qu'auparavant.

Dommage, je n'aurai pas eu le temps de visiter Gomo et les villages traditionnels de cette île très riche sur le plan culturel. Ce sera pour un autre voyage, qui sait?
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J'allais faire des repéragee sur les lieux de l'ancienne prison de Banda Aceh, détruite par le tsunami. C'est le lieu d'une histoire assez incroyable que je raconterai prochainement. En me promenant dans les allées de ce qui est devenu un marché, je suis tombé sur des oubliés de ce vaste effort humanitaire mené en Aceh. C’est d’eux que je vous parle aujourd’hui.

Mat Syah, le fruitier

Mat Syah vend des fruits dans ce marché. « Avant le tsunami, dit-il, je vivais dans un village du nord d'Aceh. La maison que je louais a été détruite. Et mon fils qui vivait à Banda Aceh a été tué. »

« Je n'avais plus rien, et le chef de mon village ne m'a pas mis sur la liste des villageois à aider, parce que je n'étais pas un de ses proches. Alors, je suis venu ici pour gagner ma vie. J'ai demandé de l'aide aux autorités à Banda Aceh, mais, comme je suis arrivé après le tsunami, je n'ai eu droit à rien. »

Mat Syah et sa femme
Depuis, il vit avec sa femme dans un petit kiosque fermé de 6 mètres carrés. Un simple kiosque posé sur une natte, sans eau ni toilette, à quelques mètres de son étal de fruits.

Mat Syah accepte cela sans se plaindre. « Je m'en remets à Dieu et le remercie d'être encore en vie. »

Safwan, le nettoyeur

Safwan est un préposé au nettoyage du Kampung Jawa. Il a entendu le témoignage de Mat Syah et tient à me donner le sien.

Safwan et un enfant« C'est toujours la même chose, c'est la corruption, dit-il. Si tu n'as pas d'argent à donner aux responsables, tu ne reçois rien. »

« Je le vois dans mon quartier: des gens qui n'ont pas été touchés par le tsunami ont été mis sur la liste des bénéficiaires. Ils ont maintenant une maison. »

Difficile de mesurer l'ampleur de ce phénomène, mais tant l'ONU que les ONG internationales que j'ai interrogées affirment qu'elles savaient que la corruption était répandue en Indonésie et qu'elles s'y sont attaquées avant d'entreprendre quoi que ce soit, en collaboration avec le gouvernement de Jakarta.

La Croix-Rouge canadienne, par exemple, a vérifié et contre-vérifié les listes des bénéficiaires dans les communautés où elle est intervenue.

Ridwan Malik, ex-pêcheur et futur chef mafieux

Et puis il y a tous ceux qui n'avaient pas d'assurance pour leurs commerces ou leurs bateaux de pêche. Certains avaient les moyens de rebondir, les autres pas. Parmi ceux qui n'ont pas reçu d'aide afin de retrouver un gagne-pain, il y a Ridwan Malik.

Ce pêcheur de Lambaroskep à Banda Aceh avait été interrogé par une équipe de Radio-Canada dans les jours qui ont suivi la tragédie. Ce survivant a tout perdu dans le tsunami: sa femme, ses enfants, sa maison et son bateau.

Je suis allé chez lui, mais il a quitté Banda Aceh il y a deux mois. Sans doute pour toujours.

Nous nous sommes parlé au téléphone et nous avons échangé des courriels. Ridwan était alors entre l'île indonésienne de Batam, juste en face de Singapour, et la Thaïlande, où il a pu se rendre grâce à des amis thaïs. « Sans eux, ma vie serait très difficile », explique-t-il.

« Après le tsunami, j'ai vécu grâce à la charité. Je ne trouvais pas de travail, racone-t-il. En 2007, j'ai voulu créer une ONG, Aceh Community Service, mais je n'ai pas obtenu le permis voulu. » Ridwan m'a envoyé les documents et il a fait plusieurs fois appel à mon aide. « Je voudrais immigrer au Canada, je ne veux plus rien savoir de Banda Aceh », ajoute-t-il.

Celui qui se surnomme « Capitaine Malik » a eu une maison neuve, au même emplacement que la précédente.

Une résidence toute simple, sans cloison permanente. Il l'a vendue récemment à son frère.

« Je n'ai pas refait ma vie. Je n'ai rien ici: j'ai décidé de partir », raconte-t-il. Que va-t-il faire en Thaïlande? « Je veux devenir un chef de la mafia », me confirme-t-il.

Le tsunami a pris la famille et la raison d'être de ce pêcheur. Le voilà maintenant désabusé et voguant sur un autre bateau, celui de l'illégalité et du crime.


Dans les archives de Radio-Canada.ca:

Maison de Mat Syah

Deux semaines après le tsunami, Sophie Langlois rencontrait Ridwan Malik. Regardez ce reportage, diffusé le 12 janvier 2005 au Téléjournal, sur les archives de Radio-Canada.ca.

Photo: Radio-Canada.ca




Maison de Mat Syah
Trois mois après la tragédie, Sophie Langlois retournait dans ce village afin de retrouver Ridwan Malik. Regardez ce reportage, diffusé le 29 mars 2005 au Téléjournal, sur les archives de Radio-Canada.ca.

Photo: Radio-Canada.ca



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Deux catholiques devant une église en AcehVoilà une bonne journée pour aborder l'autre sujet pour lequel j'ai entrepris ce voyage: les accommodements raisonnables à l'indonésienne.

La République d'Indonésie, qui est une démocratie parlementaire, compte environ 88 % de musulmans, 5 % de protestants, 3 % de catholiques, 2 % d'hindous, et 1% de bouddhistes.

Chaque année, la population bénéficie de 13 jours fériés religieux. Neuf d'entre eux sont liés à des célébrations musulmanes, et le reste se répartit à parts égales entre chacune des autres grandes religions reconnues par la Constitution de ce pays séculier.

Le 9 mai, les Indonésiens ont, par exemple, profité d'une journée de repos payée pour fêter Bouddha. Et aujourd'hui, c'est grâce à la fête de l'Ascension qu'ils disposent d'une nouvelle journée de congé.

En Aceh, la région dans laquelle je me trouve, 98 % de la population est musulmane. En Aceh, comme partout ailleurs dans le pays, c'est donc un jour de repos.

J'en ai profité pour me rendre au Sacré-Coeur, la seule église catholique de Banda Aceh. L'église, reconstruite après le tsunami grâce au Secours catholique, était pleine: la plupart des 250 paroissiens survivants de la catastrophe y étaient réunis.


Écoutez un extrait de la messe célébrée pour l'Ascension, à l'église catholique de Banda Aceh.


À de rares exceptions, ils ne sont pas d'origine acehnaise, mais chinoise, sumatranaise, javanaise... Et ces catholiques pratiquants ne se sentent pas du tout ostracisés en Aceh.

La foule, à la sortie de la messe« Tout va bien, comme d'habitude. Nos rapports sont bons avec les musulmans, c'est le respect mutuel, tout se passe bien », m'expliquent Malau et Pandiangan, un couple arrivé de Medan il y a plus de 30 ans.

« Le seul problème que nous avons en tant que catholiques, précisent-ils, c'est qu'il est difficile d'obtenir l'autorisation d'ouvrir une nouvelle église. »

La législation de la région prévoit en effet qu'un pourcentage minimal de résidents d'un quartier ou d'un village doit donner son accord avant l'ouverture de tout nouveau lieu de culte. Il en a été décidé ainsi pour éviter des affrontements violents entre communautés religieuses.

La règle s'applique à tous. Les musulmans, par exemple, doivent demander une autorisation pour ouvrir des mosquées là où ils sont minoritaires. C'est le cas dans l'île hindouiste de Bali, où je me rendrai à la fin de ce voyage.

En attendant, sur la plage de Lampuuk, en fin d'après-midi, des Acehnais de toutes confessions et de toutes origines se baignent dans les vagues de l'Océan Indien, et profitent pleinement de ce congé.

Mais n'oublions pas que nous sommes en Aceh, et que cette province est la première à avoir obtenu de Jakarta le droit d'appliquer la charia, il y a une dizaine d'années.

On doit cette concession au président indonésien de l'époque, Abdurrahman Wahid. Ce dernier, que les Indonésiens appellent aussi Gus Dur, avait auparavant présidé l'une des deux grandes organisations musulmanes du pays.

Et en Aceh, il est un domaine où les accommodements raisonnables n'existent pas encore: les Occidentales doivent s'habiller en long en public, même dans l'eau.

Des Indonésiennes à la plage
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Patrick Grandjean a visité l'une des maisons construites en Aceh sous la supervision de la Croix-Rouge canadienne, grâce aux dons des Canadiens et d'Ottawa.


Les Canadiens se sont montrés généreux après le tsunami qui a ravagé les côtes de plusieurs pays du pourtour de l'Océan Indien: la Croix-Rouge canadienne a reçu 180 millions de dollars de dons, et Ottawa a doublé la mise.

La moitié de ces 360 millions a été allouée à Aceh, la région qui, de loin, a été la plus dévastée. Je suis donc allé voir à quoi ces fonds ont servi. Je me suis d'abord rendu à Mata Ie, un petit village de pêcheurs et d'agriculteurs situé dans le sud d'Aceh, et qui a été complètement rayé de la carte le jour du tsunami.

Il faut 4 heures pour parcourir les 140 kilomètres qui relient Banda Aceh à Mata Ie. Et encore, cela s'est beaucoup amélioré avec la reconstruction - toujours en cours - de la route entre Banda et Lamno.

Le tsunami a laissé des traces encore visiblesAu-delà de Lamno, il est impossible de progresser sans un véhicule à quatre roues motrices: des tronçons du chemin et des ponts ont été emportés par le raz-de-marée.

Le tsunami a aussi refaçonné le littoral. La mer a pénétré à l'intérieur des terres. On le voit aux étendues d'eau saumâtre, aux troncs de cocotiers et aux arbres morts qui ont encore leurs racines dans l'eau.

Mata Ie était situé dans une petite baie, à environ 2 kilomètres de l'océan. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un vaste marécage. Il y a une fondation de béton, seule trace visible qu'il y a eu ici une présence humaine. Plus loin, l'épave d'un bateau de pêche disparaît sous la végétation.

« Le tremblement de terre était très puissant, on ne pouvait pas tenir debout », se rappelle Mohamed Adnan. Quand il a vu la mer refluer au loin, il a fui sur sa moto, comme sa femme et ses enfants, en direction des collines voisines.

La moitié des 130 villageois de Mata Ie sont morts. « La vague a atteint les 15 mètres. Il ne restait plus rien », explique-t-il.

M. Adnan et sa famille ont vécu des mois dans un village voisin avant de pouvoir occuper un abri temporaire construit par la Croix-Rouge canadienne (CRC).

Moahamed Adnan et M. Muntasir La CRC a fait dresser la liste des survivants à reloger, et l'a fait valider par les autorités locales. Puis elle a confié à un comité de villageois, dirigé par M. Adnan, le soin de décider de l'aménagement du nouveau village.

Celui-ci a été reconstruit à une dizaine de kilomètres de l'ancien, plus haut dans les terres, et compte 69 maisons.

« Les gens de la CRC étaient là chaque jour pour nous aider, suivre l'évolution des travaux, et répondre à nos besoins », raconte M. Adnan, qui est aussi le principal du collège local.

En février dernier, un peu plus de quatre ans après le tsunami, les villageois ont pris possession de leur nouveau domicile.

Mohamed Adnan se dit ravi de sa maison, tout comme les autres villageois que j'ai rencontrés, dont leur chef, Muntasir. Il la trouve bagus (belle), et bien mieux que la précédente qui était en bois.

Les maisons de béton construite pour le compte de la CRC font environ 40 mètres carrés. Elles ont toutes l'eau courante, et une petite salle de bains, avec une toilette. Il y a deux chambres, une terrasse à l'avant et une, plus grande, à l'arrière.

Les maisons construites par la CRC se distinguent par leur toit rouge
Cette seconde terrasse, qui fait entre 16 et 20 m2, accueille la cuisine, comme c'est souvent le cas en Indonésie.

Autre détail important: ces maisons résistent aux tremblements de terre, fréquents dans la région.

Pas d'ombre au tableau? « Nos terrains sont vite inondés en cas de pluie, admet M. Adnan, et la PLN (la compagnie nationale d'électricité) n'a pas encore raccordé notre village au réseau. »

La vie a, en tout cas, repris pour M. Adnan et les autres résidents de Mata Ie. Bien entendu, le traumatisme demeure: tous expriment leur crainte de vivre un autre tremblement de terre, ou un autre tsunami.

Si cela arrive, ils pourront réagir plus efficacement, grâce à la préparation aux désastres naturels qu'ils ont suivie.

Cette formation fait partie des programmes de la CRC. Elle complète l'aide d'urgence, la reconstruction et l'aide au développement économique dont ont bénéficié les survivants du tsunami, comme l'indique Doug MacDonald, le délégué de la Croix-Rouge canadienne en Indonésie.

Doug MacDonald« Nous avons fait construire plus de 5500 maisons, en tout, dans 49 villages d'Aceh et dans l'île de Nias, m'a-t-il expliqué lors d'une entrevue à Banda Aceh. Quinze d'entre eux ont dû être déménagés, car leur emplacement n'était plus habitable. »

Cela représente plus du quart des maisons bâties en Aceh et sur la petite île de Nias par l'ensemble des sociétés nationales et par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Les activités et les programmes de la CRC en cours seront finis avant décembre 2009, date à laquelle 5 années se seront écoulées depuis la catastrophe.

Ensuite, la CRC concentrera ses efforts sur l'ouest de Sumatra, au sud d'Aceh, où les besoins d'aide au développement restent à combler.

Il faut dire que l'aide apportée aux survivants du tsunami a fait des jaloux dans les villages d'Aceh qui ont été épargnés, ainsi que dans certaines régions moins développées du pays.

La CRC va aussi aider la Croix-Rouge indonésienne à se renforcer, afin qu'elle soit en mesure de faire face aux désastres naturels qui se produiront encore dans cet archipel décidément très volcanique.

L'une des maisons reconstruites sous la supervision de la CRCKathy Mueller, Dewi et Farrah ont accompagné Patrick Grandjean lors de sa visite à Mata Ie, l'un des villages reconstruits par la Croix-Rouge canadienne à la suite du tsunami. Mata Ie a été relocalisé à 4 kilomètres de la mer, car l'ancien village détruit est devenu un marécage.

Secours à la suite du séisme et des tsunamis en Asie
Site de la CRC

Croix-Rouge canadienne
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Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
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Regardez l'entrevue de Patrick Grandjean avec Luc Gauvin.

Depuis 2 ans, l'architecte québécois Luc Gauvin participe à la reconstruction en Aceh, une province qui a été particulièrement touchée par le tsunami du 26 décembre 2004.

Luc a travaillé pour Architectes de l'urgence, une ONG française, et, depuis un an, il travaille pour le compte de la Croix-Rouge suisse.

Ces temps-ci, il ne chôme pas, et il a rarement l'occasion de se rendre sur les plages de la côte -encore sauvage- de cette province située sur la pointe nord de l'île de Sumatra.

Je l'ai accompagné dans ses activités pendant deux jours, entre Banda Aceh et Sigli, la petite ville où il s'occupe de bâtir un collège. Avant ce chantier, Luc a supervisé la construction de centaines de maisons destinées aux survivants de la catastrophe.

Une école
La plupart des projets sont terminés, et de nombreux architectes qui étaient venus, comme Luc, aider à la reconstruction en Aceh sont rentrés chez eux.

Ce sont des collègues, mais aussi des amis, que Luc a vus partir.

« Nous ne sommes plus que 5, à Sigli. On a vite fait le tour », explique-t-il. Mais Aceh, ses résidents et son travail le passionnent toujours autant.

Le jeune homme parle le « bahasa indonesia », et quelques mots de la langue de la région.

« Les gens sont gentils, tellement ouverts et souriants. Dès que tu parles 3 ou 4 mots, ils vont vouloir t'en apprendre d'autres. Et ils ne te lâchent pas! »

Je l'ai observé diriger la construction de ce collège, à Sigli. Au Québec, compte tenu de son expérience, il n'aurait pas pu se trouver à la tête d'un tel chantier...

« Il s'agit d'un projet de 6 millions de dollars, l'équivalent de 24 millions au Québec, rien qu'en construction », précise-t-il.

« C'est super intéressant de faire cela pour les jeunes. Et pour moi aussi. C'est un peu comme faire une maquette en 1/1 [grandeur nature]. Le matin, je dessine les détails, et les ouvriers les exécutent au fur et à mesure. Mais c'est aussi un travail très exigeant. J'ai fait de mon mieux et j'espère que j'ai bien fait. »

Luc Gauvin
Ce matin, il a rencontré Jonathan, un Américain qui va bientôt prendre la relève. Luc va pouvoir prendre un peu de repos, avant de partir en voyage en Asie et en Europe.

Il rentrera au cours de l'été à Montréal. Repartira-t-il un jour en mission humanitaire?

« Oui, assure-t-il, mais pour de plus courtes périodes, parce que s'il y a beaucoup de rencontres dans ce travail à l'étranger, elles sont éphémères, et parfois c'est déchirant. »

Avis aux intéressés, Luc cherche un emploi. Je pense qu'il n'aura pas à attendre bien longtemps. Terimah kasih et selamat jalan, Luc. (Merci, et bon voyage).

Architectes de l'urgence
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12 MAI

Carné saté



Partout en Indonésie, on trouve des petits restaurants au bord des rues et des routes. Ils ont tous leurs spécialités, comme le saté, ces petites brochettes indonésiennes assez connues chez nous.

Qu'elles soient au poulet (ayam), à la chèvre (kambing) ou aromatisées à la noix de coco (kelapa), ces brochettes sont servies avec du riz. La sauce est préparée avec des arachides écrasées et du « kecap manis » (une sauce de soja sucrée), disponible dans les épiceries asiatiques.


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11 MAI

Archipel



jakarta
Je quitte Surabaya, l'île de Java et ses volcans, mais ce sera pour mieux y revenir.

Entre-temps, je dois aller dans la province d'Aceh rencontrer l'architecte québécois Luc Gauvin avant qu'il ne retourne à Montréal.

Luc travaille depuis deux ans à la reconstruction de la région ravagée par le tsunami, et il me montrera les projets qu'il a contribué à réaliser.

Je vais donc rater la première Conférence mondiale de l'océan, qui s'ouvre aujourd'hui à Manado, la capitale de la province du nord de l'île de Sulawesi, qu'on appelait autrefois les Célèbes.

L'archipel d'Indonésie est le plus grand du monde, avec ses 17 500 îles, petites et grandes, un grand collier de plus de 5000 kilomètres, et le pays craint beaucoup les effets du réchauffement climatique sur la santé des mers. On estime que le niveau des océans va monter de 60 centimètres d'ici 2100 et, bien avant cela, des îles vont disparaître.

Les zones côtières ne sont pas épargnées non plus en de nombreux endroits du globe. Les Maldives, dans l'océan Indien, dont 80 % des terres sont à moins d’un mètre du niveau de la mer, sont parmi les plus menacées.

Les responsables de quelque 80 pays et organisations internationales, dont l'ONU, vont donc se rassembler jusqu'à vendredi pour parler des ressources maritimes menacées.

« Les changements climatiques vont accélérer leur destruction en de nombreux endroits du globe », estime le ministre indonésien des Affaires maritimes et de la Pêche, Freddy Numeri.jakarta

Environ 1500 scientifiques doivent également discuter des effets réels du réchauffement climatique et s'entendre, notamment, pour savoir si les océans font office de puits de carbone ou bien si, au contraire, ils émettent du dioxyde de carbone.

Ils vont aussi y examiner la protection des espèces marines et halieutiques, ainsi que la préparation aux désastres naturels liés au réchauffement.

La conférence sera suivie d'un sommet du Triangle de corail, une région que se partagent six pays (Philippines, Malaisie, Indonésie, Timor-Leste, Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Salomon). On la surnomme « l'Amazonie des mers », parce qu'on y retrouve la plus grande diversité d'espèces marines au monde.

Conférence mondiale de l'océan
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Surabaya, c'est cette grande ville d'Indonésie, la capitale de Java-Est, où j'ai enseigné le français de 1984 à 1986.

Dans le train qui m'y conduisait, je me suis rappelé la légende qui en attribue le nom à cette bataille épique entre le Sura, le requin en langue javanaise, et le Baja, le crocodile. Les deux animaux souhaitaient savoir qui était le plus fort, mais leur lutte n'a pas fait de vainqueur. Une variation sur le thème du yin et du yang.

Surabaya



Le hasard a voulu que mon retour dans le principal port de l'archipel coïncide avec les célébrations de son 716e anniversaire. Et qu'il pleuve, malgré tous les « dukun », ces guérisseurs/shamans javanais auxquels on fait encore appel afin de détourner la pluie lors des grandes occasions.

Le directeur et toute l'équipe de ce qui est devenu le Centre culturel et de coopération linguistique, le CCCL, m'ont accueilli à bras ouverts. Le « guru » (professeur) Patrick était de retour de Montréal, et avec une caméra cette fois.

Le centre, une ancienne bâtisse hollandaise, et ma maison d'alors, au fond du jardin, ont été rénovés et sont plus agréables qu'avant. Et une des salles de cours s'appelle Québec.

La ville s'est embellie, elle aussi.

Finies les ordures abandonnées le long de certaines rues. Les centres commerciaux ont poussé un peu partout et, malgré le développement économique bien visible dans les parties est et ouest de Surabaya, il n'y a pas souvent d'embouteillages comme à Jakarta.

J'ai retrouvé un ami, un ancien étudiant, Bagus, et deux employés, qui se demandaient où donc étaient passés mes cheveux, ma coupe à la Beatle.

Trêve de nostalgie aujourd'hui. Le journaliste a pris le chemin de Sidoarjo, au sud de Surabaya, où s'est produit un phénomène assez unique au monde, une catastrophe environnementale en fait.

Sidarjo


Un forage a mal tourné et a réveillé un volcan de boue, une éruption continue de gaz et de boue, qui a commencé il y a trois ans et que personne n'est encore en mesure d'arrêter.

On parle de 140 000 mètres cubes de boue par jour. Plusieurs villages ont été engloutis, 18 000 familles ont dû fuir, et les digues construites pour la contenir s'enfoncent dans le sol meuble. Je compte bien revenir à Sidoarjo avant la fin de mon voyage et vous reparler de ce désastre.

Volcan à Sidarjo


Mais là, je dois faire ma valise pour Aceh, dans le nord de Sumatra. Je vais y voir comment la vie reprend après une autre tragédie, le tsunami de décembre 2004.
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À l'approche de la Fête du Waisak, à la première pleine lune de mai, le temple de Borobudur s'anime davantage. En plus des touristes, les bouddhistes arrivent de tout l'archipel, en vue de célébrer la naissance, l'illumination et la délivrance du Bouddha. Mais ils ne sont pas les seuls.




Ensemble de Borobudur
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Ça y est, je quitte Jakarta, et je n’en suis pas trop fâché. Je pars en train pour Bandung et pour Yogyakarta, un des centres culturels de Java.

Depuis la gare de Gambir, à Jakarta, on voit le « Monas », le monument national, construit sous le président Sukarno, pour célébrer l'indépendance du pays déclarée en 1945.

jakarta Le long du rail, comme ailleurs à Jakarta, on voit aussi l'extrême pauvreté cohabiter avec la richesse.

On estime qu'environ le tiers des 18 millions de résidents de la capitale ont maintenant un niveau de vie à peu près comparable à celui de la classe moyenne des pays développés, mais le sort de la majorité, des pauvres, ne s'est guère amélioré depuis mon dernier voyage, en 1992.

Le principal changement, c'est la démocratie et la liberté d'expression des Indonésiens. Avant la chute de Suharto, ils avaient souvent peur de parler de politique ou d'autres sujets sensibles comme la corruption, que le président actuel, Susilo Banbang Yudhowono, surnommé « SBY », promet de combattre, en cette précampagne électorale présidentielle.

jakarta
Mais reprenons le chemin de Bandung qui nous conduit à travers des paysages de rizières et de collines verdoyantes. Le train prend trois heures pour s'y rendre, et les voitures, deux, depuis l'ouverture de la nouvelle autoroute.

À Bandung, que les Hollandais surnommaient le « Paris de Java », c'est la surprise. Voilà que, là aussi, on vit désormais au rythme infernal des embouteillages. La ville s'est développée dans les collines environnantes, et son centre s'est déplacé vers le nord. Je retrouve aussi les cyclopousses, les « becak », autrefois si nombreux à Jakarta.
Un becak
Après une visite rapide et une entrevue dont je vous reparlerai, je suis de retour à la gare de Bandung, afin de prendre le train de nuit pour Yogyakarta.

C'est près de cette ville touristique qu'on retrouve les temples de Borobudur et de Prambanan, deux monuments importants du passé bouddhiste et hindouiste de Java.
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Corollaire du développement économique dans le pays, les embouteillages, appelés macet en indonésien, se multiplient, ainsi que les centres d'achat...


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jakarta La jeune vendeuse que l'on voit sur la photo ci-contre était à son poste ce matin dans un centre d'achats de Jakarta, car le 1er mai n'est pas férié en Indonésie.

On n'y célèbre pas la Journée internationale des travailleurs, et il n'y a pas non plus de Fête du Travail à un autre moment, comme au Canada et aux États-Unis.

Nous sommes au pays de « L'année de tous les dangers », et tout ce qui peut s'apparenter au communisme rappelle de très mauvais souvenirs.

Plusieurs groupes demandent maintenant que cela change. Ce matin, le Jakarta Post en éditorial dit qu'il est temps que l'Indonésie se préoccupe davantage du sort des employés, qu'on améliore leurs conditions de vie.

Temps, aussi, que la société indonésienne apprenne à considérer les manifestations et les grèves comme l'expression du droit des travailleurs à améliorer leur existence, dans un pays où ils sont encore trop souvent exploités et sous-payés.
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Le décalage horaire n’y est pour rien, mais il y a de quoi se sentir à l’envers en arrivant à Jakarta ces jours-ci.

L’Indonésie a connu la grippe aviaire. Le virus H5N1, apparu en 2003, y a fait 119 morts, plus qu’au Vietnam ou qu’en Chine. Mais la grippe porcine, la H1N1, n’inquiète pas tellement le ministre indonésien de la Santé, contrairement à ses homologues d’autres pays.

L’Indonésie est maintenant mieux préparée à faire face à des catastrophes sanitaires de ce type, les stocks de médicaments antiviraux seraient suffisants, et le ministre ajoute que le nouveau virus survit moins bien dans les régions tropicales et équatoriales.

Aucun cas de grippe porcine n’a été signalé dans le pays jusqu’à présent. Cela dit, les mesures de précaution préconisées par l’OMS entrent en vigueur ici aussi. Les importations de porc sont suspendues, et les produits agricoles en provenance du Canada, du Mexique et des États-Unis vont devoir passer par la fumigation. (Coudon, pourrais-je rentrer à Montréal comme prévu début juin?)

jakartaJ’avais oublié et pourtant… Les appels à la prière, et parfois les prières elles-mêmes, sont diffusés sur haut-parleurs.

Cela donne lieu à des concerts d’une mosquée à l’autre, avant le lever du « mata-hari » littéralement « l’œil du jour », le soleil, en indonésien.

Par contre, les coqs, autrefois nombreux, sont devenus très discrets. Les Indonésiens moins fortunés élevaient souvent des poules, même dans les villes, mais depuis la grippe aviaire, ces élevages disparaissent. J’ai enregistré l’appel de ce soir, avec la circulation devenue très chargée, quelle que soit l’heure à Jakarta.
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Patrick Grandjean explique les raisons de son voyage en Indonésie, où il séjournera jusqu'au 5 juin prochain.


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